2004 : Conflictualité

La conflictualité au XXIième siècle

Notion de conflictualité, essaie d'analyse.

Une double approche

Le concept de conflictualité s’est développé au travers des luttes sociales et des conceptions politiques de la cité. Nous pouvons retenir deux approches, la première de Claude Lefort (in L’invention démocratique, les limites de la domination totalitaire 1981) définit la conflictualité comme la reprise sans fin des débats sur la légitimité et les droits. Pour lui la conflictualité est à l’origine de la politique, notamment du système démocratique. Dans une approche plus sociale et plus marxiste, Olivier Blondeau nous livre une autre définition : la conflictualité naît d’un espace existant entre l’Etat garantie légale de l’ordre existant et médiateur universel des mouvements particuliers, et une société qui devenue diverse, individualiste recherche des médiations spécifiques. (Espace Marx, journée Gauche et Mouvement Social 21/06/1997)

On remarque que la conflictualité naît d’une contestation sur la légitimité de la structure arbitrale de la société. Cette contestation s’exprime du bas vers le haut.

Dans une approche moins marxiste on pourrait définir la conflictualité comme un état de tension résultant de menaces latentes et difficilement identifiables pouvant mener au conflit.

La conflictualité et les concepts voisins.

Dans le processus décrivant le passage de l’état de paix à celui de guerre on peut distinguer trois niveaux. La conflictualité qui est la constatation d’un écart et la recherche d’une médiation appropriée, la crise qui est «  un trouble profond lié à la remise en cause d’un système ou de principes jusque-là indiscutés » (dictionnaire de l’Académie française) et enfin le conflit : « un affrontement entre des personnes ou des groupes de personnes » (dictionnaire de l’Académie Française). La conflictualité se distingue donc de la crise car contrairement à cette dernière elle n’est pas d’une durée limitée, ni relative à un événement précis. De même elle se distingue du conflit car elle ne se traduit pas par un affrontement.

Dans l’évolution des relations internationales et des Etats, la conflictualité est venue couvrir le champ séparant la paix du conflit. Elle est donc une phase clef puisque son développement conduira au conflit. A l’inverse, sa réduction sera source d’un nouvel équilibre qui sera momentané car il conduira lui-même à de nouvelles formes de conflictualités.

La conflictualité, un vaste champ d'étude.

Une étude de la conflictualité peut décrire les déséquilibres ayant leurs origines dans les mentalités, (phénomènes politiques, sociologiques, religieux ou culturels) et les ressources (déséquilibres liés aux territoires, aux techniques).

Le fait d’étendre le sujet à une dimension internationale complexifie le phénomène. En effet dans ce cas la conflictualité traverse la dimension spatiale de l’Etat-Nation. Une conflictualité peut exister à l’intérieur d’un Etat sans que celui-ci dispose des moyens de la régler, car sa cause se situe dans une dimension spatiale qu’il ne contrôle pas. De la même manière des conflits entre Etats  peuvent être instrumentalisés au profit d’une conflictualité supra étatique.

La notion de conflictualité semble permettre d'appréhender les phénomènes nés des bouleversements de la fin du XXième siècle.

La rupture de la fin du XXième siècle : la mondialisation source de conflictualité

Suite à la chute du mur de Berlin en 1989, les rapports de forces ont été modifiés. Un nouvel ordre mondial a vu le jour: le monde s’est globalisé. La notion de « mondialisation » ou le néologisme «globalisation» qui est la transposition du mot anglais «globalization»- apparaît alors.

Bien qu’elle soit aujourd’hui au cœur du débat politique, la mondialisation n’est pas facile à définir dans la mesure où elle regroupe de nombreux thèmes malgré tout assez hétérogènes : libre-échange des marchandises, libre circulation des capitaux, inégalités entre pays, délocalisation d’entreprises, essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication, dégradation de l’environnement, menaces sur la santé publiques, terrorisme, remise en cause de la diversité culturelle…

Toutefois, même si la mondialisation est présentée comme un phénomène nouveau, elle n’est, comme le précise le rapport d’information sur la mondialisation dirigé par Renaud Donnedieu de Vabres (Assemblée Nationale-décembre2003), que «la poursuite du mouvement de révolution industrielle qui s’est développée en Europe à partir de la fin du 18ème siècle»

Un monde global mais éclaté

Avec l’effondrement du mur de Berlin nous assistons à la fin du monde bipolaire et à l’avènement d’un monde global.

Les pays ne sont plus tenus d’appliquer le même type de solidarité face à un ennemi commun. Aussi les clivages géo-économiques ressurgissent-ils. La compétition économique est de fait le principal terrain d’affrontement dans ce qu’il est convenu d’appeler la recherche de puissance, créant par conséquent des disparités entre blocs, territoires et pays.

En s’inspirant de la vision développée par Henry Kissinger dans son essai « Diplomatie » (Fayard, 1996), Hubert Védrine, ancien ministre français des affaires étrangères de 1997 à 2002, s’est efforcé de classer dans son ouvrage « Les cartes de la France à l’heure de la Mondialisation » (Fayard, 2000) les pays en quatre catégories : les « puissances d’influence mondiale » dont fait partie la France, les puissances moyennes ou régionales, les petits pays sans puissance ni influence dont les micro-Etats et enfin, les « pseudo-Etats », c’est-à-dire « des Etats incapables d’exercer effectivement leur souveraineté formelle ».

Chaque catégorie s’efforce alors de mener à bien son développement dans ce nouveau monde aux nombreuses facettes qui suscite bon nombre de craintes et de préjugés à son égard.

Quelques facettes

Ce monde multipolaire est avant tout caractérisé par une très grande instabilité. Celle-ci résulte de la menace du nivellement des identités par une mondialisation sauvage, de la prolifération des armes nucléaires et surtout des écarts économiques croissants entre les pays riches et les pays pauvres.

On notera que la globalisation s’accomplit sur des bases culturelles anglo-saxonnes, ce qui pose problème pour l’identité et le rayonnement international de chaque pays.

La culture américaine de type Mac Donald s’est propagée de façon uniforme partout dans le monde. Symbole de la liberté et de la démocratie, elle sape les fondements de la culture des autres pays, notamment parmi ceux de l’Est, en faisant « rêver autrement » la jeunesse.

De son côté, l’économie devient tous les jours de plus en plus globale. Les mécanismes et modèles classiques sont dépassés. Les frontières commerciales n’existent plus.

A l’occasion de la conférence annuelle des ambassadeurs de France dans le monde le 29 août 2000, Hubert Védrine déclarait : « les grandes entreprise mondiales et les principaux fonds de pension, les uns et les autres avant tout américains, modèlent et façonnent chaque jour sans état d’âme le monde (…). Ils estiment même disposer d’une légitimité égale à celle des gouvernements. »

Vers la concurrence généralisée.

La mondialisation des échanges telle qu’elle existe aujourd’hui ouvre la voie à l'accentuation de la concurrence. Plus les pays s’industrialisent et s’intègrent au marché mondial, plus ils subissent les effets de la concurrence internationale.

L'apparition de L’hyperpuissance américaine : la nouvelle donne mondiale.

Le nouvel ordre mondial issu de la chute du mur de Berlin se caractérise par la suprématie dans tous les domaines des Etats-Unis, la seule « hyperpuisssance » autour de laquelle s’ordonnent désormais les 187 autres pays du monde selon une hiérarchie de puissance et d’influence.

Origine du terme « hyperpuissance »

Le terme d’hyperpuissance a été utilisé dès 2000 par Hubert Védrine, alors ministre français des affaires étrangères. Il déclarait lors de sa visite à l’institution Brookings en mai 2000 aux Etats-Unis : « C'est un constat, pas une critique. Vous êtes évidemment plus qu'une superpuissance de la guerre froide. Une puissance sans équivalent. En Français "hyper" n'est pas péjoratif ».

A noter que ce terme a été employé également par des analystes américains de science politique, d'autres experts américains parlent d'ailleurs « d'omnipuissance ».

Pouvoir, puissance et influence

La stratégie américaine d’influence liée aux intérêts de puissance s'appuie sur une politique d'expansion économique organisée en un ordre de bataille. Cela explique les origines et les caractéristiques de la conflictualité moderne naissant entre les Etats-Unis et le reste du monde.

Toute action financière, politique, économique et militaire des Etats-Unis est menée pour modeler, façonner le monde.

Hubert Védrine résume bien la situation lors de son discours au séminaire franco-indien à New-Delhi le 17 février 2000 : « Les Etats Unis réunissent en effet aujourd'hui, comme aucun pays avant eux, toutes les formes de la puissance et de l'influence : des formes les plus classiques ou les plus "hard", comme la puissance militaire, aux formes les plus nouvelles, les plus "soft" de l'influence - culture, communications, média - en passant par le dollar et les hautes technologies. Je rappellerai que 70% des mots et des images qui circulent dans le monde sont d'origine américaine (…). Cela leur permet de modeler une vision du monde, et si on ajoute la diffusion planétaire de produits de consommation de masse standardisés, y compris culturels, le risque apparaît de l'uniformisation culturelle. »

En janvier 2002, dans son discours sur « l’axe du mal », Georges Bush a confirmé que la Pax Americana était là et bien là. En d’autres termes, il souhaitait ardemment renforcer la puissance américaine et la déployer sans complexe. Mais la puissance militaire n’est pas le seul élément pour expliquer l’influence des Etats-Unis. Celle-ci autant sur la culture, les valeurs, la politique étrangère de ce pays que sur sa puissance militaire.

L’Amérique unilatéraliste.

Avec l’arrivée de Georges W Bush Junior, les Etats-Unis conduisent une politique marquée par des mesures très significatives : augmentation des dépenses militaires, baisse des impôts, protectionnisme unilatéral et contrôle accru des marchés et des zones d’approvisionnement extérieurs. Ainsi, les Etats-Unis s’imposent en tant qu’hyperpuissance. L’administration Bush aime le pouvoir « dur », la puissance « brute ».

Hubert Védrine, à l’occasion de la conférence annuelle des ambassadeurs de France dans le monde le 29 août 2000, résume bien la situation en déclarant qu’« il y a un consensus très fort aux Etats-Unis sur le rôle de leader qui doit être le leur dans le monde (…) » tout en soulignant « la montée d’une sorte de néo-unilatéralisme (qui est le contraire de l’isolationnisme), conception qui résulte mécaniquement de la situation d’hyperpuisssance ».

La puissance des USA source de conflictualité

Alors que les USA ont été pendant 50 ans les garants de la liberté et de l’ordre économique, ceux-ci apparaissaient aujourd’hui comme un facteur de conflictualité.

L’histoire récente montre en effet que l’attitude de ce pays et ses actions à l’encontre de ses adversaires comme, l’Iran, la Chine, l'Irak ou au contraire son laxisme envers Israël, ne peuvent générer que méfiance et peur pour le reste du monde.

De plus les Etats-Unis, s’ils ont joué un rôle moteur dans l’organisation des échanges internationaux en dominant le GATT par exemple, sont loin d’être aujourd’hui les plus solides défenseurs du multilatéralisme même s’ils ne cessent de prôner les vertus de libre-échange.

Les alliés traditionnels des USA ne peuvent qu’être mal à l’aise face à la puissance et la politique de ce pays. Ils ont des  difficultés à se positionner par rapport aux orientations de l'hyperpuissance. Celle-ci perd de ce fait de sa légitimité et son pouvoir idéologique décline. Paradoxalement personne ne pouvant prendre le relais cet affaiblissement peut devenir une source de conflictualité.

Les défis du XXIième siècle, les ressources, le mode d'organisation économique.

La raréfaction des ressources naturelles

Aujourd’hui, le développement économique repose essentiellement sur le pétrole. Mais cette matière première comme d’autres matières énergétiques n’est pas inépuisable. Aussi, est-il de notre devoir pour nos enfants de se poser certaines questions : comment gérer la relève des énergies fossiles ? Quels sont les scénarios de l’après pétrole ? Que vont devenir les pays de l’OPEP et du tiers-monde sans cette richesse ?

L’avenir des pays repose donc sur les investissements dans la recherche et le développement au niveau des filières renouvelables.

La biomasse, l’énergie solaire et éolienne, l’hydrogène, la pile à combustiblesont autant de pistes à étudier pour substituer le pétrole et le gaz en vue de satisfaire la demande d’énergie.

La gestion des ressources rares, nouvelle approche engendrant de nouvelles conflictualités

L’approche économique du développement durable est chose délicate. On peut tenter une définition de cet aspect en concevant le développement durable comme la prise en compte de la globalité des coûts passés, actuels et futurs d’un projet économique. Cette prise en compte du développement durable pose des problèmes en termes de compétitivité. La définition de normes par les instances internationales accroît les coûts de ceux qui les appliquent. Le fait de se mettre en position d’attente pour l’application de ces normes peut renforcer la puissance économique du pays dissident. S’il sait attendre il peut éliminer des concurrents et ensuite appliquer ces normes sans problème.

Le système libéral devient le mode commun de fonctionnement des économies

La fin de l’empire soviétique n’a laissé qu’une seule forme d’organisation économique dominante, l’organisation libérale. Ce triomphe du libéralisme porte en lui-même s’il est mal contrôlé, des menaces pour l’équilibre du monde. Le libéralisme en son essence est un principe d’équilibre et il est source de démocratie, à la condition qu’il puisse générer des contre-pouvoirs. En effet si un des acteurs de la société détourne le système à son seul profit, il devient injuste.

Les déséquilibres économiques, facteurs de menaces.

Les menaces nouvelles du XXIiéme siècle en matière économique tiennent aux déséquilibres créés ou amplifiés depuis 15 ans.

La première menace découle de la volonté d’imposer à la planète un système universel issu d’une civilisation conçue dans l’espace tempéré.

Cette volonté a des effets évidents en matières culturelles et sociales par les résistances qu’elle provoque en diverses parties du monde. Mais, elle a aussi des effets en matière économique. Au début du XXième siècle les colonisateurs blancs vivaient dans des conditions matérielles proches des populations, ils subissaient le climat, le rythme de vie, la nourriture,… Aujourd’hui, on reconstitue par des moyens mécaniques les conditions de vie du climat tempéré ( climatisation effrénée, importation de produits, horaires de travail…). Une telle situation déséquilibre les économies des zones tropicales en affaiblissant leurs ressources internes. A titre d’exemple, dans les délestages d’électricité bien connus dans certains pays, combien sont dus à l’usage de systèmes mécaniques recréant le milieu tempéré ? De plus les élites de ces pays ont adopté le mode de vie occidental accroissant ainsi l’écart et favorisant le déséquilibre économique mais aussi social. Certains opposants à cette situation  accusent l’occident de maintenir ainsi une situation de dépendance.

Un autre problème trouve sa source dans le développement en Occident d’une société de service alors que la production physique est transférée dans les pays en voie de développement.

Dans l’organisation économique du monde en ce début de siècle on peut distinguer trois catégories. Les pays développés à forte économie tertiaire, les pays en développement où il faut distinguer les PVD en croissance comme la Chine, la Corée, le Chili…, et les PVD en déshérence comme Haïti, la RDC…Il s’agit ici des transferts de production entre les pays développés et les PVD en croissance. Ce transfert est source de déséquilibre pour les pays développés, car les économies de services nécessitent des personnels qualifiés y compris pour la production physique de haut niveau qui est conservée, alors que dans le même temps, ils attirent une population immigrée de faible compétence. De plus ils doivent gérer leur propre main d’œuvre à faible compétence. Il est certain que ces transferts répondent à des problématiques de coûts de production, mais aussi à moyen terme à une baisse importante des actifs. Toutefois la perte des savoir-faire élémentaires dans notre pays représente une menace pour une autonomie réelle. On peut l’appréhender en partie avec la difficulté récente des ingénieurs à trouver du travail, et certains d’entre eux sont directement recrutés en technico-commerciaux.

Enfinla croissance économique de la Chine et de l’Inde pose plusieurs problèmes en matière économique. La première est la consommation d’énergie et de matières premières que leur croissance fait naître en raison de leur masse de population. La seconde est leur importance croissante dans le jeu économique mondial avec le poids de leur marché intérieur qui peut les amener à terme, à mener une politique spécifique du type de celle des USA actuellement.

Les nouveaux enjeux de la lutte pour la maîtrise de l'information

Traditionnellement source du pouvoir sous l’aspect du contrôle et de la capacité à agir, l’information est devenue également une des sources principales de la richesse. Son contrôle dans le domaine de création de recueil, de traitement, de diffusion et d’archivage est donc un élément majeur de conflictualités, car des intérêts puissants peuvent entrer en opposition. La nouveauté de la situation vient  la création directe de richesses à partir de l’information, mais aussi dans le fantastique développement de la technologie, et dans la contraction de l’espace et du temps issu de ces mêmes technologies

La conflictualité en ce domaine va donc se nourrir d’intérêts divergents sur deux niveaux :

Tout d’abord celui de l’information en tant que processus de production, et ensuite celui des supports techniques de cette information.

L'infosphère

L’ensemble de ces processus a donné lieu à la création d’un nouveau concept créée en 1991 à l’issue de la guerre du golfe I, l’infosphère. Elle est définie  comme « le système constitué par l’ensemble des connaissances humaines organisées en données brutes ou élaborées, accessibles et/ou communicables par les technologies de stockage, de traitement et de circulation de l’information fonctionnant en réseau à l’échelle mondiale ». ( comité 4, 132ième session régionale IHEDN, février 1998 ) Ces réseaux sont de plus en plus denses et intégrés, et servent à la fois à la création et à l’utilisation de l’information.

Le contrôle des sources et celui des médias est un enjeu capital mais classique. Paradoxalement on peut penser que la société réticulaire dans laquelle nous sommes entrés réduit l’importance de cet enjeu mais en augmente les risques. L’existence de nombreux canaux de diffusion de l’information, la diversité des sources et la rapidité de diffusion rend le contrôle de la création et de la diffusion plus difficile avec en contre partie une plus grande difficulté pour valider cette information.

Le processus de production il existe aussi des  phases de protection de l’information. Là aussi le schéma est classique, c’est le niveau technique qui s’est modifié, et qui entraîne des changements dans le comportement des acteurs. Ainsi le système technique de protection (cryptage, mot de passe, fire Wall…) est insuffisant voire inopérant si le comportement des agents ne s’est pas adapté.

Enfin le troisième niveau concerne la manipulation de l’information. Là aussi le problème n’est pas nouveau, «  calomniez, calomniez, il, en restera toujours quelque chose » (Francis Bacon). Ce qui a changé c’est la multiplication des formes que peut prendre cette manipulation (propagande, désinformation, contre-information, déception) et la rapidité de diffusion sur des masses importantes d’acteurs. L’infosphère concerne donc la culture, l’information en tant que matière première et les technologies.

La concurrence culturelle

Les nouvelles formes de conflictualité relatives à la culture concernent  la prééminence de la culture Nord-Américaine dans le volume de diffusion des savoirs, et  dans les modes et les normes de transmission de ce savoir. La conflictualité résulte de cette hégémonie.. Le second niveau est source d’une conflictualité plus forte car il résulte d’une volonté politique d’imposer une hégémonie dans le domaine culturel, à la fois sur le vecteur de transmission ( la langue et la technique), mais aussi sur les contenus et les choix des technologies.

La concurrence technologique

La conflictualité issue des technologies est entièrement nouvelle. Nous nous limiterons au système internet.  Internet est un réseau mondial liant entre elles des bases de données. Sur le plan technique la conflictualité résulte du degré de sécurité versus liberté souhaité pour et par  les utilisateurs du réseau. Mais ce réseau est administré. Il existe donc un deuxième niveau de conflictualité qui est la gouvernance (selon Morfin) de ce réseau. Actuellement le réseau repose sur des serveurs racine qui contiennent les noms de domaine ( .com,.net,.biz,…)  les DNS, et les sites internet desservis. Il existe 13 serveurs racines dans le monde et 10 sont aux USA et un seul en Europe (Londres-Amsterdam). Les conséquences de cette situation sur la gouvernance du réseau sont importantes. Internet est donc un réseau qui sur le plan opérationnel est distribué, c’est à dire que chacun conserve son autorité sur son serveur, mais dont la gouvernance actuelle est centralisée par les Etats Unis en raison de la gestion des serveurs racine par l’ICANN. Cet organisme est officiellement privé, mais il est actuellement en faillite et vient de demander une aide du gouvernement Fédéral. De fait c’est un organisme national US. (source netnat .org)

Affaiblissement de l'Etat et conflictualité

Une donnée nouvelle : l'omniprésence des organisations non gouvernementale au plan international et du mouvement associatif au plan national. Ces organismes tendent parfois à vouloir se substituer aux organes démocratiques de prise de décision, devenant par-là une source de conflictualité.

L'exemple français

Les initiatives de certaines associations créent dans notre pays des situations conflictuelles. En effet de pôle de proposition ou de contestation ces organismes qui enrichissent normalement la vie démocratique se transforment parfois en adversaire de la liberté. Même certaines qui déclarent avoir les buts les plus nobles, par exemple la lutte contre le racisme, n'échappent pas à cette analyse et peuvent même contribuer à creuser le fossé entre Français et étrangers.

Le pouvoir des mots

L’exemple de ceux qui luttent pour les étrangers sans papiers est marquant.

Le vocabulaire qu’ils emploient doit d’abord être examiné. La qualification de sans-papiers qu’ils utilisent paraît en effet être fallacieuse. Les étrangers qu'ils soutiennent avaient des papiers, qu'il s'agisse de visas ou de titres de séjour. Ils connaissaient de ce fait la date de la fin de leur autorisation de séjour. En restant, ils ont sciemment pris le risque d’être dans l’illégalité. L'expression «étrangers illégaux» traduit mieux la réalité de la situation. L'expression sans papiers est une création de propagandistes qui transforment une transgression de la loi en privation d'un droit.

Cette utilisation erronée du vocabulaire est également pratiquée à propos de décisions prises par le législateur.

Les dispositions du code pénal créant le délit d'aide au séjour irrégulier sont présentées comme instituant un délit de solidarité. Le législateur qui prend ces mesures dans le but précis de rendre efficace sa politique d’immigration est de ce fait présenté comme sanctionnant la solidarité. On le montre comme étant inaccessible au sentiment humain le plus élémentaire.

Cette politique de transformation des situations par altération du sens des mots est complétée par l’organisation d’opérations spectaculaires, tels que des occupations d’églises qui contraignent le pouvoir à faire intervenir la police dans des lieux de culte.

Le dénigrement des dirigeants

Tout est mis en œuvre pour que l’opinion considère que les gouvernants font la chasse aux étrangers, sanctionnent la solidarité, c’est à dire sont des gens odieux.

Cette indignité est attisée par les parallèles explicites ou implicites qui fleurissent lors d’expulsion d’étrangers illégaux. Ces expulsions d’illégaux sont assimilées aux opérations de déportation organisées durant la deuxième guerre mondiale. Ainsi des associations de défense des étrangers présentent les gouvernants d’un pays démocratique comme prenant des décisions moralement condamnables, assimilables à celles décidées par des dirigeants de régimes totalitaires Une égalité est créée entre régimes démocratiques et système totalitaire, niant par la  même la spécificité de ces derniers. Les organisations en question font ainsi œuvre de négationnisme.

Leur mépris pour le législateur, les gouvernants, affaiblit l'Etat de droit, cadre commun de la vie des Français et pôle d’intégration pour les étrangers.

En mettant en avant les étrangers en situation irrégulière on amène les Français à assimiler tout étranger à un clandestin, à contester la légitimité de leur présence.

Ces opérations d'amplification des tensions entre Français et étrangers sont complétées par le militantisme déployé pour obtenir la suppression de la double peine, disposition qui permet d'expulser du territoire les étrangers délinquants notoires. Il est dommage que sous la pression des associations cette double peine ait été en partie supprimée alors qu’elle évite l’amalgame entre le fait d'être étrangers et celui de commettre des délits.

Une idéologie à examiner

Les actions de ces associations sont complétées par la diffusion d’une nouvelle symbolique. Certains ont choisi le drapeau « Blacks, Blancs, Beurs » qui fait référence à l’origine ethnique ou raciale des individus. Le drapeau tricolore est lui sans ambiguïté. Les hommes bleus ou rouges n'existent pas. Le blanc du drapeau ne fait pas référence à une race mais à un système de pouvoir, la monarchie. Avec le drapeau tricolore on peut venir de tout horizon et être français. Avec le drapeau " Blacks, Blancs, Beurs" on ne peut pas être Français et d'origine asiatique.

On applaudit au slogan « touche pas à mon pote » alors qu'il constitue un appel à soutenir tous ceux que l’on juge semblable à soi. Il manifeste l’inverse de ce qui fait le fondement de la citoyenneté, la reconnaissance par des gens différents de l’existence d’un destin qui leur est commun.

Certaines organisations sous couvert de louable lutte contre le racisme ont mis en avant les étrangers délinquants, aggravant le fossé qui sépare les étrangers des Français. Ils ont dévalorisé les gouvernants, le législateur. Ils ont instillé dans la société des concepts se substituant à celui de citoyenneté. Ils ont affaibli le système démocratique et compliqué l'intégration des étrangers, développant ainsi le principal pôle de conflictualité discernable  au sein de notre société.

De la conflictualité à la guerre : le terrorisme actuel.

L'actualité

Avec les attentats du 11 septembre est apparue une forme nouvelle de guerre une forme nouvelle d’anarchisme planétaire.

Le terrorisme aujourd’hui

Il n’y a pas actuellement un terrorisme mais plusieurs terrorismes : d’un côté, un terrorisme identitaire nationaliste avec la Corse et la Nouvelle-Calédonie, d’un autre côté un terrorisme politique avec le Rwanda et le Burundi par exemple, sans oublier le terrorisme islamique qui se propage de manière tentaculaire partout dans le monde.

En effet, la modernisation trop rapide de ces dernières décennies et les intrusions étrangères multiples provoquent une forte réaction du monde islamique face à cette perte de pouvoir et d’influence. Le but de l’intégrisme islamique est d’imposer par la force un courant de pensées et un mode de vie. Il se manifeste toujours de plus en plus fort. Souvent, les attentats se caractérisent comme une punition -le conflit israélo-palestinien en est un exemple- ou une vengeance contre les nations qui interviennent ou soutiennent Israël –les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis en témoignent.

Mais face à cette situation, une question subsiste : qui oriente voire « manipule » ce terrorisme pour redonner au monde islamique son influence sur ses territoires ancestraux ?

En parallèle, la situation actuelle en Irak avec l’intervention américaine est intéressante. Par rapport aux événements, on ne peut parler de terrorisme mais de guérilla locale anti-américaine plus ou moins structurée. Les soldats américains retranchés dans leurs camps ne maîtrisent pas le terrain, sont coupés des populations locales et donc des renseignements. Ils sont alors vulnérables. En d’autres termes, les Etats-Unis se sont mis à dos de nombreuses nations voire groupes ethniques tout en créant un deuxième Iran en supprimant les pouvoirs certes d’un dictateur mais qui assurait la stabilité de son pays et de la région. Les attaques aux multiples facettes sont maintenant quotidiennes ce qui ne présagent rien de bon !

Le problème français. La France impliquée dans les actions de terroristes

La France est directement concernée par les activités des réseaux terroristes. Durant l'année 1995 notre pays a subi pas moins de 7 actions terroristes dont plusieurs ont provoqué des morts et des blessés. Parallèlement des attentats sont déjoués comme en 1995 à Lille sur un marché, en 2000 contre la cathédrale de Strasbourg, en 2001 contre l'ambassade des U.S.A., en 2002 contre la représentation russe. Fin 2002 des préparatifs d’attaques chimiques sont éventés dans la banlieue nord de Paris.

De plus des Français ou des résidents sont mentionnés comme étant impliqués dans des attentats commis à l'étranger comme à  Marrakech en 1994  contre un hôtel ou à Djerba en avril 2002 contre une synagogue. L’attentat contre Massoud qui a précédé le 11 septembre a vu des préparatifs se dérouler sur notre territoire. La caméra qui a été utilisée pour commettre l’attentat a été volée à Grenoble puis a transité par le sud de la région lyonnaise.

La France et ses banlieues.

Ces faits  sont souvent imputables à des activistes résidents ou ayant résidés dans nos banlieues.

La  transformation de certains quartiers en zones de non droit, susceptibles de servir de base pour des actions terroristes, constitue une des causes des tensions conflictuelles qui traversent la France.

De la délinquance à la conquête territoriale

Un processus en escalade, commencé il y a une trentaine d’années, a entraîné la création de quartiers de plus en plus invivable. Cela commence par de petites infractions, qualifiées d’incivilités, premier acte d’une politique de dégradation de l’environnement dont les tags sont une des marques. Puis viennent les attaques contre la police, les pompiers, les médecins. De l'appropriation de territoire par des voyous on passe à une véritable confiscation de souveraineté, lorsque l’on constate par exemple que la justice ne peut, dans ces zones, procéder à la reconstitution d’un crime.

Cette perte de souveraineté est confirmée par le comportement des habitants présents de longue date dans ces quartiers. Dès qu’ils le peuvent, ils déménagent pour vivre dans un lieu nouveau, éloigné de seulement quelques kilomètres, mais où la police, les médecins, les  infirmières et les pompiers peuvent circuler en sécurité. En se déplaçant à peine ces habitants ont rejoint une contrée où la vie se déroule de façon totalement différente. Ils ont en quelque sorte changée de pays.

Le caractère de terre étrangère de ces quartiers est confirmé par le fait que certains habitants sont obligés de se grouper pour résister aux attaques dont ils sont victimes, de transcrire ces attaques afin d’alerter les médias et obtenir une intervention de la société française. C’est ce qu’ont dû faire les Juifs et les Maghrébines.

Tenter de comprendre la situation.

Les opérations de caillassage sont la façon la plus spectaculaire qu’adoptent les voyous afin de préserver et d'accroître leur souveraineté.

Ces voyous étant souvent des Français d’origine arabo musulmane un parallèle est parfois établi entre leur comportement et celui des jeunes palestiniens affrontant les soldats israéliens. Ce parallèle apparaît être contestable.

En effet les Palestiniens sont des victimes. C’est là le premier problème de ce parallèle, assimiler nos voyous à des victimes et de ce fait être  tenté de comprendre leur malheur et donc de faire preuve de mansuétude à leur égard. Le deuxième problème de ce parallèle c’est qu’il inverse la réalité observable en France. Si l'on veut bien considérer que les voyous tentent  illégitimement de conserver voir d’étendre leur territoire, il faut admettre que leurs actions sont assimilables à celles des soldats israéliens lorsqu’ils protègent les colonies. Par contre ce sont  les Français qui, comme les Palestiniens, voient leur territoire peu à peu grignoté.

Si l’on tient à établir un parallèle entre la situation au Proche Orient et celle de la France, il semble erroné d’assimiler les voyous aux Palestiniens. Pour se rapprocher de la vérité il faut considérer que les Français sont les Palestiniens, les Juifs et les Maghrébines étant plus Palestiniens que les autres.

Les zones de non droit sont source de conflictualité. Elles peuvent  constituer des bases de replis pour des organisations terroristes. Celles-ci peuvent être tentées de faire passer sous leur joug les voyous qui y font la loi. De source de conflictualité ces zones de non droit pourraient alors se transformer en pôle de déstabilisation.

Les réponses à la conflictualité du XXIième siècle.

La nouveauté du XXIième c’est d’abord la fin des deux blocs et l’émergence de l’hyperpuissance.

La réponse à la puissance américaine

Les Etats-Unis sont clairement identifiés comme une hyperpuissance, ce qui n’est pas sans poser certains problèmes pour les autres pays du globe. Cette position de domination suscite donc des conflictualités. Des contrepoids se mettent en place, se créent. Tel est le cas avec l’Europe.

L’Europe géographique et démographique

L’Europe par rapport à la mondialisation cherche à se construire, à construire son influence afin de devenir une superpuissance. Les pays européens s’unissent.

En mai 2004, l’Europe des 15 devient l’Europe des 25. La superficie passe de 3 324 000 km2 à 4 060 000 km2 mais demeure loin derrière les Etats-Unis qui ont un territoire de 9 372 000 km2.

En revanche, au niveau démographique, cette nouvelle Europe avec 455 millions d’habitants devient le troisième ensemble mondial derrière la Chine (1,3 milliards) et l’Inde (1,1 milliards) mais loin devant les Etats-Unis (295 millions).

L’Europe économique et politique

Dans le domaine économique, l’Union européenne s’affirme en devenant un contrepoids aux Etats-Unis. A l’occasion de la réunion du forum économique mondial de Davos en janvier 2004, François Loos, ministre délégué au commerce extérieur, soulignait le fait que « l’Europe est (devenue) la première puissance économique mondiale » tout en précisant que « l’Europe doit aussi être un acteur décomplexé de la mondialisation ».

En effet, l’Europe est très offensive sur le terrain du « business ». Elle aligne une force de frappe dopée par la monnaie unique, une volonté politique commune plus affirmée et surtout des entreprises européennes capables de faire jeu égal avec les Américains, qu’il s’agisse de conquérir des marchés ou bien d’imposer les nouvelles règles du jeu avec notamment la bataille des normes.

Mais l’Europe pourra-t-elle concourir sur tous les domaines ?

Au niveau militaire par exemple et ce malgré un volontarisme prononcé pour une politique militaire européenne, « il est très improbable, comme le précise Joseph Nye, le doyen de la Kennedy School of Government dans une interview au Nouvel Observateur (n°1974- 5 septembre 2002), que l’Europe développe une puissance militaire capable de contrebalancer celle des Etats-Unis ».

Force est également de constater, comme le souligne Pascal Lamy, commissaire européen au commerce extérieur dans une interview au Figaro le 25 mars 2004, que « depuis 50 ans, l’Europe avance avec les crises. La chute du mur de Berlin a provoqué l’élargissement de l’Europe. La Crise des systèmes de change des années 70-80 n’a pas été pour rien dans la décision de faire l’euro ».

Si projet commun il y a, une volonté certaine existe parmi les pays membres pour construire une économie de niveau mondial - avec un marché unique, irrigué par une monnaie unique et maîtrisé très prochainement par un indispensable gouvernement fédéral- en intégrant entre eux des pays, petits, moyens et grands.

En d’autres termes, l’avenir politique de l’Europe se fera autour de l’élargissement. A l’Europe de se doter d’un vrai projet !

L'Europe pour être une vraie réponse doit se construire efficacement.

Par rapport à la construction de l’Europe, nous assistons actuellement à l’apparition d’un noyau, d’un unipôle autour des 3 pays fondateurs que sont l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France. Dans la presse, on parle même de « troïka européenne » qui attire les nouveaux pays mais qui suscite de nombreuses interrogations.

A l’heure de l’intégration des pays de l’Est, le consensus de fonctionnement global pose problème : L’Europe n’avance-t-elle pas à deux vitesses ?

Les « grands » ne dominent-ils pas les « petits » ? L’entrée des nouveaux pays ne va-t-elle déstabiliser le socle européen ? Les insatisfactions passagères par rapport à telle ou telle directive ne retardent-elles pas la mise en place d’unegrande Europe ? A toutes ces questions, force est de constater qu’à côte d’un noyau qui semble dur, l’Europe rentre dans une nouvelle phase sans vision globale et sans souffle historique.

Ainsi, l’attrait de l’unipôle européen favorise d’une certaine manière une forme de conflictualité qui disparaîtra uniquement lorsque tous les pays auront les mêmes attentes sur le devenir de ce grand ensemble économique.

L’Europe et les Etats-Unis : vers un multilatéralisme obligé ?

D’une manière générale, les pays quels qu’ils soient et en particulier les pays européens, plaident pour un renforcement du multilatéralisme. L’Europe peut-elle constituer le contre-poids nécessaire à ce rétablissement ? La réponse n’est pas facile !

En tout état de cause, la France joue pleinement l’agitateur dans ce domaine. Jacques Chirac, à l’occasion des vœux au corps diplomatique en janvier 2004, a plaidé pour le renforcement du multilatéralisme en envisageant notamment la modification de la composition du Conseil de sécurité de l’ONU. Mais jusqu’où doivent aller les pays européens dans ces prises de position pour une certaine reconnaissance identitaire car il ne faut oublier que l’hégémonie, contrairement à ce que l’on croit, n’est pas synonyme de domination ?

D’autre part, la diplomatie de l’hégémonie américaine nécessite des alliances.

Du fait de la globalisation, il existe aujourd’hui toute une série de problèmes dans la politique mondiale que les Etats-Unis ne pourront résoudre par leur seule hégémonie.

Ce sont de problèmes issus de la globalisation et de la révolution des technologies de l’information. Le terrorisme n’en est que l’exemple le plus dramatique

Comme le souligne Joseph Nye au Nouvel Observateur (n°1974- 5 septembre 2002), « les Etats-Unis doivent obtenir des autres pays une coopération dans le domaine de l’espionnage, du travail policier, du traçage des flux financiers, de l’immigration,…. Et cette coopération dépend pour une large part de l’attirance que les Etats-Unis saura exercer sur les autres et de leur disposition à travailler de concert avec eux ».

Les tragiques événements du 11 septembre révèlent ainsi que la puissance américaine est aussi vulnérable que les autres pays aux faits et méfaits de la mondialisation. Une collaboration au-delà des frontières doit, de ce fait, voir le jour en parallèle de la mise en place des réseaux d’interdépendance du 3ème millénaire.

La Russie ne se remet pas de la chute de son empire, la Chine, l’Inde et le Brésil sont encore des puissances en devenir, et l’Europe n’est pas assez unie pour faire contrepoids à son puissant allié. Ainsi, pourrait-on résumer la situation géopolitique en ce début du XXIème siècle.

Néanmoins, le multilatéralisme a toute sa place dans le monde en réseau et existera réellement si l’Europe se constitue davantage comme partenaire que comme rival des Etats-Unis.

texte ci-dessous en italique = en cours, si des éléments complémentaires pouvaient me parvenir (voire une synthèse) ? Merci

La réponse au déséquilibre N/S

La politique mondiale

La réponse peut là aussi être d’ordre réglementaire, mais elle ne suffira pas. La réglementation devra être internationale avec contraintes, le niveau zonal comme l’Europe semble être le niveau minimal. En effet la zone doit regrouper un nombre suffisant d’Etats Nations, pour pouvoir d’une part légitimer la décision, et d’autre part s’opposer et contraindre. Mais cette solution ne peut être universelle et est très sensible au lobbying. Une autre approche peut être faite en développant les systèmes de consommateurs.

Le Moyen-Orient, de par son histoire, connaît toujours une situation politique instable. Face à une telle situation, une aide extérieure pour la construction d’un espace stable peut s’avérer d’un grand secours.

C’est dans une certaine manière ce que se proposent de faire les Etats-Unis avec leur « projet d’un Grand Moyen-Orient ». De la Mauritanie au Pakistan, les Etats-Unis veulent lancer un vaste plan de remodelage de cet ensemble régional. Ce projet sera au programme du G8 puis du sommet de l’OTAN courant 2004.Mais l’opposition de certains pays arabes comme l’Egypte se fait déjà entendre…

Un nouveau positionnement pour l’Occident

Développer une position plus humble de l’occident, en affirmant des principes intangibles pour ceux qui veulent fonctionner avec lui, comme la condition des femmes, le mode de représentation du peuple, le rôle des forces armées, mais en laissant les caractéristiques locales compatibles se développer. Il s’agit ici de réduire le sentiment d’injustice, et de traiter avec nos partenaires du tiers monde sur un plan d’intérêts réciproques.

La  réponse économique, un double front

Il faut rétablir ou maintenir en France les savoir-faire de survie en production, et conserver les technologies fondamentales. Ceci nécessite une politique d’identification et de protection de ces domaines à l’aide de mécanismes habiles permettant de contourner les réglementations internationales et les intérêts hégémoniques contraires aux nôtres. Cette politique a déjà été par le passé appliquée sectoriellement, il s’agit ici d’en faire une politique globale.

La lutte contre les conglomérats et le danger qu’ils représentent pour le libéralisme ne date pas d’aujourd’hui. Le Sherman Act au XIXième prenait déjà en compte cette menace. Toutefois on constate que ces méthodes ont échoué hier comme aujourd’hui. Le choix réglementaire n’est donc pas la seule solution. Rendre le pouvoir aux propriétaires est une condition impérative pour retrouver un équilibre. Les mercenaires ont une légitimité plus faible qu’on ne le croit. Cette légitimité provient de la présence des autres mercenaires dans leur conseil d’administration. La réalité de leur légitimité ( les propriétaires leur faisant directement confiance) est limitée. On peut expliquer ainsi la puissance croissante des actionnaires minoritaires qui ne se développe qu’en raison de la légitimité relative des dirigeants. De plus, ces grands groupes se sont généralement restructurés de manière opérationnelle en petites entités pour favoriser leur mobilité internationale et leur capacité d’adaptation. Pourquoi ne pas profiter de cet ensemble de circonstances pour créer des confédérations d’entreprises dont les dirigeants seraient les propriétaires de ces entités modestes ?

La réponse au problème français. La France et ses banlieues, l'intégration

 L’immigration est parfois source de conflictualité. Depuis 1970 une vague d'immigrés issus de nos anciennes colonies est devenue française. L'intégration d'une minorité d'entre eux pose problème. Une réponse doit être apportée à ce défi avant que de nouvelles vagues n'arrivent du Sud et de l'Est.

Nous avons vu dans la première partie que l'immigration serait parfois à certain groupe pour déstabiliser la démocratie, quels étaient les problèmes d'ordre public et même de terrorisme posés par l'immigration, celle-ci étant directement ou comme instrument source de conflictualité.

L’intégration peut atténuer cette source de conflictualité.

La réponse sociale, son insuffisance

Afin de faciliter l’intégration l’accent a été mis depuis 20 ans sur la politique  de la ville. Celle-ci vise à améliorer l’habitat et à développer les activités en direction des jeunes habitants des quartiers. Depuis 20 ans se sont succédées les opérations de développement social des quartiers (DSQ), zones d’éducation prioritaire (ZEP), conseil national de la prévention de la délinquance (CNPD), opération banlieue 89, zones urbaine sensibles (ZUS) et autres grands projets urbains. Ces politiques n'ont jamais remporté le succès escompté.

Avec la loi relative à la solidarité et le renouvellement urbain (SRU) on continue cependant sur cette voie. Cette loi vise à une meilleure répartition des logements sociaux sur l‘ensemble du territoire. Elle consiste à transférer des habitants d’un quartier à un autre

Cette politique a été présentée par ses initiateurs comme destinée à résoudre les problèmes des banlieues difficiles. Elle a également pour conséquence de masquer l'impossibilité dans laquelle on se trouve de contrer la délinquance qui y sévit.

Cette politique, en théorie intéressante, sera inefficace puisque qu'elle ne traite pas des vrais problèmes. Ces problèmes vont, au contraire, être plus largement diffusés, les quartiers d’accueil, qui souvent étaient tranquilles, verront apparaître de nouveaux arrivants dont une minorité ne pense qu’à une chose, terroriser le voisinage pour pouvoir reprendre tranquillement leurs activités illégales. Dans ces conditions les tensions sociales et raciales n'iront pas en s'atténuant.

Cette politique est influencée par les théories qui jugent que les causes de la délinquance sont sociales. Il est alors logique de traiter la délinquance socialement et non pas pénalement. Or le problème n'est pas seulement social. Il y a 30 ans l'urbanisme était identique et les voitures ne brûlaient pas. Aujourd'hui, paradoxalement, c'est presque les quartiers tranquilles qu'il faudrait mettre sous protection.

La réponse pénale, préalable à la réponse sociale

Avant de traiter le problème sous l'angle social il faut constater que les délinquants enfreignent la loi pénale. C'est donc bien celle-ci qu'il faut appliquer. Le traitement de la délinquance doit être pénal, quel que soit le statut social du délinquant et le mode d'organisation de la société. Affirmer que le traitement de la délinquance dépend de politiques sociales et non pas pénales revient à considérer les délinquants comme des acteurs qui n'enfreignent pas la loi mais sont les victimes d’une organisation sociale injuste qu’ils entreprennent de modifier, c'est les accompagner dans cette œuvre de modification de la société. C'est légitimer leur comportement et les assimiler à des militants politiques.

Il doit être donné une réponse judiciaire aux problèmes judiciaires. Cela ne devrait pas poser de problème. En effet, les instruments de droit existent. L’ordonnance de 1945 sur les mineurs a permis la création des maisons de correction. Les parents qui laissent leurs enfants dans la rue la nuit peuvent être poursuivis pour manquement à leurs obligations légales touchant à la garantie de sécurité, de santé, de moralité qu'ils doivent à leur progéniture. Dans les zones de non droit les enfants participent au trafic de drogue. Or le fait de provoquer un mineur à commettre un délit est punissable. Avec ce texte les "grands frères" peuvent être poursuivis.

Notre code pénal permet de répondre à toutes les situations. Il suffit de l’appliquer. Cependant il existe des obstacles, une société qui depuis 30 ans est permissive à l'excès et l'action de certaines  associations qui affirment lutter contre le racisme ou défendre les droits de l’homme.

Le poids du politiquement correct

Trop souvent toute volonté des défenseurs de la société de sanctionner efficacement des délinquants est qualifiée d'atteinte au droit de l'homme, toute intention de réprimer des étrangers délinquants est baptisée racisme. M. Chevènement qui a qualifié les voyous de "sauvageons" a dû s’expliquer, s’excuser. Il n'a pu agir à sa guise et obtenir de résultats tangibles. Les défenseurs des droits de l’homme ont imposé leur vision des choses.

Un commissariat est un moyen permettant l'action de ceux qui doivent faire respecter la loi. Une attaque de commissariat est une atteinte aux droits de l'homme. C’est en effet une atteinte à l'un des moyens que se donnent les citoyens pour faire respecter leur liberté face aux voyous. Cette atteinte au droit de l’homme, actuellement fréquemment perpétrée dans notre pays, n’est jamais dénoncée par les associations de défense des droits de l'homme. Or c’est à ces associations que le pouvoir politique est tenté de rendre des comptes. C’est en évitant ce penchant que les gouvernants pourront répondre au besoin de sécurité, mais également en décourageant ceux qui sont tentés de ne vivre que de seules activités délinquantes par la mise en œuvre de sanctions équilibrées et rapides.

Le rétablissement de l’ordre républicain est prioritaire. Ce n’est qu’alors que l’on pourra mettre en œuvre une politique urbaine du type de celle prévue par la loi relative à la solidarité et le renouvellement urbain. Une telle politique aura alors des chances de réussir, cela d'autant plus si elle privilégie la qualité de l'habitat et surtout si elle laisse une grande latitude d'adaptation aux responsables locaux.

Le travail moyen d’intégration

De plus le rétablissement de l’ordre est indispensable pour ne pas décourager ceux qui veulent s’intégrer. On ne peut s’investir dans une formation ou dans un travail quand un dealer roule en voiture de luxe au vu et au su de tous. Le respect apporté au délinquant détruit le lien entre le revenu et le travail.

Il est dommage que les gouvernants eux aussi altèrent le lien existant entre revenu et travail. La part du revenu attribuée dans le cadre de la politique d’assistance ne cesse en effet d’augmenter alors que celle liée au travail diminue. Cela est incompatible avec la venue d’immigrés qui ont besoin pour s'intégrer de participer à l'activité économique du pays d'accueil.

La laïcité

Dans notre société multiconfessionnelle la laïcité est nécessaire. Le problème se cristallise sur le voile islamique lorsqu'il est porté à l’école.

Au cours des nombreux débats sur ce thème l'on n’a jamais entendu parler de problème dans les écoles catholiques.

Pourtant ces écoles, dans le cadre des contrats qui les lient à l’État, accueillent des musulmanes dont certaines portent le voile. Si cela pose problème on n’en a rien su. Il est possible que ces écoles, dotées d’une personnalité religieuse, cherchant à encadrer du mieux possible les élèves, aient soit accepté le voile, soit tenté à l’amiable d’obtenir son retrait. En tous les cas personne n’a mis sur la place publique les éventuels conflits touchant ces établissements, alors qu'au contraire, certaines affaires touchant l’enseignement public ont été volontairement médiatisées par des associations ou des islamistes. Cette tactique de déstabilisation n’a pas été adoptée contre les écoles catholiques.

Il est à remarquer que si certaines franges du monde musulman font de gros efforts pour rendre islamique des écoles laïques, ils ont fait peu de zèle pour demander l’ouverture d’écoles privées sous contrat d’association. Ces écoles pourtant pourraient intéresser les musulmans. L'enseignement religieux y est donné librement. Il est vrai qu'en contrepartie, pour recevoir un financement public, elles doivent respecter le programme de L’Etat et le principe énoncé par la loi Debré: "l’établissement, tout en gardant son caractère propre, doit donner l’enseignement dans le respect  total de la liberté de conscience. Tous les enfants sans distinction d’origine, d’opinion ou de croyances, y ont accès."

Des écoles privées musulmanes permettraient à la fois à des musulmans dévots de transmettre la religion à leurs enfants, tout en les obligeant, du fait de leur financement, à respecter les programmes de l’Etat et par la même à se confronter au principe de laïcité.

Il est certain qu'en France le pilier de l'enseignement est constitué par les établissements publics. La laïcité de ces écoles doit être préservée sinon elles perdent tout intérêt.

Les parents qui ont eu à opter parfois pour le public ou pour le privé ne peuvent que se féliciter du sérieux des professeurs du public,  mais constate en général que le fonctionnement des établissements privés : gestion des horaires, répartition des cours, continuité du fonctionnement, est supérieure.

C'est en s'inspirant de l'exemple du fonctionnement des écoles privées que l'école laïque pourra redevenir attractive et pourra répondre au besoin de transmission du savoir et par-là même servir à l'intégration des étrangers.

La France et ses étrangers, une réflexion nécessaire.

La France a un problème d'intégration. Ce problème est devenu une source de conflictualité. Un pays, qui ne sursaute pas lorsque l’on chante "nique ta mère" mais qui souhaite sanctionner pénalement les injures homophobes, qui tremble parce qu'une fille de 14 ans porte un voile, ne peut que difficilement amener l’adhésion nécessaire au processus d’intégration.

La fierté d’être français a été affaiblie par l'ascendance prise par des associations qui passent leur temps à traiter leurs concitoyens tour à tour de raciste, d'homophobe, d'antisémite, d’islamophobe alors que les Français sont depuis toujours le peuple le plus tolérant et le plus mélangé au monde. Ce Français en a fini par oublier qu'on ne peut accueillir l’étranger si on n’a pas un minimum de considération pour soi-même.

Le Français peut être juif, catholique, protestant, orthodoxe, bouddhiste, athée ou autre; Il est toujours doté d'une histoire singulière qu'il arrive à accorder avec celle de son pays. Le Français est un personnage de roman. Les associations anti-racistes au lieu de le comprendre préfèrent trop souvent l'accabler. Créateur du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes notre personnage s’autorise par-là même à contrôler l’immigration, ce qui déplait. De plus tout groupuscule sent que l’application de ce principe annonce sa fin. Toutes ces officines méprisent notre personnage dans lequel elles croient apercevoir un beauf. Elles n’ont de cesse de le tarauder au cœur.

L'existence de notre personnage est l'enjeu d'une lutte larvée qui nous emmène au centre du malaise français : altération de la confiance en soi entraînant une moindre capacité d’intégration et par-là même développant des sources de conflictualité.

Notre personnage, pour continuer son histoire, doit oser appliquer ses lois et ses principes en particulier celui d'égalité. La mise en œuvre de ce principe valable pour tous les  citoyens et en particulier ceux issus de son ancien empire colonial, nécessite de sanctionner les actes de tous les voyous, quelles que soient leurs origines.

Il est temps peut-être aussi que notre personnage se décide à valoriser ceux qui se souviennent du proverbe arabe : "sois poussière sous les pas de ta mère, car le Paradis est là où elle pose son pied".