2002 : Que défendre ?

AAIHEDN Région CENTRE

THÈME DE TRAVAIL 2002

Que défendre aujourd’hui?

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Edmond-Louis SIMONEAU
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« Grandir sa force à la mesure de ses desseins, ne pas attendre du hasard, ni des formules, ce qu'on néglige de préparer, proportionner l'enjeu et les moyens : l'action des peuples, comme celle des individus, est soumise à ces froides règles... Mais pourquoi faut-il qu'on ne les voie bien qu'à travers les larmes des vaincus ? ».

Charles de Gaulle
 

Objectifs de Défense

Quel Groupe et quel Territoire à défendre ?
Quelles valeurs fondamentales les Européens, partagent-ils?
Un objectif de défense : l’identification de l’ennemi

 

Menaces et Risques Tangibles

Les Menaces

Les Risques

Objectifs de Défense

Quel Groupe et quel Territoire à défendre ?
Quelles valeurs fondamentales les Européens, partagent-ils?
Un objectif de défense : l’identification de l’ennemi

 

Moyens de notre Défense

Que Faire ?

Comment Faire ?
 

CONCLUSION


Que défendre aujourd’hui?

Posée ainsi, la question peut laisser supposer que tout ce qui justifiait, il y a encore peu de temps (depuis la chute du mur de Berlin? Suite à l’accélération de la mondialisation, des échanges économiques ? ) L’organisation de la défense nationale est devenue obsolète. Certains sont tentés de le croire. Certaines décisions politiques, comme la professionnalisation de la défense militaire française pourraient le laisser penser.

 Mais notre société est toujours sujette à la convoitise d’autrui ou à des agressions, même si cette convoitise s’exerce de façon moins voyante que lorsqu’elle s’exprimait en termes de revendications territoriales. Mais les attaques sur le plan économique sont de plus en plus nombreuses. Les catastrophes naturelles existent toujours, même si certaines sont un peu plus prévisibles qu’il y a quelques années.

Les tensions sont toujours aussi vives. L’enjeu économique est le maître de la situation sur le plan international et sur le plan national aussi.

Se défendre implique d’identifier les causes. Elles sont multiples. Elles ont toutes un lien avec une volonté d’hégémonie. Nous croyons dans les valeurs de l’humanisme, à condition qu’il nous rapporte.

L’après-guerre s’est terminé en 1968, avec remise en question des valeurs.

Depuis la chute du mur de Berlin et la perte de l’ennemi désigné c’est la perte des valeurs. Nous sommes entrés dans une phase nouvelle dont tous les paramètres doivent être pris en compte.

Certains prosélytes ne rêvent que de voir triompher leurs croyances ou leur religion.

La fracture Est-Ouest est devenue Nord-Sud. Les pays civilisés s’opposent aux pays démunis. L’attitude des riches face aux pauvres est un élément à prendre en compte pour la Défense.

 La défense a changé d’objectifs

Le territoire a perdu de son importance, mais pas totalement. N’oublions pas que la France a un territoire immense dans l’océan pacifique et dans l’océan indien

Ce sont les valeurs qui sont mises en danger. Les valeurs tant matérielles que culturelles et cultuelles font l’objet de combats quotidiens.

S’il faut donc donner des motivations à la politique de défense de notre pays, il semble utile de s’interroger sur la consistance du groupe auquel la France appartient et sur son territoire, mais aussi sur les valeurs communes partagées par les Français, sur les menaces et les risques réels qui pèsent sur notre société.

Se Défendre, certes, mais contre qui, où et comment ?

Objectifs de Défense

Quel Groupe et quel Territoire à défendre ?

Il a été montré à de nombreuses reprises que si la France constitue toujours une entité souveraine, son intégration chaque jour plus forte dans la communauté européenne l’oblige à tenir compte de l’opinion et de l’action de ses voisins européens dans un nombre toujours croissant de domaines, et pas toujours dans son intérêt. Depuis quelques années, la construction, lente mais résolue, d’une défense militaire européenne est le constat que notre territoire et le groupe auquel nous appartenons, c’est l’Europe.

Nous sommes également intégrés dans le monde dit «occidental».

Peut-on cependant dire qu’il constitue notre groupe d’appartenance et notre territoire, et être prêt à se sentir immédiatement et sans réflexion solidaire d’un membre du «monde occidental» quand celui-ci est attaqué ou sujet à menaces identifiées ?

Actuellement, nos concitoyens, qui ont déjà quelques difficultés à accepter l’idée que la France fait partie de façon irréversible du groupe «Europe», ne semblent pas prêts à franchir le pas du «monde occidental».

Les traités comme l’OTAN ou l’OMC ne sont pas aussi fédérateurs que le traité de Rome ou le traité de Maastricht. Surtout quand un des signataires donne la désagréable impression de n’avoir signé ces traités que pour être seul à en tirer profit. L’Europe élargie semble perdre sa cohésion et sa sensibilité communautaire.

La France a aussi un territoire à défendre hors de l’Europe. Il ne faut pas oublier que le traité de l’OTAN s’arrête à l’Atlantique Nord, comme son sigle l’indique. L’Europe s’arrête à l’Europe. La France a des Territoires en Outre-Mer qui ne font pas partie ni de l’Europe, ni de l’OTAN. La France a des intérêts immenses et des superficies inestimables. L’économie sur ces étendues est laissée en friche en attendant une meilleure rentabilité. Nos étendues dans l’Océan Indien et dans l’Océan Pacifique sont convoitées par les Australiens et Néo-Zélandais. Des alliés du monde occidental certes, mais des concurrents économiques, comme l’Espagne, le Japon et la Russie passent outre et exploitent sans vergogne les richesses que contiennent ces territoires. Un jour, quand elle en aura la volonté et/ou la possibilité la France défendra-t-elle ses droits économiques dans ces espaces. Nous envoyons chaque année un aviso ou une frégate qui arraisonne un bateau espagnol au large de Kerguelen.

Subjectivement, lorsque l’on parle de groupes et de territoire, nous pensons toujours aux cercles de proximité. Maintenant la défense commence à notre porte pour s’élargir à notre environnement, notre quartier, notre ville, notre région, notre nation, notre fédération et nous aboutissons sur l’entité mondiale. La réplication des problèmes se fait d’une façon identique à tous les niveaux. La stratégie globale peut s’adapter dans chaque cas de figure. C’est la proximité perpétuelle. Jadis, nous défendions la nation. Actuellement, la défense commence dans le quartier et se termine dans l’espace.

Envisager la défense à partir de l’individu est une notion qui fait son chemin. Ainsi la finalité de défense et les moyens à mettre en œuvre seront-ils mieux appréhendés.

La problématique de la défense du territoire vient à évoluer avec l'émergence d'un risque terroriste majeur et global à échelle mondiale.

La dissémination et dissimulation internationale des facteurs d'insécurité fait en effet que tous les territoires deviennent importants ; nulle alliance ne peut se permettre de laisser, sur un territoire, se créer un chaos dans lequel prospèrent des germes extrêmement menaçants.

La capacité d'un allié à contrôler totalement et efficacement son territoire (aptitude antique, primordiale, constitutive, d'un Etat...) redevient un critère de puissance internationale et de poids relatif dans une alliance : la puissance nationale est certes déterminée pour grande partie par le potentiel d'intervention militaire face à une menace ou un besoin externe, mais elle ne s'y réduit aucunement.

Les questions de défense et de sécurité intérieure se rejoignent en effet nettement (blanchiment d'argent, terrorisme, trafic d'armes, de stupéfiants ; activités, actifs ou flux suspects, etc.). Face à ces défis et compte tenu de leur nature, il n'y a plus de petits pays, chaque mètre carré compte.

La question que les Européens se posent est de savoir si nous avons le droit d’intervenir n’importe où. Les Américains et leurs protégés ne se posent plus cette question.

En vertu du Chapitre VII de la charte de l'ONU, la légalité de telles interventions est normalement subordonnée à la légitime défense, ou à un mandat exprès du Conseil de sécurité. Ces textes visent à préserver le principe de souveraineté des Etats, et l'équilibre des relations internationales qui en découle.

Mais depuis quelques années, des « exceptions » se développent. Elles mettent gravement en question l'organisation et l'avenir des relations internationales même.

Elles sont de trois ordres :

- le premier naît de l'intervention d'un Etat ou d'une alliance sur le territoire d'un Etat souverain, sans son consentement et sans mandat (OTAN en Serbie, intervention en Iraq prévue de longue date, etc.).

- le second, plus ancien, est celui des territoires sans souveraineté reconnue sous la forme d'un Etat (Afghanistan sous le régime taliban ; statut des territoires palestiniens, etc.). ONU ou pas ONU c’est pareil. Il est demandé à l’Iraq de recevoir les missions d’enquête de l’ONU sous peine d’embargo meurtrier, mais Israël peut refuser en toute impunité.

- le troisième naît du concept extrêmement sulfureux de «légitime défense préventive», qui conduit à intervenir sur le territoire d'autrui (anticipation sur intention d'attaque). C’est bien souvent une volonté d’extension territoriale qui est à la base de ce principe.

En bref : au XXIème siècle sont remis en question les critères, et les effets, de la souveraineté des Etats. A l'heure de la mondialisation, la notion de territoire redevient « paradoxalement » un enjeu majeur.

Quelles valeurs fondamentales les Européens partagent-ils?

Le patriotisme est un «égoïsme de groupe». C’est l’expression de la fierté d’appartenir à ce groupe. Encore faut-il que chacun connaisse les critères d’appartenance au groupe et les raisons qu’il a d’en être fier.

Quitte à caricaturer, on peut dire que les citoyens des Etats-Unis d’Amérique partagent tous quelques valeurs simples : libre entreprise, argent comme clé du pouvoir, démocratie (?), religiosité primaire. Ils sont fiers d’appartenir au pays le plus puissant du monde. Leur volonté d’impérialisme que l’on qualifie maintenant d’hégémonisme les rendent solidaires. Alors que le pays est récent et a été composé d’émigrants venant de tous horizons, ces quelques critères simples s’avèrent constituer un ciment très résistant, et à «prise rapide». On constate à quelle vitesse les nouveaux arrivants sont fiers de se déclarer citoyens américains et renient leurs origines. Le niveau de vie des américains y est pour quelque chose.

 Ce patriotisme, exacerbé par les évènements du « 9 septembre », en arrive à sembler malsain.

 Qu’en est-il des européens?

Issus de civilisations très anciennes, ils présentent des différences que deux mille ans de judéo-christianisme n’ont pas gommées. L’apparition du protestantisme a même été une cause supplémentaire majeure de différence, qui reste toujours une raison (un prétexte?) de guerre civile en Irlande du Nord, dernière colonie du lion britannique.

Si les colonisations du XIXème siècle n’avaient eu que peu d’impact sur les civilisations européennes, il n’en est pas de même des décolonisations. Celles-ci ont eu lieu au moment où l’Europe de la deuxième moitié du XXème siècle, devait faire face à des besoins de main d’œuvre. Les populations locales européennes ne pouvaient assumer toute la tâche.

L’immigration, surtout celle en provenance d’Afrique, a permis de faire face à cette pénurie de main d’œuvre, mais elle a apporté une composante supplémentaire - et de civilisation différente - à la société européenne dont l’importance oblige les gouvernants à tenir compte dans leur réflexion.

Les récentes polémiques venues du Vatican et d’Italie, sur l’absence de référence aux religions dans le préambule de la Charte des droits fondamentaux de l’Union, proclamée au sommet de Nice en décembre 2000, montrent que la question des valeurs fondamentales de l’Europe est loin d’être réglée. Ce texte n’est pourtant pas considéré comme un texte «révolutionnaire». Mais c’est un contentieux interne de plus au sein de l’Europe.

Néanmoins, cette Charte des droits fondamentaux est un premier pas, un point de départ.

Elle déclare, entre autres choses :

«Les peuples d’Europe, en établissant entre eux, une union sans cesse plus étroite, ont décidé de partager un avenir pacifique fondé sur des valeurs communes. Consciente de son patrimoine spirituel et moral, l’Union se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d’égalité et de solidarité; elle repose sur le principe de la démocratie et le principe de l’État de droit. Elle place la personne au cœur de son action en instituant la citoyenneté de l’Union et en créant un espace de liberté, de sécurité et de justice (...).»

Les valeurs décrites ci-dessus : dignité humaine, liberté, égalité, solidarité, démocratie, état de droit... sont autant de valeurs humanistes. Mais l’individu ne croit plus vraiment aux valeurs humanistes. Il ne croit de plus en plus que dans l’argent, rien que l’argent.

On peut légitimement se poser la question de la crédibilité de ces valeurs humanistes et de leur influence dans le monde moderne, quand on constate les faits suivants :

- les premières mesures prises par les états pour lutter contre le terrorisme visent précisément à limiter très fortement les libertés individuelles et le respect de l’individu. Les droits de l’homme sont relégués au rang de slogan incantatoire. Les camps de concentration et camps de prisonniers font leur réapparition comme au bon vieux temps de la deuxième guerre mondiale. Le délit de faciès est à la mode. L’habeas corpus retourne au rang de citation latine. Et ce, dans la plus grande indifférence.

- les Etats-Unis demandent, et obtiennent, l’appui des gouvernements européens pour mener des actions de guerre en Afghanistan sans déclaration de guerre sous prétexte de «11 septembre», alors qu’ils étudiaient ces mesures contre l’Afghanistan depuis plusieurs mois et attendaient un prétexte de mise en application.

La guerre contre l’Iraq est programmée. Le tout pour permettre aux Etats-Unis de construire un oléoduc reliant la Russie au Golfe Persique traversant l’Afghanistan et de préserver le pétrole arabe en toute impunité.

Que de suspicions sur les événements récents aux Etats-Unis !

- les députés français, qui estimaient avant le 11 septembre que la loi sur la présomption d’innocence ne préservait pas assez le justiciable, trouvent après cette date que le projet de loi qui a pour but de limiter l’effet de la présomption d’innocence est encore trop laxiste envers les criminels...

- les subventions aux pays «du Sud» sont en diminution ces vingt dernières années. Les promesses vont bon train. Une promesse n’engage que ceux qui la reçoivent !

Les pays du Sud attendent toujours les aides des pays riches, les pays du Nord. On est en plein conflit de sécession.

- l’action humanitaire est abandonnée à la charité publique et aux mains des ONG, qui deviennent de plus en plus des sources de business...Certaines ONG sont des tremplins pour améliorer une situation personnelle ou pour faire carrière. Leurs membres les plus efficaces et les plus sérieux restent dans l’ombre et la modestie.

Dans le même temps, l’argent et le profit sont en passe de devenir des critères de références primordiaux, non seulement dans le monde économique, mais aussi dans le monde politique.

- Avant la 2ème guerre mondiale, les «humanités» étaient la clé d’accès au pouvoir : la maîtrise de la rhétorique permettait de convaincre et laissait la place à l’humanisme.

- Après-guerre, ce sont les études scientifiques qui ont pris le dessus : la technique et le progrès étaient les valeurs de référence, qui permettaient le développement de tous, y compris des plus défavorisés.

- Aujourd’hui, ce sont les études de commerce et de marketing qui sont les plus prisées. Il importe de vendre au meilleur prix ce qui est fabriqué, d’abord à celui qui peut payer. S’il ne peut pas payer, on l’incite à s’endetter et on lui vend le crédit en plus.

Les plus défavorisés, que ce soient des individus ou des pays, ne sont pris en compte que s’ils peuvent, malgré leur pauvreté, être source d’enrichissement, par pillage des richesses naturelles, ou d’expansion des marchés.

 Deux exemples sont particulièrement significatifs :

- les OGM

Les recherches sur les OGM sont «justifiées» par la lutte contre la faim dans le monde ! Dans la pratique, c’est une occasion unique pour les fabricants de semences et de produits chimiques liés à l’agriculture (engrais, désherbants, produits phytosanitaires...) d’annexer les richesses agricoles des pays en voie de développement, en leur revendant, une fois nanties d’une modification génétique brevetée, les semences des produits agricoles locaux et leurs produits chimiques d’accompagnement.

Monsanto est retourné sans complexes à Bhopal où Union Carbide, une major américaine avait engendré la mort de trente mille personnes dans l’explosion de son usine délabrée. Dix fois plus de victimes qu’à New-York le 11 septembre !

- les brevets

Les multinationales américaines ont bondi sur le tiers monde tel des rapaces et brevettent tout ce qui est possible. Tous les principes actifs des plantes d’Afrique, d’Asie et d’Amériques sont aux mains des américains et des anglo-saxons, australiens compris. Ces plantes ne poussent que dans des pays tropicaux. Peu importe, les principes chimiques ou thérapeutiques de ces plantes appartiennent aux grands groupes capitalistes.

Voilà une injustice qui entre dans le concept de défense. Ces pays spoliés et humiliés n’ont pas trop envie de nous faire des fleurs. Annexe 5 sur l’humiliation des pays pauvres.

Quant au génome humain, il a failli être breveté lui aussi (mais certains ne perdent cependant pas espoir…).

- les produits pharmaceutiques.

Il a fallu un procès retentissant pour que de puissants laboratoires pharmaceutiques mondiaux acceptent que l’Afrique du Sud achète leurs produits dans des pays voisins, où ils étaient vendus moins cher que les mêmes produits fabriqués localement. C’est un comble et une mainmise des grandes sociétés américaines.

Le terme « américain » revient souvent car depuis quelques années les tentacules de l’Oncle Sam s’insinuent partout

On est bien loin de la solidarité. On dénote même dans ces attitudes une pointe de cynisme, qui s’est illustrée dans un autre contexte. II y a quelques années, la divulgation du salaire du PDG de Peugeot était un scandale et une attaque à la vie privée. Aujourd’hui, un patron mis en place pour liquider une entreprise annonce sans vergogne qu’il touchera une prime d’autant plus grosse que le nombre de personnes qu’il sera en mesure de licencier rapidement sera plus important...

C’est donc le couple «argent - profit» qui a pris, dans les faits, l’ascendant sur les valeurs humanistes. Même la démocratie y succombe. Le coût toujours plus élevé des campagnes électorales et l’empressement des grands groupes économiques à les financer sont malheureusement à l’origine de scandales dans toutes les démocraties.

Face à ce constat, des mouvements antimondialistes ont vu le jour en Europe, preuve que l’argent n’a pas encore complètement pris le pouvoir et l’humanisme dispose encore de partisans remuants. Encore que…

On oublie trop souvent de signaler que les antimondialistes sont dans une grande majorité des européens nantis qui ne sont présents que pour faire commerce de leur notoriété. Les faibles et les pauvres n’ont pas reçu leur billet de bus pour Porto Alegre, Davos, Gènes ou ailleurs. Ils demeurent toujours ignorés, humbles et humiliés, en dehors de leur rôle de prétexte « présentable ».

La mondialisation vire à la course de ceux qui défendent leur argent face à ceux qui défendent leur confort.

Cela fait actuellement partie de l’originalité européenne. Si nous ajoutons à cela que l’Europe est potentiellement la plus forte entité économique du monde, il peut y avoir de quoi mobiliser les énergies et forger un esprit de groupe «Europe», face à ses concurrents les plus proches qui ont depuis longtemps compris l’enjeu économique que nous faisons semblant de découvrir.

C’est aux hommes politiques que revient ce rôle, presque plus qu’aux industriels.. Et aussi celui de trouver un symbole identitaire fort, comme le sont la Bannière Etoilée (Star and Stripes for ever) ou l’Union jack.

Actuellement, bon nombre d’entre eux défendent des opinions et des idées très nobles, mais leurs actions en sont trop souvent éloignées. Nous défendons un chauvinisme éculé alors que nous devrions nous lancer dans la conquête des marchés et du progrès, comme les Américains se lancent dans des « croisades ».

Avons-nous la capacité d’imposer aux autres notre universalisme ?

“ Personne n’a le droit d’interférer dans la conduite et la conscience des autres. C’est le fondement même des libertés individuelles ” Raymond Barre, in « Un goût de liberté », Éditions Lattès 2000.

Sommes-nous sûr de détenir la Vérité ?

Si nous l’avons (ou du moins croyons l’avoir), avons-nous la capacité militaire, économique et diplomatique de l’imposer aux milliards de personnes qui ne l’ont pas ?

De quel droit pouvons-nous envoyer des troupes renverser un dirigeant d’un pays étranger ?

De quel droit pouvons-nous aller liquider, assassiner, dans des états souverains des hommes qui luttent pour leur pays et leur dignité ?

De quel droit pouvons-nous décréter qu’une religion n’est pas bonne pour les humains ?

De quel droit pouvons-nous nous immiscer dans les affaires intérieures d’un pays ? Quels sont les menaces que ces pays font peser sur nous et qui permettraient donc de justifier notre interventionnisme ?

Pourquoi ne dit-on rien sur l’Arabie Saoudite qui soutient des terroristes et décapite ses délinquants ou sur la Chine qui exécute d’une balle dans la tête les mal-pensants alors que l’on s’acharne sur des pays économiquement beaucoup moins intéressants ?

Raisonne-t-on sur le plan France, sur le plan UE, sur le plan militaire OTAN, sur le plan mondial ONU, sur le plan spécialisé (OMC, OMS, WTO…) ?

Ne peut-on raisonner que sur le plan français alors que nous sommes en interaction constante avec tous les plans précités ?

La Belgique, au nom de son universalisme, a édicté, en 1993, une loi dite “ de compétence universelle ”, lui permettant de juger tout crime commis dans le monde. Ont ainsi été instruits des dossiers à l’encontre de Saddam Hussein, des Khmers rouges, de Fidel Castro, d’Augusto Pinochet, de Yasser Arafat… Mais, une plainte complique la vie de l’Etat belge, au point de prendre l’allure de crise diplomatique grave. Il s’agit de la plainte de 23 rescapés des massacres de Chabra et de Chatila, près de Beyrouth, à l’encontre du Premier ministre israélien Ariel Sharon (alors ministre de la défense). Des représentants de l’État hébreu se sont déplacés en indiquant : “ Israël est un État souverain et n’a de leçons à recevoir de personne ”. Cela pose effectivement un problème de fond. Notre universalisme est-il fondé. De quel droit pouvons-nous juger des faits qui ne se sont pas produits dans nos juridictions ? A l’inverse, accepterions-nous d’être jugés par les tribunaux d’un État tiers ?

Un objectif de défense : l’identification de l’ennemi

Depuis quelques années, plus précisément depuis la chute du mur de Berlin, nous sommes déstabilisés.

Qui est notre ennemi ? Le Général De Gaule avait déjà sa défense tous azimuts. Mais dire que les Etats-Unis sont nos ennemis, c’est un peu gênant, ça ne fait pas très « tendance », bien qu’ils ne se gênent pas pour nous imposer leurs diktats en faisant du chantage.

Comme Washington n’a plus d’ennemi, il en a fabriqué un en la personne de Ben-Laden. Est-ce un ennemi réel ou un ennemi supposé ? Mis en selle par les Américains, mérite-t-il autant de place ? Les preuves de ses implications sont minces, malgré les rodomontades et les mensonges du président américain.

La Maison-Blanche est passée aux aveux. Elle a reconnu officiellement que ses services de renseignements avaient averti George W. Bush avant les attentats du 11septembre que des terroristes s’apprêtaient à détourner des avions américains. Certes, les espions n’avaient pas poussé la compétence jusqu’à donner tous les détails de ces actes terroristes ! Mais cette information aurait dû tout de même inciter le Gouvernement américain à renforcer les mesures de sécurité dans le secteur aéronautique. Or, tel n’a pas été le cas de la part d’un pays qui a souvent été accusé de se montrer quelque peu "parano" en matière de sécurité.

Les Etats-Unis possèdent une formidable agence qui est la CIA. Faisons-lui confiance pour intoxiquer et déformer. Ben Laden était un de ses agents. Il rencontrait des personnages de l’agence de renseignements, il n’y a pas si longtemps encore.

« Recherche ennemi désespérément » : ce n’est pas le titre d’une petite annonce mais un souci de l’occident. Nous avons trouvé Saddam Hussein, Milosevic, et d’autres dictateurs, mais rien de très crédible.

Comment faire passer auprès de l’opinion publique le montant dans nos dépenses d’armement? Que les attentats du  « 11 septembre » ont été les bienvenus ! Aux USA tous les budgets militaires ont fait un bond en, avant. Quant à celui de la CIA n’en parlons pas. Et en plus, elle a obtenu le finding, d’aller s’attaquer à des individus et de les liquider. « Wanted, dead or alive », « Recherché mort ou vif » est revenu à la mode aux Etats-Unis.

Comme toutes les civilisations, l’Occident a toujours eu besoin d’un ennemi. C’est pratique : on peut attribuer ses peurs, ses colères, ses fantasmes. L’Empire soviétique a longtemps joué ce rôle. Nous en avons soupé autant que nous avons pu.

Depuis nous cherchons un ennemi. Il y en a tout un éventail d’ennemis, mais pas de vraiment crédibles : le nucléaire, les vélomoteurs, la violence à la télé, les cigarettes, l’Europe fédérale, le rap, les McDonald’s, José Bové, l’alcool, les fonctionnaires, le FMI, les chasseurs, Poutine, les pollueurs, Leonardo DiCaprio, la mondialisation, les riches, les mendiants, les impôts, la bêtise.

On a un espoir avec l’intégrisme islamiste et le terrorisme qu’il engendre. L’Occident semble enfin avoir enfin trouvé un ennemi de substitution à l’Union soviétique.

Avec son obsession de vouloir tout enrégimenter jusqu’aux tréfonds des âmes, il est d’essence totalitaire. Obscurantiste et intolérant, il incarne même l’ennemi idéal.

En Algérie, l’intégrisme fait toujours parler de lui mais avec une stratégie de somnambule. Il se noie dans le sang qu’il a fait couler.

Que la haine et l’intransigeance islamistes n’aient pas dit leur dernier mot de par le monde, c’est l’évidence.

Mais l’islamisme semble perdre du terrain, malgré Ariel Sharon qui souffle sur les braises tant qu’il peut.

Et notre problème serait-il réglé pour autant si nous nous limitions à ce qu’à dit Bossuet: « Nos vrais ennemis sont en nous-même » ?

Que l’on pourrait traduire par : nos vrais ennemis sont à l’intérieur.

Menaces et Risques Tangibles

Les Menaces

Il est intéressant de revenir en quelques lignes sur les ères que nous avons traversées.

Trois événements majeurs ont marqué le XXème siècle :

-  1917 : conséquence planétaire de la révolution qui éclate à Petrograd.

-  1939 : effondrement de l'Europe, bipolarisation, décolonisation et naissance de 40 pays.

-  La chute du mur de Berlin et....de bien d'autres murs

La première guerre mondiale a été un bouleversement terrible. Les Européens se sont entredéchirés à un niveau inacceptable. La victoire de l’un a engendré l’humiliation de l’autre et sa riposte assez rapide. C’est aussi la naissance du bloc soviétique.

La deuxième guerre mondiale s’est terminée par le partage du monde et une bipolarisation agressive : c’est la guerre froide.

L’après-guerre avec la décolonisation et la guerre froide s’est terminé en 1968. C’est une prise de conscience et la remise en question des valeurs.

Arrive, vingt ans plus tard, la chute du mur de Berlin et la perte de l’ennemi désigné : c’est la perte des valeurs. Nous sommes entrés dans une phase nouvelle dont tous les paramètres ne sont pas pris en compte.

Le monde devient "multipolaire" et les rapports entre les civilisations sont bouleversés.

Nous sommes déboussolés et l’affrontement se déplace prioritairement sur le domaine économique. La fracture Est-Ouest est devenue Nord-Sud. Les pays civilisés s’opposent aux pays démunis. L’attitude des riches face aux pauvres est un élément à prendre en compte pour la Défense. Les pays pauvres se sentent pillés, bafoués, humiliés. Ils recherchent une bouffée de liberté et de reconnaissance. Certains atteignent un point de non-retour et la soupape laisse échapper la violence extrême.

D’autres prosélytes ne rêvent que de voir triompher leurs croyances ou leur religion.

Les croisades répondent aux Jihad.

La défense a changé d’objectifs

Les menaces tangibles (la menace sous-entend une volonté de nuire) qui pèsent actuellement sur la sécurité de l’Europe et de ses habitants n’ont plus grand chose à voir avec la situation d’il y a 30 ans, dont le manichéisme facilitait l’explication et la perception par tous. Pour faciliter la perception de la situation, il y avait le «rideau de fer» et le «mur de Berlin».

Les menaces qui pèsent aujourd’hui sur notre vie quotidienne sont de différentes origines : les États ou des groupes privés. Elles peuvent prendre différentes formes : militaire, économique, terrorismes (politique, religieux, économique, privé).

Les menaces «militaires» ont pris un aspect plus «bénin». Un conflit nucléaire interplanétaire entre grandes puissances n’apparaît plus être à redouter pour l’instant, mais un tel conflit reste à craindre sur un plan «régional» entre pays dotés de l’arme atomique qui devient tactique.

Ces menaces sont plus variées. (Les causes de ressentiment entre pays sont multiples, le nombre des conflits régionaux en est l’illustration).

Elles relèvent de l’opération de police plus que de l’intervention militaire proprement dite. Les moyens sont disproportionnés face aux objectifs.

Les alliés ont envoyé en Afghanistan des milliers d’hommes et des moyens fabuleux pour traquer dans les montagnes des talibans sommairement équipés. Il n’est même pas évident que ces troupes aient atteint leurs objectifs.

Israël envoie son armée légendaire, Tsahal, dont on nous rebat les oreilles de ses exploits fabuleux, pour envahir des camps de réfugiés, détruire des maisons et tuer quelques palestiniens, plus de civils, d’enfants et de femmes que de combattants.

Les menaces «économiques» deviennent plus importantes.

Le domaine sur lequel elles s’exercent n’est pas en lui-même dangereux, mais c’est devenu aujourd’hui le principal moyen pour un pays d’assurer sa domination ou de montrer sa faiblesse, envers d’autres pays. A l’heure de la mondialisation des marchés, l’intelligence économique est devenue une arme aussi redoutable que l’arme atomique, en attaque comme en défense.

La France ne fait que balbutier en ce domaine. L’opinion publique aussi bien qu’une grande partie des entreprises sont ignorantes de cette forme de menace. Ce n’est pas dans nos habitudes. Nos alliés en profitent pendant ce temps-là.

Il est possible à un État et aussi aux grands groupes industriels internationaux de ruiner et de prendre le contrôle d’un pays voisin sans commettre la moindre agression apparente. Annexe 11 Sun Tzu

Il lui suffit de faire prendre le contrôle financier de certains secteurs économiques et de prêter un volume suffisant de capitaux. Si le débiteur se retrouve dans l’incapacité de rembourser ses dettes, il est de facto le satellite de son créancier. C’est le cas des pays des Balkans qui sont devenus des vassaux de l’Allemagne. La monnaie officieuse étant le Deutsch Mark en Slovénie, Croatie et autres états de l’ex Yougoslavie. Ne parlons pas des Etats-Unis qui ont au moins un pied dans notre hexagone.

Il n’est pas toujours facile de repérer ces menaces économiques, qui sont progressives, et dont la finalité n’apparaît souvent que lorsque la situation devient difficilement réversible. Il est d’autant plus difficile d’en faire prendre conscience à la population qui s’habitue à la routine.

A ces menaces «traditionnelles», qui sont généralement le fait des États, il faut ajouter les menaces «privées» provenant de groupes minoritaires mécontents ou d’individus qui veulent rectifier à leur idée la marche de leur pays, quand ce n’est pas celle du monde.

Le terrorisme est le moyen d’action privilégié de ces minorités ou de ces particuliers mécontents. C’est le seul moyen de se faire entendre face à la morgue des plus forts.

Il est assez facile d’identifier la source et de comprendre les motifs d’un terrorisme «nationaliste», d’essence politique. L’environnement de ce type de terrorisme est en général connu des populations, quand il n’est pas interne au pays. C’est un conflit politique qui s’exprime de façon violente. Les différentes façons de le combattre ou de le faire disparaître sont connues, et la négociation en est l’arme la plus efficace.

Mais veulent-ils négocier. Le Basque espagnol à un niveau de vie supérieur à celui de l’Espagnol moyen. C’est pour cela aussi qu’il veut se séparer de l’Espagne. Il veut profiter seul de ses richesses.

Le mot terrorisme est ambigu. Il désigne toujours un ennemi qui se bat avec les armes dont il dispose. Il recherche un maximum d’efficacité non pas sur le plan quantitatif mais qualitatif. Il lance un appel, il montre sa présence face à un ennemi infiniment plus conséquent et plus fort. Ce fut le cas des résistants en France que l’on appelait à l’époque des « terroristes ». Dés l’approche de la victoire, ils sont passés de « terroristes » à résistants couverts de respect. C’est la loi du vainqueur.

Quand on parle de terroriste, on insinue toujours qu’il s’agit d’un ennemi. Jamais, au grand jamais, nos alliés n’ont semé la terreur. Et pourtant, nos antennes de télévision nous montre bien le contraire trop souvent. Rappelez-vous cette image d’une petite fille nue sur une route du Viêt-Nam, lorsque l’aviation américaine avait déversé du napalm sur son village.

Le terrorisme «religieux» est en général basé sur des principes culturels étrangers à ceux contre lesquels il s’exerce. Mais il est toutefois possible d’arriver à en approcher les motivations en s’informant sur les autres religions et en nouant des relations pacifiques avec les autres civilisations.

Evitons d’envenimer les problèmes en allant profaner les lieux saints des religions à risque, comme c’est le cas au Moyen-Orient.

Certains groupes ont acquis depuis quelques décennies une puissance économique telle qu’ils peuvent se permettre d’organiser leur guerre personnelle. On peut parler de terrorisme «économique».

C’est le cas de plusieurs organisations criminelles souvent liées à la drogue, comme en Amérique du Sud (Colombie, Venezuela), «Triangle d’Or» en Asie. Elles se développent dans des pays pauvres, dont les gouvernements sont faibles et souvent corrompus. Dans ces pays, les populations ne survivent que grâce à «l’industrie du crime», ce qui rend la lutte difficile, voire illusoire, si une solution économique de remplacement n’est pas immédiatement disponible.

Plus déroutant (peut-on dire «désarmant»? ...) est le terrorisme «privé» qui apparaît depuis peu sur la scène internationale.

Quel en est l’auteur? Il n’est pas toujours facile de bien le connaître ou le localiser, même s’il est identifié.

Quelle est sa cible? Elle est souvent à la démesure des ambitions affichées par son auteur.

Il est souvent utilisé comme élément de provocations pour justifier une riposte sans que l’opinion publique s’en émeuve.

Comment le combattre : avec les «armes et arguments» de notre civilisation ou ceux de la civilisation de son auteur ?

Une riposte militaire de la cible interfère de facto avec la souveraineté du pays où est localisé le terroriste. Une riposte sur les ressources économiques du terroriste s’avère souvent contraire au droit des affaires, sauf à modifier les lois, quand ce n’est pas contraire à l’économie du pays attaqué.

Et dans quelle mesure sommes-nous certains, en agissant ainsi, d’être les garants de la Justice et de l’équité ?

Qui est assez sage pour savoir où est le bien, où est le mal.

Qu’est ce qui est bon ?

Qu‘est ce qui est mauvais ?

Réponse occidentale, mais universelle. : ce qui est bien, c’est ce que nous prônons. Ce qui est mal c’est ce que les autres font.

Enfin, peut-être, faudrait-il considérer aussi comme une «menace» d’un type particulier l’irritation que l’on est à même de provoquer chez les autres. La défense de l’Europe et des valeurs qu’elle respecte, doit-elle aller jusqu’à vouloir que ces principes soient appliqués par d’autres contre leur volonté ?

L’expérience de l’action des pays européens en Afrique ou en Asie au siècle dernier devrait servir de leçon pour éviter toute nouvelle forme de colonialisme, à commencer dans le domaine économique (ex : OMC...), et à faire preuve de prudence dans l’aide humanitaire, qui doit être acceptée au préalable par le pays auquel elle s’adresse, et non pas imposée.

Le «devoir» d’ingérence n’a jusqu’à présent été possible que par la force, mais il y a tout à craindre - à commencer par le terrorisme - d’un «faible» humilié.

Arrêtons de narguer ceux qui sont dans la misère. Plutôt que d’imposer notre conception des droits de l’homme et la démocratie, ne serait-il pas souhaitable de laisser les individus disposer d’eux-mêmes, même si cela doit nous déplaire.

Nous voyons la paille dans l’œil de notre voisin, mais pas la poutre dans le nôtre.

Les Afghans de tout temps cultivaient de l’opium. C’était le seul médicament connu en Orient. Cris d’orfraies et de stupeur. C’est une drogue. Il faut intervenir et envoyer les troupes pour détruire ces champs de plantes à vocation médicinales. Pendant ce temps chez nous, nous cultivons, du tabac et de la vigne, nous dépénalisons le cannabis. Nous nageons dans la drogue et nous jouons les vertueux.

Détruisons les champs d’opium à condition de donner des médicaments aux populations qui en ont besoin. Ce ne sont pas les rapaces de l’industrie pharmaceutiques qui vont participer à cette opération. Si l’opium est une drogue en Occident, c’est notre problème, pas celui des orientaux.

En Afrique du Sud où sévit une terrible pandémie de Sida. L’économie est touchée de plein fouet. Les mines recrutent à tout va et la population agricole diminue. Le gouvernement a demandé aux grandes compagnies américaines de leur céder des brevets pour produire et vendre moins chers les génériques de trithérapie, dans leur pays. Refus américain, alors que ces produits sont déjà fabriqués en Afrique du Sud, mais sous la marque de grands labos et donc très onéreux. Les Américains condamnent les Sud-Africains qui importent donc les médicaments des pays voisins. Washington refuse de céder des brevets à des pays qui en ont un besoin impératif et paradoxalement menace de violer les brevets de l’anthrax si les firmes qui les possèdent ne leur fournissent pas rapidement et pour un prix ridicule. Les firmes pharmaceutiques européennes ont plié devant ce diktat. En octobre 2001, face aux menaces que représente l’anthrax, Washington a menacé le pharmacien Bayer de lever son brevet sur le médicament Ciprofloxacine, si l’allemand ne baissait pas le prix de son médicament. Washington aurait pu utiliser la clause de sauvegarde incluse dans l’accord international sur la protection intellectuelle de « l’urgence maximale », clause déjà utilisée par l’Afrique du Sud pour produire des médicaments anti-Sida. Paradoxe, Washington avait refusé à Pretoria le bénéfice de cette clause. Bayer a baissé le prix de son médicament de 1,77 dollars, la pilule à 77 cents.

A charge de revanche.

Pourquoi, interdit-on, en Afrique, les seringues en verre pour les remplacer par des seringues à usage unique. ? Pour enrayer l’épidémie du SIDA, dit-on. Les seringues en verre pouvaient être stérilisées, mais elles ont été détruites. Les seringues à usage unique ne peuvent pas être stérilisées. Elles sont réutilisées, car elles coûtent chers dans le budget d’un africain, ce qui facilite la propagation de la maladie. Mais les fabricants de seringues se frottent les mains et encaissent les dividendes de la mort programmée.

Laissons aux africains décider ce qui est bon pour eux.

Les exemples de ce type foisonnent et représentent de véritables menaces. L’injustice et l’humiliation sont des vecteurs de haine que l’on peut qualifier de légitime. On peut m^me parler de provocations.

Les Risques

Les risques, qui sont indépendants d’une volonté de nuire, même s’ils peuvent être la conséquence de l’inconscience ou de l’imprudence de certains, subsistent.

Le progrès technique rend même les populations européennes plus vulnérables.

Les risques «ordinaires» ont des conséquences plus graves, plus rapidement qu’il y a 30 ans. Une coupure d’alimentation électrique supérieure à 24 heures perturbe la vie quotidienne personnelle de la population qui en est victime, mais a aussi un impact sur la santé publique (fonctionnement des hôpitaux), l’alimentation (les aliments stockés dans les entrepôts frigorifiques se dégradent), le fonctionnement des entreprises (la quasi-totalité des outillages et automates industriels ont besoin d’une alimentation électrique permanente) ou les communications (limitées à l’autonomie des batteries des appareils).

Les risques météorologiques sont d’autant moins supportés qu’ils peuvent être annoncés avec un délai tel qu’il laisse croire qu’il sera possible d’en contenir les conséquences.

Malheureusement, une inondation ou une tempête ne peuvent que difficilement être évités. Ni les chutes de neige, n’en déplaisent à certains qui considèrent comme inadmissible que le l’ensemble du réseau routier ne soit pas praticable en toutes circonstances 24h/ 24 et 365 jours par an.

Mais ce sont peut-être les risques d’origine industrielle dus à l’inconscience ou à l’incivisme qui sont les plus insidieux et les plus graves, mais aussi les plus regrettables car on peut les éviter.

La pollution des nappes phréatiques par des industriels peu scrupuleux ou par l’addition de négligences individuelles dans le cas de l’agriculture est lourde de conséquence pour la survie économique de certaines régions. Ne parlons pas de l’individu lui-même et de l’utilisation de benzène dans les lessives, du gaspillage de l’eau, de la pollution par le tout à l’égout qui se déverse directement dans la rivière.

La lutte pour l’eau est déjà une motivation importante de certains conflits régionaux. Le problème de l’eau risque de devenir une préoccupation majeure en Europe dans ce siècle qui commence.

Au Moyen-Orient, les Israéliens ont annexé le plateau du Golan, source du Jourdain. Ils ont détourné les eaux du Jourdain. C’est une des raisons de leur volonté de faire durer le conflit. Il faudra bien un jour ou l’autre permettre à la Jordanie et au futur état palestinien d’avoir accès à l’eau du Jourdain frontalier.

La pollution atmosphérique liée à l’activité industrielle sera également de plus en plus souvent une source d’inquiétude pour la survie de certains peuples. La «commercialisation» du droit à polluer ne semble pas être une solution très efficace. Le  côté « moral » de la pollution est inadmissible. Mais si l’on paie, c’est autre chose, c’est licite !

Pollueur-payeur de la loi de 1999 n’est pas crédible. Le payeur a intérêt à continuer à polluer. Cela lui revient moins cher que de se soumettre aux réglementations.

Il est vrai que l’on peut se demander pourquoi la plus grande puissance économique, également plus grande source de pollution, accepterait de se plier à la demande de pays qui sont sous sa dépendance économique pour diminuer la pollution qu’elle génère. Aucun de ces pays n’est actuellement en mesure, militairement ou économiquement, de lui imposer cette obligation !

Quand on demande aux automobilistes des grandes villes de prendre les transports en commun pour limiter la pollution, ils se moquent ouvertement de vous. Nous sommes contre la pollution des autres. Pour nous c’est epsilon. « Nous nous en foutons ». Mais également, ces transports ne sont pas toujours fiables avec les grèves à répétition. Et en plus les transports en commun fiable n’existent que dans 30% du territoire.

En fait, le réchauffement de la terre n’est pas un phénomène récent. Il y a eu dans les siècles ou les millénaires passés de grandes variations climatiques (chaudes ou froides) sans pour autant que la pollution industrielle soit en cause.

La circulation de l’information et les progrès technologiques ont rendu les citoyens très sensibles et surtout très intolérants sur les risques dont leur sécurité civile personnelle est menacée. C’est la raison pour laquelle l’organisation de la défense civile est devenue un enjeu important dans la vie quotidienne et les préoccupations des populations.
 

Moyens de notre Défense

 

Que Faire ?

Les menaces sont toujours là. Elles se sont multipliées, mais leur taille «unitaire» a diminué dans le même temps où l’antagonisme entre l’Est et l’Ouest disparaissait. Elles touchent plus facilement le citoyen dans sa vie quotidienne, de même que tous les risques de la vie courante.

Ces faits participent sans doute à l’accroissement du sentiment d’insécurité ressenti, et en partie à son incompréhension, d’autant plus que les actions politiques menées depuis des décennies par la France ou les pays européens n’ont plus aucun caractère agressif à l’encontre d’un autre pays.

En matière de défense, il faut donner de nouveaux repères aux citoyens. Pour obtenir leur adhésion aux principes fondamentaux de notre société démocratique, et aux concepts de notre Défense, il faudrait, dans cette période où tous les repères ont évolué, procéder à leur redéfinition claire.

C’est à dire

- redécrire l’environnement de notre société : les valeurs partagées par tous les Européens, celles plus particulièrement chères aux Français; le territoire à défendre; les alliances et leurs contraintes;

- décrire la nature et la source des menaces à redouter;

- évaluer les menaces et les risques.

Les risques qui pourront être acceptés car ils sont minimes.

Les risques acceptables et diffus, on n’y peut rien, mais on fait avec. Ils ne sont pas trop importants, un mort par-ci, un mort par-là.

Les risques majeurs, ceux qui font beaucoup de morts d’un seul coup.

Les premiers ne feront l’objet d’aucune mesure collective particulière. Les seconds seront pris en compte par les services de sécurité civile, mais dans une certaine mesure seulement. Il faudrait en effet préciser jusqu’où la société est prête à aller pour supprimer ces risques. Pour le troisième type de risques, c’est le principe de précaution qui est appliqué avec tout son cortège de contraintes. Le «principe de précaution» est dans l’absolu une bonne chose. C’est un principe récent qu’il faut appliquer dans des limites raisonnables et sensées, sous peine de ne plus pouvoir rien faire !

- décrire, dans la limite de la compatibilité avec l’efficacité de la défense, les moyens de défense : principes, mesures prises, procédure de mise en oeuvre, rôle de chacun, coûts de tous ordres...

La Communauté Européenne possède, peut-être plus que jamais dans son histoire, les arguments de véritables conflits civils.

Il faut réfléchir à ce qui aujourd'hui parait invraisemblable et s'interroger sur l'improbable. Pour réduire l'improbable, il faut s'assurer l'avenir.

La solution incontournable, le pilier de la défense commune, c'est l'esprit de défense européen. Le chauvinisme a vécu.

Un territoire européen, une société européenne, une économie européenne ne peuvent se défendre qu'avec une armée européenne et non avec un agrégat militaire levé par les nécessités de la circonstance, comme au Moyen-Age.

Trois problèmes majeurs s'opposent à la diffusion de l'esprit de défense :

- L'esprit de défense ne se manifeste qu'au moment critique. Tout danger n'est apprécié que superficiellement. Les centres d'intérêts ne vont pas naturellement vers une anticipation des menaces collectives, mais tout au plus se dirigent vers l'individu et son « petit nombril », c'est un phénomène naturel et compréhensible.

L'Europe est vaste ; embrassée du regard, elle n'est qu'une mosaïque de peuples.

- L'esprit de défense ne peut pas être entretenu dans le confort, le sûr, le probable.

Les évènements récents nous ont montré que rien n'est sûr. Pourtant, la plaie semble déjà se cicatriser. Les images américaines nous montrent de méchants Afghans aux aboies, une police américaine paradant partout dans le monde, des iraquiens affamés. L'opinion publique s'est fait aux images, à savoir que le pire est arrivé. On peut envahir l’Iraq en toute impunité.

- La non-instruction de la population

Il faut, dès aujourd'hui, instruire la population sur les enjeux européens, en commençant par les jeunes. Cette instruction devrait être commencée depuis longtemps, car on ne construit pas un si vaste édifice sans faire participer ceux qui le composent et le font vivre. Les institutions européennes qui sont au cœur des décisions des nations membres sont absolument inconnues des européens. L'apprentissage des langues ne suffit pas. L'instruction civique doit s'étendre (se créer et s'imposer) sur le thème de l'Europe, car une méconnaissance des institutions amène tôt ou tard à un rejet de la chose européenne. Cette méconnaissance est le substrat de l'idéologie à « deux sous », de la démagogie et du nationalisme. A contrario, cette instruction doit éviter de sombrer dans une systématisation du propos social comme l'est aujourd'hui l'enseignement de la chose civique.

Dans ce contexte, il est bien difficile de cultiver un esprit de défense, surtout européen. Mais rien n'est perdu, là encore l'histoire est un repère.

Le siècle des Lumières a produit énormément de bouleversements, mais à bien y regarder, les idées de ce siècle sont balisées par une volonté commune : la certitude de travailler pour les générations suivantes.

Aujourd'hui, l'homme n'exprime qu'une volonté personnelle, un individualisme facile et facilité par la consommation du tout et tout de suite, de l’utile mais surtout du futile. Le temps qui était une valeur, ne l'est plus aujourd'hui.

L'esprit de défense doit trouver ces racines dans ce dernier argument : défendre son prochain et défendre ce qui doit traverser le temps, l'héritage que l'on transmet, car on avance peu dans une vie. Ce sont là des choses qui n'ont pas de valeur marchande. L'instruction des hommes doit se faire dans un esprit de transmission, dans le respect du travail de nos prédécesseurs, de nos aïeux. Ce temps que l'on passe à donner et à transmettre, c'est le début du don de soi.

L'esprit de défense n'est alors plus très loin.

Comment Faire ?

Se défendre est à la fois une action individuelle et collective.

On se défend bien quand les menaces ou les risques ont été décrits et évalués. Les mesures de défense sont alors proposées aux citoyens. Cela concerne non seulement les mesures et dépenses de toute nature faites pour la mise en oeuvre de la défense, mais aussi les dépenses qui ne seront pas faites pour rester dans les limites du «raisonnable». In medio stat virtus

Le sacrifice de la vie est malheureusement une «dépense» à prendre en compte dans les deux cas, mais son acceptation ne peut être qu’individuelle.

Pour obtenir cette adhésion des populations aux mesures de défense proposées, il faut aussi que celles-ci soient crédibles et efficaces. Que penser de l’adéquation à leur objectif de certaines mesures actuelles ?

Pour prévenir les actes de terrorisme, des mesures «vigipirate renforcées» existent. Sont-elles efficaces ?

On peut se poser la question quand un forcené arrive à abattre un grand nombre de personnes dans une mairie alors que ces mesures sont en vigueur. Où quand un autre forcené tire pendant une demi-heure sur la foule, en plein centre-ville, à même pas cent mètres d’un commissariat.

Pratiquement le résultat tangible de Vigipirate est d’empêcher le stationnement des parents d’élèves à proximité des écoles - y compris dans les communes d’une centaine d’habitants - et de diminuer la petite délinquance dans les lieux où patrouillent des militaires. On est loin de l’objectif visé.

On se défend d’autant mieux que l’on se sent personnellement concerné par une menace ou un risque.

Le besoin croissant de sécurité exprimé par les populations devrait représenter un atout potentiel pour ceux qui sont chargés d’organiser la défense, mais il faut veiller à ne pas en faire un handicap. Le risque étant l’exposition au danger et il y a toujours un danger quelque part. Le risque «zéro» n’existe pas. C’est mathématiquement impossible. Il faudrait qu’il n’y ait pas de dangers.

Il est certes possible de prendre en compte beaucoup de choses, mais une application universelle et irréfléchie du «principe de précaution» peut conduire aux pires excès sans pour autant protéger efficacement. Ce principe a trop souvent été dévoyé et détourné de sa finalité par les pouvoirs publics pour être encore crédible à 100%.

De même, si pour des raisons techniques et économiques, la défense militaire a été professionnalisée, il semble possible d’impliquer tous les citoyens sur les autres aspects de la défense en les faisant participer à des exercices de défense civile, par exemple. Mais la défense civile comme la défense sont des concepts mal connus de la population..

Cependant, la défense ne peut être organisée qu’au niveau collectif.

Elle suppose un groupe soudé par des valeurs communes, respectées de tous, à commencer par les gouvernants.

Perte de valeurs de la République ? Pour la défendre la France ou l’Europe, encore faut-il en être fier (à l'instar des Américains). Pour cela, il nous faut des exemples. Quoi de mieux que les hommes politiques ! Mais, ceux-ci n'ont pas de dimension et de "valeurs". Pas de dimension européenne et pas de projet que le peuple perçoit. Nécessité d'avoir des chefs en qui l'on croit, qui soit honnêtes et qui ne visent pas qu'à se faire réélire sans tenir compte de la volonté du peuple.

On défend plus facilement quelque chose dont on est fier. Si le «savoir-faire» est important, le «faire savoir» l’est tout autant. Il est frappant de constater qu’un américain n’hésitera pas à se glorifier d’une réalisation dont il fait commerce, en omettant de préciser que c’est un étranger qui en est l’inventeur, alors qu’un européen trouvera toujours que son invention pourrait être améliorée. Or l’Europe à beaucoup de secteurs d’excellence : l’agriculture mais aussi l’espace, l’aéronautique, les télécommunications, l’enseignement, la «matière grise» informatique, la médecine... Autant de domaines où la comparaison avec les Etats-Unis est plutôt à son avantage et dont elle pourrait tirer des motifs de fierté.

Ceux qui ont en charge l’organisation de la défense doivent tenir compte de la mentalité de leurs concitoyens. Si un américain suit facilement son chef qui lui dit ce qui est bien et ce qui est mal (un américain attaqué, et ce sont les EU qui sont attaqués), il n’en est pas de même en Europe. Avant de s’engager, un européen veut comprendre. Il faut discuter. Les Africains que nous raillons souvent disent, il faut palabrer. Les dirigeants doivent expliquer et convaincre. Chacun apporte son commentaire, sa modification et le projet est dénaturé.

Aux Etats-Unis, l’opinion publique est sensibilisée et elle suit. Quitte aux dirigeants à créer l’événement, comme l’affaire du Lusitania en 1917, ou encore, laisser venir le drame pour s’engager dans des opérations à finalité économique.

La construction européenne est encore trop récente, et pas suffisamment entrée dans les esprits, pour qu’un européen se sente systématiquement concerné par l’attaque subie par un autre pays européen.

En matière de Défense, la Défense Européenne et l’Otan ont tous les deux des objectifs relativement similaires.

Le «citoyen de base» est en général imperméable au langage technocratique employé par le «citoyen d’élite». Il ne faut pas perdre de vue que la communication ne se limite pas à donner de l’information. Elle a aussi pour objet de donner du sens à ces informations, pour que le citoyen adhère aux idées expliquées et ait alors envie de participer aux actions mises sur pied.

L’homme politique manie avec beaucoup de dextérité le non-dit, le double langage, voire le triple langage. Ses promesses sont rarement tenues.

Mais la façon la plus sûre de communiquer sur le sujet et de faire prospérer l’esprit de défense, ne consiste-t-elle pas à faire passer ces concepts le plus tôt possible, par l’école et l’éducation?

 Les enseignements de défense économique, sans parler de l’intelligence économique, sont encore trop discrets dans notre pays. Ce serait une révolution de parler de patriotisme et de défense dans l’Education Nationale.

Les évènements du stade de France sont éloquents. Voir au cours de rencontres de football, des jeunes et des moins jeunes qui bafouent notre hymne national à un tel degré montre bien que l’unité de notre pays part en quenouille. N’y aurait-il plus de cohésion nationale ? Le 14 juillet, ce n’est pas l’anniversaire de la prise de la Bastille, mais l’anniversaire de la fête de la Fédération Française de 1790. On l’oublie. La France est une, n’en déplaise aux jeunes qui ne font qu’arriver dans le pays des libertés ou aux Corses qui ne reconnaissent plus la légalité de la République. Ces personnes ne reconnaissent en la France que subventions et son assistanat social.

« Que Défendre aujourd’hui ? », c’est aussi ces valeurs premières de notre République

à l’intérieur même de la Nation qu’il faut défendre et valoriser. De tels évènements ne se seraient pas produits en Allemagne ou aux Etats-Unis.

La notion de défense devrait également pouvoir se décliner dans la vie courante, sans pour autant créer un climat de psychose sécuritaire. Il faut créer un lien fort entre la Défense et les citoyens. L’état n’est pas enthousiaste lorsque de tels projets sont proposés.

Jusqu’à l’an dernier, la conscription permettait d’établir un lien entre la nation et tous les citoyens. Si les hommes seuls étaient mobilisables, les femmes étaient directement concernées parce que leur père, leur mari ou leur fils y étaient impliqués. La conscription avait par contre l’inconvénient de masquer les autres aspects de la Défense. Mais elle permettait à tous les Français de connaître la diversité des milieux sociaux de la population de son pays et de se sentir plus solidaires.

La défense militaire devenant l’affaire de professionnels, c’est donc, sur les aspects civils et économiques qu’il conviendrait d’imaginer une implication collective des citoyens.

Le sapeur-pompier volontaire est le symbole de cette participation active du citoyen à la défense civile. L’importance de son rôle devrait être mieux vulgarisée et surtout valorisée, aussi bien pour lui-même (prise en compte dans le montant de la retraite par exemple ? ) et intégré dans la vie courante des entreprises (crédit d’impôt pour les entreprises ayant un pompier volontaire ? )

Ce n’est pas demain que les pompiers se verront valoriser. Il est plus question de sabrer dans leurs effectifs que de les reconnaître en tant que force active de la nation.

Restent à trouver les acteurs citoyens de la défense tout court ?

CONCLUSION

En dépit de l’évolution du monde de ces dernières années, tout pays, la France et l’Europe n’y font pas exception, a des «biens» à défendre : son territoire, ses principes, ses valeurs, ses citoyens, son économie, contre des actions humaines intérieures et extérieures, mais aussi contre les «agressions» de la nature.

Se défendre implique de la part du citoyen une conscience sociale et collective. Si le citoyen n’entrouvre pas la porte de son individualisme, il n’est pas de défense possible. Cette défense passe également par la réduction des fractures sociales tant au niveau national qu’au niveau international

La mondialisation avec son hégémonisme et ses vœux pieux ne semble pas aller dans ce sens.

Se défendre est à la fois une action collective et individuelle, qui suppose une adhésion totale de chaque individu non seulement au sujet à défendre, mais aussi aux moyens à mettre en oeuvre. C’est la marque ultime de la «foi» du citoyen dans les principes qui régissent la société et la preuve indubitable de son appartenance à cette société.

Il y a toujours des priorités qui passeront avant la Défense. La défense est toujours comprise au sens militaire de la chose. Il devient urgent de l’articuler sur son sens global sous peine de n’en plus avoir.

Pour se défendre, il faut que des conditions préalables soient remplies.  

Le citoyen français veut-il se défendre ?

Les politiques le peuvent-ils et surtout le veulent-ils ?

Répondre positivement à ces questions induit plusieurs conséquences

Cela suppose que les risques, les menaces et la façon d’y faire face, soient étudiés par les dirigeants des pays et expliqués à la population, afin que la «Défense» ne soit pas seulement que l’affaire de spécialistes et de professionnels, d’autant plus que nombre de risques «civils» sont la conséquence plus ou moins directe de l’activité de chacun. Chaque citoyen, à son niveau et à sa place, devrait pouvoir être impliqué personnellement et se sentir solidaire du reste du pays.

Cela suppose que les dirigeants du pays entreprennent un important travail de réflexion et de pédagogie, pour que la notion de «défense» fasse partie du «quotidien» des citoyens, et ne soit pas limitée à son seul aspect militaire.

Cela suppose que les citoyens aient une confiance réelle dans les valeurs de base de la société et dans la classe politique.

Cela suppose, pour obtenir cette confiance, que la classe politique devienne un réel exemple pour l’ensemble de la population. Une révision déchirante du pouvoir public est à envisager.

Même si le contexte politique français et européen actuel ne peut pas être considéré comme la situation de départ la plus favorable, et sans avoir pour autant recours à la méthode Coué, il n’apparaît pas utopique de penser qu’il est possible de rénover la notion de Défense et d’y faire participer l’ensemble du pays, car, comme le disait le Prince Guillaume d’Orange :

«point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. »

Annexes

Que Défendre aujourd’hui ?

Dans le cadre de ces annexes, dix documents exemplaires ont été sélectionnés se rapportant à la synthèse et apportant des axes de pensées qui s’intègre dans la finalité du document. Ils nous apportent motif à réflexion.

-1- ZO KWE ZO

Préambule de la Constitution de la République Centre Africaine

-2- Propositions émises par le groupe de travail du Loiret

-3- Cherche ennemi désespérément. Le Figaro 28 avril 2000

-4- « Nous avons besoin d'une culture de l'incertitude » Le Monde du 20 novembre 2001

-5- Le démenti aux démagogues par Alain Griotteray

-6- Humiliation des pays pauvres  Rapports Pays Riches-Pays Pauvres  Le Monde 21.03.02

-7- Les délires de la haine

-8- L'attentat contre le World-Trade-Center avait été anticipé. Réseau Voltaire

-9- Rapport de forces

-10- Alliance fatale

-11- Distractions and Diversions NY Times 02/05/23

-12- Un extrait de l’épilogue du livre d’Amin Maalouf : « Les croisades vues par les Arabes » Jean-Claude Lattés 1983

-13- ONU  : les droits de l'homme après le 11 septembre.  New-York  Afsané Bassir Le Monde 18 mars 2002

-14 - Où en est la population dans le monde. Doc AFP

-15 – Sun Tzu

Théoricien militaire chinois du VIème siècle avant Jésus-Christ. Il y a 2 700 ans

Auteur du plus ancien traité chinois sur la guerre le « Sun Tze Ping Fa »

La doctrine de Sun Tzu étudie le caractère politique et psychologique de la guerre, le rôle du commandement, et l’exploitation des dissensions chez l’ennemi.

Coll. Ed. Licorne Sauvage

-16- L'improbabilité ne se limite pas au 11 septembre 2 001 & Pour un esprit de défense européen d’Olivier Jarraud de Châteauroux

-17- Les racines de l'identité européenne, l'intervention de Louis des Monstiers de Châteauroux.

ANNEXE 01

Un principe de sagesse africaine pas assez connu.

ZO KWE ZO

Préambule de la Constitution de la République Centrafricaine

LE PEUPLE CENTRAFRICAIN

Fier de son unité nationale, linguistique et culturelle qui contribue à l’enrichissement de sa personnalité,

Convaincu de l’impérieuse nécessité de préserver l’unité et la paix, gages les plus surs du progrès économique et social,

Animé par le souci d’assurer à l’homme sa dignité dans le respect du principe de "ZO KWE ZO " énoncé par le fondateur de la république centrafricaine, Barthélemy Boganda.

Conscient que seuls le travail opiniâtre et la gestion rigoureuse et transparente de la chose publique peuvent assurer un développement harmonieux et rationnel,

Convaincu de la nécessité de l’intégration politique et économique africaine au plan sous-régional,

Convaincu que le suffrage universel est la seule source de la légitimité du pouvoir politique,

Résolu à construire un ETAT de droit fondé sur une véritable démocratie pluraliste, garantissant la sécurité des personnes et des biens, la protection des plus faibles, notamment les personnes vulnérables, les minorités, et le plein exercice des libertés et droits fondamentaux,

Fermement désireux de nouer des liens d’amitié avec tous les peuples sur la base des principes d’égalité, de solidarité, d’intérêts réciproques et du respect mutuel, de la souveraineté nationale ainsi que de l’intégrité territoriale,

Réaffirme son attachement à la Déclaration Universelle des Droits de l’homme du 10 décembre 1948, aux pactes internationaux relatifs d’une part aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966, à la charte africaine des droits de l’homme et des peuples du 27 juin 1981, et aux Conventions internationales dûment ratifiées,

Affirme sa volonté de coopérer dans la paix et l’amitié avec tous les États, d’œuvrer pour l’unité africaine conformément à la charte de l’organisation de l’Unité Africaine, de promouvoir le règlement pacifique des différends entre États dans le respect de la justice, de l’égalité, de la Liberté et de la souveraineté des peuples,

S’oppose fermement par tous moyens à la conquête du pouvoir par la force civile ou militaire et à toute forme de dictature.

ANNEXE 02

ASSOCIATION DES AUDITEURS DE L’INSTITUT DES HAUTES ÉTUDES DE DÉFENSE NATIONALE

Région Centre (AR 7) – Département du LOIRET

Propositions émises par le groupe de travail du Loiret et discutées en réunions départementales

La réflexion des membres du groupe de travail a suivi une progression qui s’est articulée autour des axes suivants :

  1. Quelle acception pour « défendre » ? :
  2. Ne pas réduire la notion de « défendre » à une posture béhavioriste ou pavlovienne que l’on n’adopterait qu’en cas de menaces ou vis à vis d’agressions ; la défense est aussi une attitude volontariste qui part de la prise de conscience de l’existence reconnue d’un acquis/transmis patrimonial et va jusqu’à la fierté (pleine de certitude) de promouvoir certaines valeurs (cf « Défense et illustration de la langue française » d’une part ou « droit d’ingérence » d’autre part) ;
  3. Accentuer la part « civile » de la défense  en se fondant sur l’acceptation collective affirmée d’un héritage commun de pensée et de culture que l’on cherche à définir pour permettre à chacun de s’y retrouver, au moins en partie ;
  4. Affirmer l’idée que la défense doit être citoyenne (i.e. assumée par tout citoyen) et s’exercer en continu (au jour le jour et jour après jour) au risque de la perte d’identité et de souveraineté.
  • D’où un référentiel de valeurs « vertueuses » et « idéales » définies a priori comme étant partagées.
  1.  Quelle actualité pour ces valeurs ? :
  2. Ces valeurs héritées et vécues ont été passées au crible de la réalité actuelle sur le plan économique, culturel, politique, … pour vérifier jusqu’à quel point elles demeurent encore pertinentes à enseigner par ceux qui doivent les transmettre (i.e. nous).
  3. D’où un constat en demi-teinte qui pourrait se traduire par : « Croyons-nous toujours tant dans leur contenu intrinsèque que dans leur universalité ? »
  1. La transmission de la notion de « que défendre » :
  2. Pour prolonger et compléter l’analyse précédente, il nous est apparu important de savoir ce que pouvaient penser de ce problème la classe 18/30 ans à qui nous avons transmis plus ou moins ces valeurs que nous avons identifiées.
  • D’où la diffusion d’un questionnaire auprès d’une centaine de jeunes contactés par relation dans nos entourages professionnel ou familial.
  1. Conclusion :
  2. En l’état actuel, elle pourrait se formuler par la question suivante : « Faut-il à tout prix s’accrocher à notre mode de vie, à nos certitudes, à nos avantages acquis ou vaut-il mieux être persuadé que les générations qui en seront demain les acteurs auront des comportements à inventer face à des situations différentes de celles que nous avons vécues ? »

ANNEXE 03

Cherche ennemi désespérément

Le Figaro, vendredi 28 avril 2000

Mondialisation, Europe, islamisme ? De qui faut-il avoir peur ?

Comme toutes les civilisations, l'Occident a toujours eu besoin d'un ennemi. C'est pratique : on peut passer dessus ses peurs, ses colères, ses fantasmes. L'Empire soviétique a longtemps joué ce rôle. Nous en avons bouffé autant que nous avons pu. A juste titre, cela va sans dire.

Après la chute du communisme, il a fallu chercher un nouvel ennemi. Il y avait bien : le nucléaire, les vélomoteurs, la violence à la télé, les cigarettes, l'Europe fédérale, le rap, les McDonald's, Boris Eltsine, les fonctionnaires, le FMI, la pollution, Leonardo DiCaprio, la mondialisation, les riches, les mendiants, les impôts, j'en passe et des pires.

Mais ces ennemis n'ont jamais fait vraiment peur. Même s'il se trouve apparemment des antimondialisés pour gober des bêteries comme celles que profère Ken Livingstone, candidat de gauche à la mairie de Londres : « Chaque année, le système financier international tue plus de gens que la seconde Guerre mondiale. Mais au moins Hitler était fou, vous savez... »

On pouvait croire qu'avec l'intégrisme islamiste, l'Occident avait enfin trouvé un ennemi de substitution à l'Union soviétique. Avec son obsession de vouloir tout enrégimenter jusqu'aux tréfonds des âmes, il était d'essence totalitaire. Obscurantiste et intolérant, il incarnait même l'ennemi idéal.

Or, aujourd'hui, l'intégrisme islamiste n'est plus si vaillant. Après avoir refermé Jihad, expansion et déclin de l'islamisme, cette somme impressionnante que l'universitaire Gilles Kepel vient de lui consacrer, on est convaincu qu'il s'agit d'un tigre de papier, sur la défensive dans la plupart des pays musulmans, et que ses actions terroristes sont autant de spasmes d'agonie.

L'intégrisme avait cru pouvoir s'infiltrer en Bosnie. Mais son président, Alija Izetbegovic, s'est converti à la démocratie, après avoir prêché un islamisme radical dans les années 70. L'intégrisme a également échoué en Egypte où le pouvoir l'a marginalisé, sans lésiner sur les moyens.

En Iran, c'est vrai, la « bête » moribonde bouge encore, comme le montre le procès fait aux treize juifs de Chiraz, qui risquent la peine de mort pour avoir été en relation avec des proches qui habitent Israël. Malgré les obstacles, le vent de l'Histoire paraît pourtant souffler toujours dans les voiles de Mohammad Khatami, le président réformateur.

En Algérie, l'intégrisme tue encore, mais avec une stratégie de somnambule, sans savoir où il va.

Il se noie dans le sang qu'il a fait couler, tandis que le pouvoir reprend peu à peu le dessus.

Que la haine et la bêtise islamistes n'aient pas dit leur dernier mot de par le monde, c'est l'évidence. Mais ils ne s'avancent plus avec l'assurance des idéologies triomphantes et sous les applaudissements de nos pseudo-intellectuels qui, après avoir chanté la gloire de Khomeyni, étaient prêts, il n'y a pas si longtemps, à donner l'Algérie aux chiens et autres bouffons du FIS.

Si l'intégrisme islamiste est à peu près partout en recul, il nous reste encore beaucoup d'ennemis de rechange. Passons sur Saddam Hussein et Slobodan Mîlosevic, deux ennemis officiels de l'Occident qui « martyrisent » leur peuple. Les Etats-Unis et leurs alliés s'occupent de ces tyrans, avec le succès que l'on sait. Evacuons aussi le cas Poutine, même si nous désapprouvons la violence de la répression en Tchétchénie. Jusqu'à nouvel ordre, le président russe est un démocrate, en dépit de sa brutalité. N’épiloguons pas non plus sur la-Chine. Ce serait trop long. Mais rien n'est tout à fait perdu dans l'empire du Milieu tant que, depuis son sépulcre, Deng Xiaoping, le réformateur du maoïsme, fait encore entendre sa voix, celle du pragmatisme et du bon sens.

Posons-nous un moment en Afrique. C'est là, paraît-il, que l'homme est arrivé sur cette Terre. On peut se demander parfois si ce n'est pas là qu'il est en train de finir, sous le poids des souffrances qu'il s'inflige à lui-même, au Nigeria, au Congo, en Sierra Leone, avec des conflits ethniques interminables, ou, en Ethiopie, avec une famine ravageuse. Il paraît que le pouvoir en place ne peut rien faire. Il a, en effet, trop à faire avec sa guerre avec l'Erythrée.

Sur le même continent, Robert Mugabe, le président du Zimbabwe, a conduit à la ruine un pays qui avait bien des atouts, quand il prit le pouvoir, il y a vingt ans. C'est l'anti-Mandela. Aujourd'hui, pour se maintenir coûte que coûte dans son fauteuil, Il s'est trouvé des ennemis et des boucs émissaires le FMI, les homosexuels et les fermiers blancs. Il a donc déclaré ouverte la chasse aux Blancs (70 000), moins nombreux que les éléphants (75 000).

C'est le Ku Klux Klan à l'envers.

Méditons la leçon. Bossuet a toujours raison, qui disait, lors de l'oraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche, reine de France : « Nos vrais ennemis sont en nous-mêmes. »

ANNEXE 04

La Culture de l’Incertitude

Article paru dans l'édition du Monde du 20 novembre 2001

Mondialisation et technologies accélèrent la diffusion des dangers. Experts, entreprises et Etats sont déroutés. Sommes-nous en train de quitter l'univers du risque pour celui de la menace ? », S’interrogeait devant des responsables d'entreprise inquiets le directeur de la recherche de la Fédération française des sociétés d'assurance, François Ewald, lors d'un colloque organisé sur « Management stratégique et prise de risques ».

L'ampleur des dangers aujourd'hui encourus ne permet plus d'en évaluer le coût et rend donc les techniques prudentielles inopérantes

 « Nous avons besoin d'une culture de l'incertitude »

« En quoi la nature des risques a-t-elle évolué ces trente dernières années ? - Dans la Société du risque, la science et la technologie sont aujourd'hui la cause des principaux problèmes de la société industrielle. La production et la distribution des «biens», des richesses, reposent à la base sur un principe régulateur de rareté. Le problème vient du fait que les institutions de la société industrielle n'ont pas été pensées pour traiter la production et la distribution des «maux», c'est-à-dire des risques et des aléas liés à la production industrielle. Ma thèse principale est que ces risques et aléas, qui étaient des conséquences latentes et non recherchées de l'industrialisation à son début, ont, en se globalisant à partir du début des années 1970, commencé à saper les institutions de l'Etat-Nation moderne.

En résumé, à un moment donné de notre passé récent, notre perception de l'ordre social s'est trouvée modifiée : celui-ci ne repose plus sur l'échange des seuls biens, mais plutôt sur l'échange des biens et des «maux ». Cette mutation de la perception a conduit à une crise des institutions et du fonctionnement des sociétés occidentales. » Contrairement à ce qu'ont affirmé certains de mes critiques, je n'ai jamais dit que la société industrielle était moins risquée à ses débuts, ou qu'elle aurait été remplacée par la société du risque. C'est l'universalisation du risque et sa perception qui fait la différence. La rareté existe toujours et la division en classes aussi, surtout si on les considère au regard de leur exposition à une large variété de risques. Cependant, la société du risque apporte une dimension supplémentaire à l'analyse des classes sociales et de la politique. Le changement n'est pas quantitatif mais qualitatif : la rareté devient quelque chose d'autre, comme une image d'elle-même déformée par un miroir. Ainsi, les positions traditionnelles de la lutte de classes deviennent dérisoires face aux menaces concernant la santé et la sécurité. Face à une catastrophe nucléaire ou un désastre génétique, à un effondrement financier mondial ou - pour rester dans l'actualité - à des menaces terroristes globales, la lutte de classe cesse d'être un concept universel. - Les experts et scientifiques sont-ils aujourd'hui à même d'identifier les causes et les probabilités de ces risques, et les gestionnaires des risques peuvent-ils aider à en réduire les conséquences négatives ? - Non ! Ce qui rend la production et la distribution des «maux» si déterminantes dans notre monde contemporain est l'impossibilité d'échapper à leurs conséquences. Les systèmes d'explication fermés qu'offrent la science sous la forme de l'expertise, la politique sous la forme du droit et les médias sous la forme de la «panique morale» ne sont plus des options valides au fur et à mesure que nous sommes tous impliqués dans ce réseau mondial des risques technologiques. »

La chose peut sembler paradoxale, mais c'est précisément le progrès de la science qui mine le rôle des experts. La science et ses technologies de la visualisation des «signaux faibles» ont fondamentalement transformé le principe de «je ne vois pas le mal, donc il n'y a pas de mal» qui a longtemps focalisé l'attention sur les aspects quantifiables et visibles des risques industriels. «Laissez cela aux experts» est devenu un slogan qui n'est pas plus acceptable que «faites-moi confiance, je suis médecin», ce ne sont plus que des plaisanteries pour films hollywoodiens.

L'invisibilité n'est plus une excuse pour toujours repousser la décision et l'action, dans la mesure où le pouvoir de nuisance de la production industrielle a des conséquences croissantes pour chacun d'entre nous. Ce pouvoir de nuisance est engendré par le caractère indéterminé des aléas et des risques, lequel a déjà rendu quasi-caduques les politiques de sécurité du complexe financiaro-assurantiel sur lequel repose le capitalisme contemporain.

En quoi ces mutations modifient-elles l'équilibre des pouvoirs, de la politique et de la démocratie ?

La société du risque a en effet un immense impact politique. On peut même dire que les risques produisent une situation quasi révolutionnaire : l'ordre social en sort inversé dans la mesure où le risque entre en contradiction avec le concept de citoyenneté limitée à la nation. La citoyenneté a été conçue en Occident en termes de risques «nationaux», c'est-à-dire concernant toute personne vivant sur un territoire donné. La globalisation des risques met en lumière l'immense difficulté de l'Etat-Nation à prédire, organiser et contrôler le risque dans un monde de réseaux mondiaux interactifs et de phénomènes hybrides, surtout quand personne ne prend la responsabilité des résultats. La crise de la vache folle en est un rappel explosif. Les décideurs politiques affirment qu'ils ne sont pas responsables : au mieux, ils «régulent le développement».

Les experts scientifiques disent créer de nouvelles opportunités technologiques, mais ne pas décider de la manière dont elles sont utilisées. Les chefs d'entreprise expliquent qu'ils répondent à la demande du consommateur. C'est ce que j'appelle l'«irresponsabilité organisée». La société est devenue un laboratoire où personne n'est responsable du résultat des expériences.

- Peut-on imaginer une nouvelle régulation des risques ?

- Les questions suivantes sont cruciales pour régler les conflits liés à la gestion des risques : qui doit prouver quoi ?

- A qui incombe le fardeau de la preuve ?

- Qu'est-ce qu'une preuve dans des conditions d'incertitude ?

- Quelles sont les normes de responsabilité en vigueur ?

- Qui est responsable moralement ?

- Et enfin : qui doit payer la casse ?

Si une politique de gestion des risques répond à ces interrogations, elle donnera un caractère concret à l'idée d'évolution sociale. Car changer les politiques de risque implique de changer les relations de pouvoir qui traversent aujourd'hui la régulation des risques. » Nous avons besoin d'une culture de l'incertitude qui soit clairement distincte des cultures du risque résiduel d'un côté, et de la sécurité absolue de l'autre. La clé de cette culture de l'incertitude réside dans la capacité à aborder librement toutes les approches du risque : reconnaître la différence entre un risque quantifié et une incertitude non quantifiée ; arbitrer entre différentes rationalités ; démontrer sa volonté d'agir de manière responsable au regard des dégâts qui peuvent se produire en dépit de toutes les précautions. Ainsi, une culture de l'incertitude ne parlera plus à la légère de « risques résiduels » dans la mesure où ce terme désigne en fait un risque auquel on espère ne jamais devoir être confronté. Mais la culture de l'incertitude diffère aussi profondément de la « culture du non-risque », qui consiste à brider l'innovation par des dispositifs de sécurité dès son origine. »

PROPOS RECUEILLIS PAR ANTOINE REVERCHON

ANNEXE 05

Le démenti aux démagogues - Par Alain Griotteray

Le 6 octobre, lors du match France-Algérie, les Français ont pu mesurer l'ampleur de l'échec de l'intégration des jeunes d'origine maghrébine. Les journalistes parlaient des « supporters algériens » envahissant la pelouse. Hélas, ceux qui sifflaient la Marseillaise se drapaient dans l'étendard algérien, ne supportaient pas le triomphe de l'équipe de France, n'étaient pas Algériens, mais Français.

Les autorités politiques et sportives voulaient faire de ce match un symbole de la fraternité entre les peuples, les cultures, les nations et les religions. Elles ont obtenu l'inverse ! Quel démenti pour les démagogues qui répétaient que notre titre de champion du monde était le symbole de cette France « black-blanc-beur » qui carburait si fort grâce à son « mélange ». La gauche matérialiste, bien qu'elle s'en défende, a cru que, pour intégrer les immigrés, il suffisait de les acheter avec des allocations, des logements sociaux, des écoles, des RMI, des billets pour les matchs de foot. Elle a oublié l'essentiel : leur faire comprendre et aimer notre pays. Comment s'étonner de l'échec, constate Jean-Pierre Chevènement lorsque, chaque jour, la République, la patrie, la France sont dénigrées. A force de procès Papon, on laisse croire que les Français sont antisémites. A ressasser la guerre d'Algérie, on donne l'impression que les Français aiment torturer les Arabes. Il est urgent de mettre fin à ces caricatures absurdes et à la litanie des repentances. Il faut cesser de donner la parole aux tenants du politiquement correct qui, dans un même élan trotsko-marxiste, dénigrent le libéralisme, le capitalisme, l'Amérique, George Bush, Israël et l'Occident, pour mieux justifier le terrorisme islamiste. Nous devons effectuer un gigantesque effort d'information. En France, mais aussi dans l'ensemble des pays du monde et notamment en terre d'Islam. M. Ben Laden utilise à merveille les médias pour manipuler les masses crédules. Il ment. Il n'est le défenseur ni des Palestiniens, ni des musulmans. On oublie qu'il avait déjà tenté de faire exploser le World Trade Center en 1993, alors que les Américains s'impliquaient dans le processus de paix entre Palestiniens et Israéliens. Ce n'est donc pas parce que George W. Bush se serait moins intéressé à ces négociations ou en raison de l'Intifada palestinienne que les attentats du 11 septembre ont eu lieu. De même, les talibans ne sont pas les libérateurs, mais les oppresseurs du peuple afghan. Et des femmes. Fawaz A. Georges écrivait dans le New York Times que « les Américains doivent convaincre tous les Arabes et tous les musulmans, et pas uniquement leurs gouvernements, que les sociétés musulmanes dans leur ensemble doivent éviter à tout prix de tomber entre les mains de quelques fanatiques qui souhaitent prendre en main leur avenir politique ». Les Français doivent convaincre les 12 % de musulmans (18 % des jeunes) résidant sur leur territoire qui, selon le sondage du Monde, ont une « bonne image » de Ben Laden, qu'ils se trompent. Pour la démocratie, pour la liberté, nous devons faire une guerre totale. Y compris psychologique. Et la gagner.

Le Figaro

ANNEXE 06

Humiliation des pays pauvres

Conférence de Monterrey

Rapports Pays Riches-Pays Pauvres

LEMONDE.FR | 21.03.02 | 20h51

La diatribe de Fidel Castro à Monterrey

Le président cubain, Fidel Castro, a annoncé, jeudi, à la fin de son acerbe allocution lors du sommet de l'ONU sur la lutte contre la pauvreté, son départ immédiat pour Cuba, expliquant que sa présence avait "posé des problèmes".

Le président cubain Fidel Castro a lancé, jeudi 21 mars, devant les participants au sommet de l'ONU de Monterrey, une féroce diatribe contre le néolibéralisme, coupable, selon lui, d'un "véritable génocide".

Aussitôt après, il a annoncé qu'il quittait le sommet de l'ONU sur la lutte contre la pauvreté, qui se tient depuis le début de la semaine à Monterrey, au Mexique, sa présence ayant causé des "problèmes». Le chef de l'Etat cubain, qui était arrivé la veille pour participer au sommet, n'a pas précisé la nature des "problèmes".

Pour éviter les fausses rumeurs, une source proche de la délégation américaine a affirmé que les Etats-Unis ne se sont jamais opposés à la présence de M. Castro comme condition préalable à la venue du président américain George W. Bush au sommet, arrivé jeudi après-midi

"UNE AUMÔNE HUMILIANTE"

Dans son allocution de six minutes, temps imposé, M. Castro, venu dans son traditionnel uniforme militaire vert olive, a condamné "l'ordre économique mondial actuel qui constitue un système de pillage et d'exploitation comme il n'en a jamais existé dans l'histoire". "Le prestige des institutions internationales est au-dessous de zéro et l'économie mondiale est devenue un véritable casino", a-t-il martelé.

Selon lui, "on ne peut pas culpabiliser les pays pauvres à cause de cette tragédie. Ils n'ont pas conquis ni pillé des continents entiers, ils n'ont pas réimposé l'esclavagisme, ni créé l'impérialisme. Ils en sont victimes. (...) Le projet de Consensus que les maîtres nous imposent à cette conférence prétend nous faire accepter une aumône humiliante et conditionnée. «Il a enfin condamné les "armes de plus en plus sophistiquées stockées dans les arsenaux des plus puissants et riches", qui ne pourront en tout cas "pas tuer l'ignorance, les maladies, la pauvreté et la faim", a-t-il conclu, avant de tourner les talons.

Avec AFP

ANNEXE 07

Les délires de la haine

Sur ces collines qui ont entendu les Béatitudes, on sait désormais qu'il n'y aura pas de paix.

C’était, il y a un peu plus d'un demi-siècle. Le 6 juin 1944, les radios de chaque pays annonçaient au monde la nouvelle attendue depuis des mois : les Forces alliées avaient commencé à débarquer en Normandie. Pendant vingt-quatre, quarante-huit heures, des millions de femmes et d'hommes demeurèrent immobiles, l'oreille collée à leur poste. Ils recueillaient des fragments d'informations déversées en vingt langues. Au bout d'une semaine, il devint clair que la gigantesque opération avait réussi. Américains, Anglais, Canadiens, Australiens, Néo-Zélandais, Français progressaient chaque jour un peu plus.

Les populations des villes en ruines regardaient passer les tanks de la liberté. Demain ce serait la paix et le nouveau monde se débarrasserait, pour toujours, de ce goût du sang qui avait imprégné l'univers des hommes.

C'était une illusion. La haine désormais est réapparue parmi nous. Aujourd'hui, les vivants s'habituent à un monde où l'atrocité est quotidienne. Oh ! Ce n'est pas tout à fait une nouveauté ! : durant la décennie 50-60, ce fut l'époque des guerres coloniales.

Puis les hommes redécouvrirent le terrorisme.

On recommençait à tuer au hasard, un peu partout. Aussi bien au Japon qu'aux Etats-Unis ; lors d'une compétition sportive à Munich ou sur les quais du métro à Paris. Des avions explosaient en vol ; ce genre de drame ne laissait pas de survivant. Décidément la paix universelle n'était pas vraiment au rendez-vous. Pourtant, depuis quelques années, la violence semble avoir progressé d'un échelon. Dans les écoles, les collèges, sur de pauvres terrains de sport, des enfants poignardent d'autres enfants pour des raisons obscures. Aux Etats-Unis, six gosses transforment leur maison en bunker; ils ont des armes et sont prêts à mourir pour ne pas être dispersés dans des centres sociaux. II faudra trois jours de patience et de sagesse pour éviter un petit massacre.. Plus étonnant encore le massacre de Katmandou. Roi et princes assassinés par leur fils ou leur cousin. L’ombre des services occidentaux rodait dans le palais. Dans la rue, des foules se heurtent à la police. Tout cela dans une ville du bout du monde vers laquelle couraient, il y a trente ans, les adolescents à la recherche d'un lieu de  peace and love.

Ce qui est inquiétant, c'est que ce paysage fou devient familier à nos contemporains. Comme si nous marchions d'un bon pas vers un univers annonçant celui de Mad max ! On dira qu'il n'y a rien de très nouveau dans cette résurgence de la haine. Qu'il y a toujours eu de nouvelles guerres succédant à des paix qu'on avait crues durables ? Sans doute.

A ceci près qu'il s'agissait hier d'affrontements entre des nations ou entre des partis. Aujourd'hui la terreur devient un procédé banal. Elle n'est plus l'apanage des chefs d'Etat, des bandits ou des mafieux.

Tout le monde y a recours. Cette flambée perpétuelle de violences grandes et petites fait réapparaître la peur. Désormais on a peur la nuit dans les rues et dans les parkings. Chacun se serre autour de sa télévision, réservoir de rêves et de clinquant qui permet d'oublier le monde du dehors.

Enfin, il y a les Israéliens et les Palestiniens. Ces vingt et un gosses assassinés à la porte d'une discothèque par l'un de ces fous de Dieu, qui sont eux aussi entrés dans notre paysage mental, nous ne supportons pas de voir leurs images. Hébétés, nous écoutons le décompte abominable des massacres: l'armée israélienne aurait fait plus de victimes en quatre mois que le kamikaze-martyr en quelques secondes.

Une vie contre quelques vies. Pour une partie des Palestiniens, le combat ne s'arrêtera qu'avec la mort du dernier citoyen israélien. Pour les Israéliens avec l’extermination ou l’exode des palestiniens pour y installer leurs colons.

Sur ces collines, sur ces rivages qui ont entendu les Béatitudes, on sait désormais qu'il n'y aura pas de paix. Une nouvelle guerre de Cent Ans est commencée là-bas. Américains et Européens observent le spectacle en silence. Ni les uns ni les autres ne détiennent la solution de ce drame. Ce n'est plus une question d'Etat ou de frontière. C'est la haine presque pure qui se transmet désormais de génération en génération. Sommes-nous condamnés à la désespérance ? Le pire n'est pas toujours sûr.

Quoi qu'il arrive, il va falloir tenter de faire reculer la haine. Partout. C'est une maladie contagieuse et il faut savoir soigner ces délires de l'esprit.

Un effort qui va exiger de la patience et de la sagesse. Aussi bien à Jérusalem qu'à New York, Londres ou Paris. On doit bien pouvoir à la longue éponger cette tache de sang qui grandit chaque jour.

ANNEXE 08

C’est gênant ! Tout comme la dioxine au Vietnam avec la compromission de Lindon B. Johnson, associé au principal fabricant de produits chimiques et de défoliant, un membre éminent de la politique américaine conjugue intérêt et conjoncture.

Le "PearlHarbourspatial"

L'attentat contre le World Trade Center avait été anticipé

 Réseau Voltaire

 Pas de preuves, des aveux

Les prévisions "inimaginables" de la Rand Corporation

Financés par les industries d'armement, les analystes de la Rand Corporation réclament toujours plus d'argent pour les budgets militaires. Selon eux, le scénario du 11 septembre était inimaginable et marque une révolution dans le terrorisme qui nécessite des crédits illimités pour être combattu. Pourtant, ils avaient analysé l'inconcevable en détail, en mars dernier (2001), devant l'Académie de l'US Air Force : une attaque aérienne contre le World Trade Center.

Une divine surprise pour Donald Rumsfeld

Alors qu'il était administrateur de la Rand Corporation et juste avant qu'il ne devienne secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld a théorisé l'Arme spatiale. Son ambition est de créer un nouveau type d'armée dont le coûteux bouclier anti-missile n'est qu'un élément parmi d'autres. Pour réaliser ce rêve qui consacrera "la puissance militaire illimitée des États-Unis", M. Rumsfeld s'est demandé "si, comme cela a déjà été le cas par le passé, le seul événement capable de galvaniser les énergies de la Nation et de forcer le gouvernement des États Unis à agir doive être une attaque destructrice contre le pays et sa population, un Pearl Harbour spatial".

Les fondements juridiques de la guerre en Afghanistan

Les Nations Unies ont autorisé les USA à pénétrer en Afghanistan pour arrêter Oussama Ben Laden et le traduire en justice. Ils pouvaient pour cela livrer bataille contre les talibans, sans leur déclarer la guerre pour autant. Au lieu de quoi, les USA ont bombardé l'Afghanistan et imposé un nouveau régime. Ce n’est pas la même chose.

Odeurs de pétrole à la Maison-Blanche

Le gouvernement Bush est composé de personnalités issues du monde économique, et singulièrement des multinationales du pétrole. Dick Cheney, l'homme qui planifia la guerre du Golfe et dirigea le premier équipementier pétrolier mondial, préside à la Maison-Blanche un groupe de travail qui a fait de l'approvisionnement énergétique la priorité absolue de la politique extérieure des USA. Qualifié de "société secrète" par le Washington Post, ce groupe a hissé la construction d'un pipe-line reliant le Turkménistan à l'Océan Indien au rang d'objectif stratégique justifiant le renversement du régime taliban.

ANNEXE 09

Présentation de deux ouvrages sur le thème de la synthèse

LE MONDE DES LIVRES | 09.05.02 | 19h10
MIS A JOUR LE 09.05.02 | 20h03

Rapports de forces

Tandis qu'Alain Joxe s'interroge sur la place de la France et de l'Europe face à la domination américaine, Peter L. Bergen analyse la multiplicité des champs de bataille contre le monde libre.

GUERRE SAINTE, MULTINATIONALE de Peter L. Bergen. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Pierre Milelli, Gallimard, 284 p., 21 €.
L'EMPIRE DU CHAOS, Les Républiques face à la domination américaine dans l'après-guerre froide d'Alain Joxe. La Découverte, 190 p., 17 €.

Le conflit qui menace le "monde libre", c'est-à-dire les Etats-Unis et leurs alliés, est-il la "guerre sainte multinationale" que le journaliste américain Peter L. Bergen décrit à partir d'une rencontre avec Ben Laden, qui remonte à 1997 ? Ou les "petites guerres cruelles " que, selon Alain Joxe, sociologue à l'Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris, les pays dominants ont réussi à évacuer vers le sud ? Cette manière de poser la question est typique de l'après-11 septembre, quand "la guerre sainte multinationale" ou l'excroissance d'une "petite guerre cruelle", comme on voudra, a fait irruption au cœur même de l'empire. Et biaisée parce qu'elle ramène à un affrontement sommaire, au risque d'évacuer la complexité du monde de l'après-guerre froide, une complexité dérangeante, irréductible à la bipolarité du conflit Est-Ouest de naguère et au manichéisme de la lutte du Bien contre le Mal, chère à George W. Bush.

Ayant parcouru l'Afghanistan et ses voisins, notamment le Pakistan, Peter L. Bergen essaie, comme beaucoup d'autres observateurs, surtout depuis l'automne dernier, d'expliquer le réseau Al-Qaida, de dénicher ses motivations, d'analyser ses objectifs. En passant, il reprend quelques thèses déjà longuement évoquées, par exemple le "mélange de mode de vie parfaitement moderne " des complices de Ben Laden et "l'interprétation radicale de la guerre sainte", ou encore l'effet de la globalisation sur la propagation des idées fondamentalistes. Il cite à ce propos, sans vraiment convaincre, le GIA algérien et la lutte des Tchétchènes. Mais il conteste quelques hypothèses : Ben Laden, agent de la CIA, alors que dès 1982, dit-il, le Saoudien était profondément antiaméricain et que la CIA n'a pas mis les pieds en Afghanistan pendant la guerre contre les Soviétiques ; le 11 septembre comme illustration du "choc des civilisations", alors que Ben Laden n'a qu'une idée, lutter contre la politique américaine au Proche-Orient...

Franchement, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés dans la tentative de compréhension de ce qui nous arrive depuis quelque neuf mois et même, concernant en particulier la France, depuis une quinzaine de jours. En revanche, l'essai d'Alain Joxe peut nous y aider. Il offre une perspective plus large que les attentats contre le World Trade Center et leurs suites (il a d'ailleurs été en partie écrit avant). Il s'intéresse aux rapports de forces internationaux depuis la fin de la guerre froide, marqués entre autres choses par la guerre du Golfe. Alain Joxe considère cette dernière comme une des premières manifestations de l'empire américain visant, par des expéditions militaires, à "réguler le désordre". Un autre moyen étant l'édiction de normes financières. Car une des caractéristiques qui distinguent "l'empire du chaos" des empires précédents est que les Etats-Unis ne cherchent pas à conquérir le monde ; ils n'ont aucune intention après des campagnes militaires d'occuper le terrain conquis. Au contraire, ils cherchent à s'en retirer le plus rapidement possible. Ils ne veulent pas établir un "nouvel ordre international", comme l'avait imprudemment déclaré George Bush père, après la victoire sur l'Irak. Ils "pensent désormais le monde comme un chaos dont ils estiment devoir s'accommoder, en punissant les comportements déviants et en fortifiant leurs abords pour survivre".

Alain Joxe cherche une réponse, pour la France et pour l'Europe, dans la défense de la République contre l'empire, pensée comme " une stratégie d'avenir", pas comme une régression, écrit-il à l'adresse des souverainistes, comme l'affirmation d'une "fraternité républicaine" liant des "citoyens sans Etat plutôt que des Etats sans citoyens". Alain Joxe considère que dans cette opposition des républiques européennes à l'empire américain, la France a un rôle à jouer. Non comme "isolat jacobin", mais comme "modèle général de souveraineté démocratique". Et il propose cette définition mondialiste de "l'exception française" : "élever au rang de problème universel un problème français d'échelle locale, simplement parce qu'on ne peut légitimement l'ériger en problème français que par la médiation de sa définition comme problème général, voire universel". Avec cette invocation de la Révolution française : "Reparler de la Révolution, écrit-il, c'est notre fondamentalisme ; cela ne veut pas dire nécessairement qu'il faut la faire de nouveau mais qu'il faut en reparler pour se comprendre." C'est en effet le moment où ne jamais d'en reparler.

Daniel Vernet

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.05.02

ANNEXE 10

LE MONDE DES LIVRES | 09.05.02 | 19h09
MIS A JOUR LE 09.05.02 | 20h05

Alliance fatale

Des années 1950 au 11 septembre, John Cooley revient sur le soutien américain aux islamistes radicaux.

CIA ET JIHAD, 1950-2001 (Contre l'URSS, une désastreuse alliance) de John K. Cooley. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurent Bury. Préface d'Edward W. Saïd, Autrement, 288 p., 19,9 €.

Connaissiez-vous le Safari club ? Alexandre de Marenches, longtemps patron du Sdece (service français de renseignement extérieur), joua pourtant un rôle cardinal dans cette coterie très spéciale, fondée en 1976, dans laquelle les maîtres espions du chah d'Iran, des rois Fayçal (Arabie saoudite) et Hassan II (Maroc) et de l'Egyptien Sadate conclurent un pacte : s'aider mutuellement et aider l'Occident à enrayer la pénétration soviétique en Afrique et en Asie centrale. Dès cette époque, cette alliance secrète conçoit l'idée d'"utiliser" l'islam sunnite le plus extrémiste, farouchement anticommuniste, à ses propres fins. Le Safari club, écrit John Cooley, préfigurait ce qui sera érigé aux Etats-Unis en véritable doctrine stratégique occulte à partir de 1979, après la victoire du khomeynisme en Iran (en avril) et avant même l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS. Une stratégie dont Islamabad et Riyad deviendront les pivots et qui verra la CIA être dotée d'immenses moyens afin de "former, équiper et ravitailler" une "armée secrète de fanatiques" sunnites dans l'objectif de miner progressivement "l'empire du mal" (l'URSS), sans que, jamais, les Etats-Unis apparaissent au premier plan. On connaît la fin tragique de cette "stratégie": le 11 septembre 2001, l'Amérique stupéfaite était frappée au cœur par l'héritier de sa monstrueuse créature, Oussama Ben Laden.

C'est cette très immorale histoire que conte John Cooley avec un grand luxe de détails. Journaliste, il a traîné sa bosse près de quarante ans dans tout l'Orient musulman, du Maroc au Bangladesh. Il sait tout des acteurs du drame, connus ou moins connus. Tel le cheikh Kamal Adham, chef des services secrets saoudiens. Une figure étonnante, d'origine albano-turque, seul non-Arabe à avoir jamais occupé une fonction de premier ordre au royaume wahhabite. Ami intime, entre autres, du Pakistanais Agha Hassan Abedi, fondateur de la BCCI. Impliquée dans des trafics d'armes, de drogues et d'or, cette banque d'affaires, avant de s'effondrer dans un immense scandale en 1991, aura joué un rôle prépondérant dans le financement des moudjahidin afghans. La CIA, indique Cooley, "a eu longtemps recours à des banques criminelles ou corrompues pour ses opérations".

L'ouvrage fourmille d'anecdotes et de révélations, comme la formation à la guérilla et au terrorisme, par les Bérets verts et les Seals (Sea/Air/Land, commandos mer-air-terre américains), dans les bases de Camp Peary, Fort A. P. Hill ou Camp Pickett, de ceux qui, dix ou quinze ans plus tard, organiseront les attentats au siège de la CIA, en janvier 1993, ou au World Trade Center de New York, six mois plus tard. John Cooley s'attache surtout à démontrer comment Washington, pris dans un engrenage qu'il ne maîtrisait plus, a préféré jouer la politique de l'autruche plutôt que d'engager un bilan critique de son propre rôle dans la dérive islamiste ultérieure vers le terrorisme international. Après le premier attentat au World Trade Center, en 1993, le chef du FBI à New York, Robert Fox, s'écria : "Ces gars-là ont été formés par la CIA !" Quelques semaines après, il était muté.

Morale de l'histoire, version Cooley : "Lorsqu'on décide d'entrer en guerre contre son principal ennemi, il faut bien regarder qui on choisit comme ami, comme allié ou comme mercenaire..."Une morale qui ne vaut pas que pour les Américains.

Sylvain Cypel

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.05.02

ANNEXE 11

Nytimes 02/05/23

Distractions and Diversions

With old and new warnings of terror attacks whizzing around Washington, it's becoming hard to follow what really matters, which is preventing another assault by Osama bin Laden and his followers. There's a place for debate about issues like whether Congressional committees or a special commission should investigate the government's response to terrorism before Sept. 11. But there is a danger that talk will become a substitute for action on the problems that desperately need fixing. That includes the performance of agencies like the Federal Bureau of Investigation, the Central Intelligence Agency and even the Social Security Administration, which routinely assigns Social Security numbers to foreigners who submit fake documents.

With Congressional elections approaching later this year, the Bush administration's handling of Sept. 11 was bound to become a political issue. That's appropriate. The idea that the events of Sept. 11, and the actions that preceded and followed that terrible day, are off-limits to political debate is profoundly wrong. But the focus should not be on the simplistic and misleading accusation that President Bush was warned about the attacks early last August and did nothing in response. Nor should a serious discussion of the Bush administration's conduct be cut off every time a vague new warning is issued about another possible attack. These warnings, which have already lost much of their power to command public attention, will become meaningless if they are perceived merely to be a way of changing the subject.

It doesn't take a Ph.D. in government to recognize that the real subject for discussion should be the government's chronic failure to assemble, review and act on information about potential terrorist plots. The F.B.I. and C.I.A. independently collected information that, if pooled and carefully analyzed, might have led Bill Clinton or George W. Bush to look more closely at the possibility of an attack within the United States. But the foreign and domestic intelligence data was never cross-referenced and stitched together so policy makers could divine a broader pattern. That has changed to some extent since Sept. 11, and the F.B.I. and C.I.A. now prepare a joint report on terrorist threats every day. Much more needs to be done.

Then there are problems like those at the Social Security Administration. Robert Pear reported in The Times yesterday that tens of thousands of foreigners have illegally obtained Social Security numbers using false papers. That can be a first step in building a false identity that permits people, including terrorists, to get credit cards, open bank accounts and blend into American society. The Social Security Administration has not been getting enough help from the Immigration and Naturalization Service, one of the most dysfunctional organizations in the nation. That's the kind of breakdown that Washingtonshould be worried about.

ANNEXE 12

Dans cette annexe nous avons voulu montrer que l’histoire se répète et laisse des traces indélébiles positives ou négatives

Un extrait de  l’épilogue du livre d’Amin Maalouf : « Les croisades vues par les Arabes » Jean-Claude Lattés 1983

« Tout au long des croisades, les Arabes ont refusé de s'ouvrir aux idées venues d'Occident. Et c'est là, probablement, l'effet le plus désastreux des agressions dont ils ont été les victimes. Pour l'envahisseur, apprendre la langue du peuple conquis est une habileté; pour ce dernier, apprendre la langue du conquérant est une compromission, voire une trahison. De fait, les Franj (Francs) ont été nombreux à apprendre l'arabe alors que les habitants du pays, à l'exception de quelques chrétiens, sont demeurés imperméables aux langues des Occidentaux.

On pourrait multiplier les exemples, car, dans tous les domaines, les Franj se sont mis à l'école arabe, aussi bien en Syrie qu'en Espagne ou en Sicile. Et ce qu'ils y ont appris était indispensable à leur expansion ultérieure. L'héritage de la civilisation grecque n'aura été transmis à l'Europe occidentale que par l'intermédiaire des Arabes, traducteurs et continuateurs. En médecine, en astronomie, en chimie, en géographie, en mathématiques, en architecture, les Franj ont tiré leurs connaissances des livres arabes qu'ils ont assimilés, imités, puis dépassés. Que de mots en portent encore le témoignage : zénith, nadir, azimut, algèbre, algorithme, ou plus simplement « chiffre ». S'agissant de l'industrie, les Européens ont repris, avant de les améliorer; les procédés utilisés par les Arabes pour la fabrication du papier, le travail du cuir, le textile, la distillation de l'alcool et du sucre (encore deux mots empruntés à l'arabe). On ne peut non plus oublier à quel point l'agriculture européenne s'est, elle aussi, enrichie au contact de l'Orient, abricots, aubergines, échalotes (oignons de Scalone et non de Bretagne), oranges, pastèques... La liste des mots arabes devenue nom commun chez nous, est interminable.

Alors que pour l'Europe occidentale. L’époque des croisades était l’amorce d'une véritable révolution, à la fois économique et culturelle, en Orient, ces guerres saintes allaient déboucher sur de longs siècles de décadence et d'obscurantisme. Assailli de toutes parts, le monde musulman se recroqueville sur lui-même. II est devenu frileux, défensif, intolérant, stérile, autant d'attitudes qui s'aggravent à mesure que se poursuit l’évolution planétaire, par rapport à laquelle il se sent marginalisé. Le progrès, c'est désormais l'autre. Le modernisme, c'est l'autre: Fallait-il affirmer son identité culturelle et religieuse en rejetant ce modernisme que symbolisait l'Occident ? Fallait-il, au contraire, s'engager résolument sur la voie de la modernisation en prenant le risque de perdre son identité? Ni l’Iran, ni la Turquie, ni le monde arabe n'ont réussi à résoudre ce dilemme; et c'est pourquoi aujourd'hui encore on continue d'assister à une alternance souvent brutale entré des phases d'occidentalisation forcée  et des phases d'intégrisme outrancier, fomentent xénophobe.

A la fois fasciné et effrayé par ces Franj qu'il a connus barbares, qu'il a vaincus mais qui, depuis, ont réussi à dominer la Terre, le monde arabe ne peut se résoudre à considérer les croisades comme un simple épisode d'un passé révolu. On est souvent surpris de découvrir à quel point l'attitude des Arabes, et des musulmans en général, à l'égard de l'Occident, reste influencée, aujourd'hui encore, par des événements qui sont censés avoir trouvé leur terme il y a sept siècles.

Or, à la veille du troisième millénaire, les responsables politiques et religieux du monde arabe se réfèrent constamment à Saladin, à la chute de Jérusalem et à sa reprise. Israël est assimilé, dans l'acception populaire comme dans certains discours officiels, à un nouvel Etat croisé. Des trois divisions de l'Armée de libération palestinienne, l'une porte encore le nom de « Hittin » et une autre celui d' « Ain Jalout ». (Deux grandes batailles où les croisés ont perdu la majorité de leurs combattants à la fin du XIIème siècle)

Le président Nasser, du temps de sa gloire, était régulièrement comparé à Saladin qui, comme lui, avait réuni la Syrie et l'Egypte, et même le Yémen! Quant à l'expédition de Suez de 1956, elle fut perçue, à l'égal de celle de 1191, comme une croisade menée par les Français et les Anglais.

Il est vrai que les similitudes sont troublantes: Comment ne pas penser au président Sadate en écoutant Sibt Ibn al-Jawzi dénoncer, devant le peuple de Damas, la « trahison » du maître du Caire, al-Kamel, qui a osé reconnaître la souveraineté de l'ennemi sur la Ville sainte? Comment distinguer le passé du présent quand il s'agit de la lutte entre Damas et Jérusalem pour le contrôle du Golan, ou de la Bekaa ?

Comment ne pas demeurer songeur en lisant les réflexions d'Oussania sur la supériorité -militaire des envahisseurs ?

Dans un monde musulman perpétuellement agressé, on ne peut empêcher l'émergence d'un sentiment de persécution, qui prend, chez certains fanatiques, la forme d'une dangereuse obsession. »

« Au-delà de cet acte individuel, il est clair que l'Orient arabe voit toujours dans l'Occident, un ennemi naturel. Contre lui, tout- acte hostile, qu'il soit politique, mili­taire ou pétrolier, n'est que revanche légitime. Et l'on ne peut douter que la cassure entre ces deux mondes date des croisades, ressenties par les Arabes, aujour­d'hui encore, comme un viol. »

C’est ce qu’Amin Maalouf écrivait, il y a vingt ans. Rien n’a changé et ses propos sont toujours d’actualité et sans doute encore plus d’actualité qu’à l’époque.

La preuve en est que dans une cassette de Ben Laden diffusée sur El Jazira le 18 mai 2002, nous avons référence aux croisades. « Ben Laden discute avec d'autres combattants et compare la guerre américaine en Afghanistan aux croisades menées par Richard Cœur de Lion », affirme le Sunday Times

ANNEXE 13

ONU : les droits de l'homme après le 11 septembre

New-York

La guerre contre le terrorisme est-elle compatible avec les droits de l'homme ?

C'est la question qui devrait dominer les débats de la 58e session de la Commission des droits de l'homme, qui s'ouvre, lundi 18 mars, à Genève.

Objet de controverses, ce débat est surtout mené par les associations de défense des droits de l'homme et par leur alliée Mary Robinson, haut-commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, qui s'inquiètent du prétexte que la lutte contre le terrorisme offre à de nombreux Etats pour restreindre ou bafouer les libertés.

Plusieurs ONG ont lancé une campagne sur ce sujet, comme Amnesty International, qui dénonce les "dérives sécuritaires consécutives aux attentats du 11 septembre", ou la Fédération internationale des Ligues des droits de l'homme (FIDH), pour qui la nécessité de lutter contre le terrorisme "ne peut se faire au détriment des normes internationales relatives aux droits de l'homme...".

L'autre particularité de cette session est l'absence des Etats-Unis en tant que l'un des 53 pays membres de plein droit, cela pour la première fois depuis la création de la Commission en 1946.

Les Etats-Unis n'ont en effet pas été retenus lors du vote annuel pour le renouvellement des membres, en mai 2001.

Ressentie par les Américains comme une humiliation, cette éviction avait aussi été jugée regrettable par de nombreux diplomates et observateurs conscients que les Etats-Unis étaient le pays le plus actif au sein de la Commission.

Les Américains auraient, ces derniers temps, exercé des pressions sur certains pays alliés et convaincu deux d'entre eux - l'Espagne et l'Italie - de retirer leur candidature à la prochaine session, de manière à permettre leur réintégration. «Les Américains n'ont pas fait de pression particulière sur nous, affirme l'ambassadeur espagnol Inocencio Arias, mais nous avons entendu leur message et avons conclu que l'absence des Etats-Unis n'a pas de sens et ne peut qu'affaiblir le poids de la Commission", les résolutions d'origine américaine étant chaque année les plus nombreuses.

Cette année, leur statut d'observateurs empêchera les Américains de voter, mais non de présenter des résolutions, d'inciter des pays alliés à en déposer, ni, non plus, de répondre aux critiques qui, à en croire des experts, leur seront adressées "en abondance".

"Etant donné les événements du 11 septembre, qui les ont obligés à s'allier avec des pays qui étaient chaque année des cibles directes de leurs résolutions, le fait de ne pas être membre cette année arrange bien les Etats-Unis", estime un expert à Genève. Il prend l'exemple de la Russie : privés du droit de vote cette année, les Etats-Unis n'auront pas à se prononcer sur la guerre en Tchétchénie.

A LA RECHERCHE D'UN PARRAIN

Le grand perdant, selon un autre observateur, sera Israël : "Il est plus que probable que les pays du Sud profiteront de l'absence des Américains lors des votes pour multiplier les attaques contre le gouvernement d'Ariel Sharon."

Pendant six semaines, les délégués des Etats et représentants des ONG vont débattre des violations fondamentales des droits de l'homme dans le monde, depuis le Proche-Orient jusqu'en Colombie, en passant par l'Iran, l'Irak et certainement le Zimbabwe.

En ce qui concerne la Tchétchénie, l'absence des Américains pourrait faciliter la tâche des Européens, dont le but est de parvenir à un texte de consensus négocié avec Moscou.

La grande inconnue porte sur la Chine, contre laquelle l'administration Bush avait présenté une résolution l'année dernière. A propos de Cuba, cible permanente pour eux, les Etats-Unis seraient "activement" à la recherche, auprès des Latino-Américains, d'un parrain pour présenter une résolution. Les Tchèques, qui, l'année dernière, "soumis à d'énormes pressions américaines", avaient accepté de jouer ce rôle, ne semblent pas y être disposés cette année.

Afsané Bassir

Pour Le Monde 18 mars 2002

ANNEXE 14

Il n’est pas inutile de savoir où en est la population humaine dans le monde

 Depuis leur berceau africain originel, les hommes ont progressivement gagné tous les continents. Mais les six milliards de personnes (cap franchi en octobre 1999) sont très inégalement répartis. D'abord lente et irrégulière, la croissance de la population s'est peu à peu accélérée ; celle-ci est entrée dans une phase inédite de son histoire depuis 1945. Cette croissance n'est pas sans poser des problèmes contemporains complexes et des défis gigantesques pour l'avenir

Ensemble de personnes habitant dans un espace donné (pays, région, ville).

  Les démographes distinguent généralement au sein d'une population des sous-groupes, présentant un ou plusieurs caractères communs, selon le sexe (populations masculines ou féminines), l'activité (populations actives, inactives, catégories socioprofessionnelles), l'origine (populations émigrées, immigrées ; populations rurales et urbaines), le dynamisme géographique (populations nomades et sédentarisées), l'âge (moins de 15 ans, plus de 60 ans, etc.), l'exposition aux maladies (populations à risques) ou encore le niveau d'instruction (populations alphabétisées et non alphabétisées.

Les grandes étapes du peuplement de la terre

Si les premiers hominidés sont originaires de l'Est de l'Afrique (Tchad, Éthiopie), c'est d'Eurasie qu'ont essaimé les premiers groupes, à partir de quelques foyers géographiques où ont prospéré des civilisations prestigieuses. Ces dernières coïncident avec la découverte de l'agriculture, la sédentarisation des populations à l'époque néolithique, l'édification des premières villes. La plus ancienne de ces civilisations à son centre en Mésopotamie (actuel Iraq). Au début de notre ère, la population de la planète s'élève vraisemblablement à 250 millions d'habitants, dont les deux tiers en Asie. Les foyers de peuplement les plus importants se situent dans la grande plaine de Chine du Nord (le long du Huang He), dans la plaine Indo-Gangétique et la plaine littorale occidentale du Deccan (du Maharashtra au Kerala)  et ils sont restés les mêmes jusqu'à nos jours. À l'époque de Jésus-Christ, la Chine rassemble déjà 70 millions d'habitants et le continent indien, 45 millions. Les civilisations qui les peuplent sont alors aussi évoluées que celles de la Grèce antique et de l'Empire romain. La population européenne, estimée à 36 millions d'individus est alors surtout concentrée autour de la mer Méditerranée, où l'on trouve, parmi les principales villes de l'époque, Alexandrie, Antioche, Apamée, Éphèse, Rome. Les autres continents sont quasiment vides, telle l'Amérique(15 millions d'habitants), ou encore l'Afrique (12 millions d'habitants), qui ne compte localement que quelques foyers de peuplement (Égypte, Soudan, Afrique de l'Ouest, Maghreb). Au début des Temps modernes, la distribution géographique de la population mondiale s'est assez peu modifiée. Les plus fortes densités sont focalisées en Chine du Sud, en Indochine, ou encore dans le centre du Deccan. Toutefois, l'accroissement démographique en Afrique occidentale (pays haoussa, mossi et yoruba) est une donnée nouvelle, et en Amérique latine, la colonisation espagnole éradique les anciens noyaux mayas (Yucatán), tandis que se clairsèment les noyaux aztèques(Mexique) et inca (Andes).

  L'accélération du XVIIIe siècle

Le XVIIIe siècle marque un véritable tournant pour la dynamique de la population mondiale, celle-ci passant de 680 millions à 950 millions de personnes, soit une augmentation de 40 %. Les grandes épidémies qui ravageaient les populations s'espacent et disparaissent progressivement. La durée de vie moyenne commence à s'allonger et le taux de croissance annuel moyen augmente significativement, passant de 0,1 % à 0,34 % par an entre le début et la fin du XVIIIe siècle. Mais les continents sont diversement concernés par cette évolution. La Chine voit sa population augmenter et atteindre 330 millions d'habitants en 1800 (soit le tiers de la population mondiale), répartis essentiellement dans quatre grands bassins de peuplement (plaine du Huang He, plaine du Chang Jiang [cours inférieur du Yangzi Jiang], bassin Rouge du Sichuan, et Chine du Sud, autour de Canton). En revanche, le sous-continent indien stagne. La grande nouveauté, c'est la rapide augmentation de la population européenne, après les phases de recul liées aux guerres et à la peste noire(XIVe siècle). En 1800, les pays européens les plus peuplés sont la France (29 millions d'habitants) et la Russie(38 millions d'habitants). Dans le cas français, l'avance démographique a pour corollaire le dynamisme culturel, linguistique, politique et économique. Le bloc eurasiatique continue de représenter les trois quarts de la population mondiale. Mais, en Afrique subsaharienne, la traite des Noirs met durablement fin à l'essor démographique. Au XIXe et surtout au XXe siècle, à la suite de l'éradication de la variole et de la diffusion de la vaccination (révolution pasteurienne), s'ouvre une nouvelle phase de l'histoire de la population mondiale.

La situation démographique contemporaine

 La démographie mondiale connaît actuellement une phase unique de son histoire. Compte tenu du taux de croissance, il suffit, à partir des années 1990, de quarante ans seulement pour que double la population mondiale. À l'origine de ce bouleversement se trouvent les formidables progrès enregistrés après la Seconde Guerre mondiale, qui ont eu des répercussions dans les pays du tiers-monde, dont dépend désormais la dynamique de la démographie mondiale : raréfaction des grands fléaux du passé (épidémies, famines, guerres), intensification de l'agriculture (irrigation, utilisation des variétés à haut rendement et des engrais), généralisation de la santé publique (vaccination, hygiène) et de l'instruction. Mais la chute de la mortalité ne s'est pas accompagnée parallèlement dans ces régions d'une baisse équivalente de la fécondité ou, du moins, celle-ci a-t-elle mis davantage de temps à se manifester (phénomène dit de transition démographique). C'est la raison pour laquelle la population mondiale a doublé entre 1950 et 1995, passant de 2,5 milliards à plus de 5,5 milliards d'individus. Toutefois, depuis quelques années, on enregistre une baisse de la fécondité dans des pays qui, jusque-là, connaissaient un accroissement démographique sans précédent, comme l'Inde et surtout la Chine. En revanche, l'Afrique subsaharienne n'enregistre pas encore de baisse de la natalité. L'envolée démographique des régions les plus déshéritées du monde est spectaculaire : entre 1900 et 1990, le sous-continent indien passe ainsi de 290 millions à 1 129 millions d'habitants, tandis que la Chine passe de 415 millions à 1 150 millions d'habitants durant la même période. Si la part de la Chine dans la population mondiale a culminé en 1974, ce pays n'en continue pas moins à peser autant que deux continents entiers (l'Afrique et l'Europe). Mais, surtout, l'Amérique latine et l'Afrique subsaharienne rattrapent entre 1900 et 1990 leur retard séculaire. Au Brésil par exemple, la population, multipliée par huit, est passée de 18 à 150 millions d'habitants. En Afrique de l'Ouest, la population est passée de 27 millions à 180 millions entre ces mêmes dates (soit une multiplication par sept). Aussi, l'Afrique, qui comptait autant d'habitants que l'Europe au début du XVIIIe siècle, mais près de trois fois moins en 1900, compte aujourd'hui 150 millions d'habitants de plus. Le nombre d'Africains a d'ailleurs presque triplé depuis 1960. Le corollaire de l'envolée des pays du tiers-monde est l'affaissement démographique des pays industrialisés.

 L'effondrement démographique des pays industrialisés

Ainsi l'Europe ne représente-t-elle plus que 16 % de la population mondiale en 1995, contre encore 22 % en 1960 (la France, par exemple, ne représente plus que 1 % de la population mondiale, contre 1,5 % en 1960), tandis que les États-Unis et l'ex-URSS voient leur poids démographique passer respectivement de 6 % à 4,5 % et de 7,1 % à 5,3 %. La part du Japonbaisse également, passant de 3 à 2 % (le faible poids démographique de ce pays l'empêche de jouer un rôle politique à la hauteur de son poids économique). Cette évolution négative constitue un véritable défi pour ces pays, dans la mesure où les générations ne sont plus remplacées qu'à hauteur   L'évolution démographique contemporaine s'effectue clairement au profit des villes, qui rassemblent désormais 45 % de la population mondiale contre 10 % en 1900. Si les taux d'urbanisation dépassent les 70 % dans les pays industrialisés et dans quelques grands pays latino-américains (Mexique, 70 % ; Brésil, 73 %) à tradition urbaine, en revanche, les pays les plus pauvres du tiers-monde restent encore profondément ruraux : Pakistan (70 %), Chine, Viêt-Nam et Thaïlande(80 %), par exemple.

Une distribution inégale de la population

 La répartition spatiale de la population mondiale présente de très forts contrastes géographiques : 90 % de la population mondiale se concentre dans l'hémisphère Nord (deux tiers des terres émergées). Les contrastes en matière de densité sont également saisissants. D'après les chiffres des Nations unies, c'est en Asie (3,1 milliards d'hab., soit 60 % de la population mondiale) que l'on trouve actuellement les plus fortes densités moyennes, avec 113 habitants au km2 ; vient ensuite l'Europe (498 millions, non compris les pays baltes et la Russie), avec 102 habitants au km2. Partout ailleurs, les densités sont ridiculement faibles, ce qui permet de nuancer l'idée du surpeuplement de certaines de ces régions : l'Amérique (724 millions d'habitants), second pôle démographique mondial (13,7 % de la population mondiale), enregistre des densités de l'ordre de 17 habitants au km2, tandis que l'Afrique (642 millions d'hab.) ne connaît en moyenne que 21 habitants au km2. Plus loin encore, apparaissent l'ex-URSS (289 millions d'habitants avec 13 habitants au km2, enfin, l'Océanie(26,5 millions d'habitants), avec 3 habitants au km2 seulement. La carte des densités de la population mondiale oppose donc de véritables déserts humains (Antarctique et Arctique, Amazonie, cuvette congolaise, Australie tropicale, déserts chauds), où le peuplement est au mieux temporaire et nomade, et trois grandes zones de concentration humaine : Asie orientale et Asie du Sud-Est, péninsule indienne (plaine et delta du Gange, Pendjab, Pakistan, Bangladesh, plaines littorales de la péninsule indienne, Andhra Pradesh) ; Europe (axe rhénan, dorsale anglaise et plaine italienne), partie européenne de la CEI et Maghreb. On observe aussi des foyers de peuplement secondaires (Java, Égypte, Nigeria, Californie, Mexique, foyers périphériques de l'Amérique latine). La carte de la répartition géographique de la population fait apparaître également de spectaculaires contrastes entre les deux cents États qui composent la planète. Aux géants démographiques de toujours (Chine et Inde) s'opposent des pays au poids démographique très faible ; c'est le cas de l'Afrique, où la balkanisation du continent explique que les deux tiers des pays comptent moins de 10 millions d'habitants.

Perspectives à moyen et long terme

D'après les études de prospective effectuées par les Nations unies, la population mondiale devrait encore formidablement s'accroître et passer de six milliards à l'heure actuelle à 8,2 milliards en 2025. Cet accroissement devrait être imputable, pour 95 %, aux seuls pays du tiers-monde. C'est en Afrique que l'augmentation des effectifs devrait être la plus importante (plus de 150 %), l'Asie du Sud (84 %), l'Amérique latine (69 %) et l'Asie de l'Est (49 %). Les densités de peuplement augmenteront sensiblement, provoquant tantôt l'occupation de zones jusque-là délaissées (d'où une meilleure organisation de l'espace), tantôt la densification des zones déjà occupées, avec un surpeuplement difficilement tolérable pour les populations des régions déjà très occupées (Asie), pouvant entraîner des conflits frontaliers pour l'occupation de terres nouvelles, mais aussi des violences interethniques. De surcroît, la question de l'équilibre entre population et subsistance se pose clairement, en dépit des progrès agricoles (révolution verte et OGM).

ANNEXE 15

 SUN TZU L'ART DE LA GUERRE

 La Défense conventionnelle ayant perdu de son importance, la défense psychologique a retrouvé une part plus importante dans nos moyens de défense.

 Le principal auteur sur la guerre psychologique, la désinformation et l’intoxication, est sans nul doute Vladimir Volkoff. Il a écrit plus d’une cinquantaine d’ouvrage sur ce sujet.

 Mais on ne peut résister à lire l’ouvrage de Sun Tzu,, théoricien militaire chinois du VIème siècle avant Jésus-Christ. Il y a 2 700 ans

Auteur du plus ancien traité chinois sur la guerre le « Sun Tze Ping Fa »

Treize seulement des quatre-vingt-deux articles  sont parvenus jusqu’à nous et ont été traduits d’après une version mandchoue au XIXème siècle, par le père Amiot..

 La doctrine de Sun Tzu étudie le caractère politique et psychologique de la guerre, le rôle du commandement, et l’exploitation des dissensions chez l’ennemi.

 Coll. Ed. Licorne Sauvage

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 Sun Tzu
L'art de la guerre
(traduit du chinois par le père Amiot)

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L'ouvrage que laisse Sun Tzu fit école dans toutes les académies de gentilshommes du japon.
Cet ouvrage de stratégie fait encore référence de nos jours (et pour longtemps).

L'évaluation

Sun Tzu dit :

La guerre est d'une importance vitale pour l'Etat. C'est le domaine de la vie et de la mort : la conservation ou la perte de l'empire en dépendent ; il est impérieux de le bien régler. Ne pas faire de sérieuses réflexions sur ce qui la concerne, c'est faire preuve d'une coupable indifférence pour la conservation ou pour la perte de ce qu'on a de plus cher, et c'est ce qu'on ne doit pas trouver parmi nous.

Cinq choses principales doivent faire l'objet de nos continuelles méditations et de tous nos soins, comme le font ces grands artistes qui, lorsqu'ils entreprennent quelque chef-d’œuvre, ont toujours présent à l'esprit le but qu'ils se proposent, mettent à profit tout ce qu'ils voient, tout ce qu'ils entendent, ne négligent rien pour acquérir de nouvelles connaissances et tous les secours qui peuvent les conduire heureusement à leur fin.

Si nous voulons que la gloire et les succès accompagnent nos armes, nous ne devons jamais perdre de vue :

la doctrine, le temps, l'espace, le commandement, la discipline.

La doctrine fait naître l'unité de pensée ; elle nous inspire une même manière de vivre et de mourir, et nous rend intrépides et inébranlables dans les malheurs et dans la mort.

Si nous connaissons bien le temps, nous n'ignorerons point ces deux grands principes Yin et Yang par lesquels toutes les choses naturelles sont formées et par lesquels les éléments reçoivent leurs différentes modifications ; nous saurons le temps de leur union et de leur mutuel concours pour la production du froid, du chaud, de la sérénité ou de l'intempérie de l'air.

L'espace n'est pas moins digne de notre attention que le temps ; étudions-le bien, et nous aurons la connaissance du haut et du bas, du loin comme du près, du large et de l'étroit, de ce qui demeure et de ce qui ne fait que passer. J'entends par commandement, l'équité, l'amour pour ceux en particulier qui nous sont soumis et pour tous les hommes en général ; la science des ressources, le courage et la valeur, la rigueur, telles sont les qualités qui doivent caractériser celui qui est revêtu de la dignité de général ; vertus nécessaires pour l'acquisition desquelles nous ne devons rien négliger : seules elles peuvent nous mettre en état de marcher dignement à la tête des autres. Aux connaissances dont je viens de parler, il faut ajouter celle de la discipline. Posséder l'art de ranger les troupes ; n'ignorer aucune des lois de la subordination et les faire observer à la rigueur ; être instruit des devoirs particuliers de chacun de nos subalternes ; savoir connaître les différents chemins par où on peut arriver à un même terme ; ne pas dédaigner d'entrer dans un détail exact de toutes les choses qui peuvent servir, et se mettre au fait de chacune d'entre elles en particulier. Tout cela ensemble forme un corps de discipline dont la connaissance pratique ne doit point échapper à la sagacité ni aux attentions d'un général. Vous donc que le choix du prince a placé à la tête des armées, jetez les fondements de votre science militaire sur les cinq principes que je viens d'établir.

La victoire suivra partout vos pas : vous n'éprouverez au contraire que les plus honteuses défaites si, par ignorance ou par présomption, vous venez à les omettre ou à les rejeter. Les connaissances que je viens d'indiquer vous permettront de discerner, parmi les princes qui gouvernent le monde, celui qui a le plus de doctrine et de vertus ; vous connaîtrez les grands généraux qui peuvent se trouver dans les différents royaumes, de sorte que vous pourrez conjecturer assez sûrement quel est celui des deux antagonistes qui doit l'emporter ; et si vous devez entrer vous-même en lice, vous pourrez raisonnablement vous flatter de devenir victorieux.

Ces mêmes connaissances vous feront prévoir les moments les plus favorables, le temps et l'espace étant conjugués, pour ordonner le mouvement des troupes et les itinéraires qu'elles devront suivre, et dont vous réglerez à propos toutes les marches. Vous ne commencerez ni ne terminerez jamais la campagne hors de saison. Vous connaîtrez le fort et le faible, tant que ceux qu'on aura confiés à vos soins que des ennemis que vous aurez à combattre.

Vous saurez en quelle quantité et dans quel état se trouveront les munitions de guerre et de bouche des deux armées, vous distribuerez les récompenses avec libéralité, mais avec choix, et vous n'épargnerez pas les châtiments quand il en sera besoin. Admirateurs de vos vertus et de vos capacités, les officiers généraux, placés sous votre autorité, vous serviront autant par plaisir que par devoir. Ils entreront dans toutes vos vues, et leur exemple entraînera infailliblement celui des subalternes, et les simples soldats concourront eux-mêmes de toutes leurs forces à vous assurer les plus glorieux succès. Estimé, respecté, chéri des vôtres, les peuples voisins viendront avec joie se ranger sous les étendards du prince que vous servez, ou pour vivre sous ses lois, ou pour obtenir simplement sa protection.

Egalement instruit de ce que vous pourrez et de ce que vous ne pourrez pas, vous ne formerez aucune entreprise qui ne puisse être menée à bonne fin. Vous verrez, avec la même pénétration, ce qui sera loin de vous comme ce qui se passera sous vos yeux, ce qui se passera sous vos yeux comme ce qui en est le plus éloigné.

Vous profiterez de la dissension qui surgit chez vos ennemis pour attirer les mécontents dans votre parti en ne leur ménageant ni les promesses, ni les dons, ni les récompenses. Si vos ennemis sont plus puissants et plus forts que vous, vous ne les attaquerez point, vous éviterez avec un grand soin ce qui peut conduire à un engagement général ; vous cacherez toujours avec une extrême attention l'état où vous vous trouverez. Il y aura des occasions où vous vous abaisserez, et d'autres où vous affecterez d'avoir peur. Vous feindrez quelquefois d'être faible afin que vos ennemis, ouvrant la porte à la présomption et à l'orgueil, viennent ou vous attaquer mal à propos, ou se laisser surprendre eux-mêmes et tailler en pièces honteusement. Vous ferez en sorte que ceux qui vous sont inférieurs ne puissent jamais pénétrer vos desseins. Vous tiendrez vos troupes toujours alertes, toujours en mouvement et dans l'occupation, pour empêcher qu'elles ne se laissent amollir par un honteux repos.

Si vous prêtez quelque intérêt aux avantages de mes plans, faites en sorte de créer des situations qui contribuent à leur accomplissement. J'entends par situation que le général agisse à bon escient, en harmonie avec ce qui est avantageux, et, par-là même, dispose de la maîtrise de l'équilibre.

Toute campagne guerrière doit être réglée sur le semblant ; feignez le désordre, ne manquez jamais d'offrir un appât à l'ennemi pour le leurrer, simulez l'infériorité pour encourager son arrogance, sachez attiser son courroux pour mieux le plonger dans la confusion : sa convoitise le lancera sur vous pour s'y briser.

Hâtez vos préparatifs lorsque vos adversaires se concentrent ; là où ils sont puissants, évitez-les. Plongez l'adversaire dans d'inextricables épreuves et prolongez son épuisement en vous tenant à distance ; veillez à fortifier vos alliances au-dehors, et à affermir vos positions au-dedans par une politique de soldats-paysans.

Quel regret que de tout risquer en un seul combat, en négligeant la stratégie victorieuse, et faire dépendre le sort de vos armes d'une unique bataille ! Lorsque l'ennemi est uni, divisez-le ; et attaquez là où il n'est pas préparé, en surgissant lorsqu'il ne vous attend point. Telles sont les clés stratégiques de la victoire, mais prenez garde de ne point les engager par avance. Que chacun se représente les évaluations faites dans le temple, avant les hostilités, comme des mesures : elles disent la victoire lorsqu'elles démontrent que votre force est supérieure à celle de l'ennemi ; elles indiquent la défaite lorsqu'elles démontrent qu'il est supérieur en force. Considérez qu'avec de nombreux calculs, on peut remporter la victoire, redoutez leur insuffisance.

Combien celui qui n'en fait point a peu de chances de gagner ! C'est grâce à cette méthode que j'examine la situation, et l'issue apparaîtra clairement.

De L'engagement

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 Sun Tzu dit :

Je suppose que vous commencez la campagne avec une armée de cent mille hommes, que vous êtes suffisamment pourvu de munitions de guerre et de bouche, que vous avez deux mille chariots, dont mille sont pour la course, et les autres uniquement pour le transport ; que jusqu'à cent lieues de vous, il y aura partout des vivres pour l'entretien de votre armée ; que vous faites transporter avec soin tout ce qui peut servir au raccommodage des armes et des chariots ; que les artisans et les autres qui ne sont pas du corps des soldats vous ont déjà précédé ou marchent séparément à votre suite ; que toutes les choses qui servent pour des usages étrangers, comme celles qui sont purement pour la guerre, sont toujours à couvert des injures de l'air et à l'abri des accidents fâcheux qui peuvent arriver. Je suppose encore que vous avez mille onces d'argent à distribuer aux troupes chaque jour, et que leur solde est toujours payée à temps et avec la plus rigoureuse exactitude. Dans ce cas, vous pouvez aller droit à l'ennemi. L'attaquer et le vaincre seront pour vous une même chose.

Je dis plus : ne différez pas de livrer le combat, n'attendez pas que vos armes contractent la rouille, ni que le tranchant de vos épées s'émousse. La victoire est le principal objectif de la guerre. S'il s'agit de prendre une ville, hâtez-vous d'en faire le siège ; ne pensez qu'à cela, dirigez là toutes vos forces ; il faut ici tout brusquer ; si vous y manquez, vos troupes courent le risque de tenir longtemps la campagne, ce qui est une source de funestes malheurs. Les coffres du prince que vous servez s'épuiseront, vos armes perdues par la rouille ne pourront plus vous servir, l'ardeur de vos soldats se ralentira, leur courage et leur force s'évanouiront, les provisions se consumeront, et peut-être même vous trouverez-vous réduit aux plus fâcheuses extrémités. Instruits du pitoyable état où vous serez alors, vos ennemis sortiront tout frais, fondront sur vous, et vous tailleront en pièces. Quoique jusqu'à ce jour vous ayez joui d'une grande réputation, désormais vous aurez perdu la face. En vain, dans d'autres occasions, aurez-vous donné des marques éclatantes de votre valeur, toute la gloire que vous aurez acquise sera effacée par ce dernier trait.

Je le répète : on ne saurait tenir les troupes longtemps en campagne, sans porter un très grand préjudice à l'Etat et sans donner une atteinte mortelle à sa propre réputation. Ceux qui possèdent les vrais principes de l'art militaire ne s'y prennent pas à deux fois. Dès la première campagne, tout est fini ; ils ne consomment pas pendant trois années des vivres inutilement. Ils trouvent le moyen de faire subsister leurs armées aux dépens de l'ennemi, et épargnent à l'Etat les frais immenses qu'il est obligé de faire, lorsqu'il faut transporter bien loin toutes les provisions. Ils n'ignorent point, et vous devez le savoir aussi, que rien n'épuise tant un royaume que les dépenses de cette nature ; car que l'armée soit aux frontières, ou qu'elle soit dans les pays éloignés, le peuple en souffre toujours ; toutes les choses nécessaires à la vie augmentent de prix, elles deviennent rares, et ceux même qui, dans les temps ordinaires, sont le plus à l'aise n'ont bientôt plus de quoi les acheter. Le prince perçoit en hâte le tribut des denrées que chaque famille lui doit ; et la misère se répandant du sein des villes jusque dans les campagnes, des dix parties du nécessaire, on est obligé d'en retrancher sept. Il n'est pas jusqu'au souverain qui ne ressente sa part des malheurs communs. Ses cuirasses, ses casques, ses flèches, ses arcs, ses boucliers, ses chars, ses lances, ses javelots, tout cela se détruira. Les chevaux, les bœufs même qui labourent les terres du domaine dépériront, et, des dix parties de sa dépense ordinaire, se verra contraint d'en retrancher six. C'est pour prévenir tous ces désastres qu'un habile général n'oublie rien pour abréger les campagnes, et pour pouvoir vivre aux dépens de l'ennemi, ou tout au moins pour consommer les denrées étrangères, à prix d'argent, s'il le faut. Si l'armée ennemie a une mesure de grain dans son camp, ayez-en vingt dans le vôtre ; si votre ennemi a cent livres de fourrage pour ses chevaux, ayez-en deux mille quatre cent pour les vôtres. Ne laissez échapper aucune occasion de l'incommoder, faites-le périr en détail, trouvez les moyens de l'irriter pour le faire tomber dans quelque piège ; diminuez ses forces le plus que vous pourrez, en lui faisant faire des diversions, en lui tuant de temps en temps quelque parti, en lui enlevant de ses convois, de ses équipages, et d'autres choses qui pourront vous être de quelque utilité. Lorsque vos gens auront pris sur l'ennemi au-delà de dix chars, commencez par récompenser libéralement tant ceux qui auront conduit l'entreprise que ceux qui l'auront exécutée. Employez ces chars au même usage que vous employez les vôtres, mais auparavant ôtez-en les marques distinctives qui pourront s'y trouver. Traitez bien les prisonniers, nourrissez-les comme vos propres soldats ; faites en sorte, s’il se peut, qu'ils se trouvent mieux chez vous qu'ils ne le seraient dans leur propre camp, ou dans le sein même de leur patrie. Ne les laissez jamais oisifs, tirez parti de leurs services avec les défiances convenables, et pour le dire en deux mots, conduisez-vous à leur égard comme s'ils étaient des troupes qui se fussent enrôlées librement sous vos étendards. Voilà ce que j'appelle gagner une bataille et devenir plus fort. Si vous faites exactement ce que je viens de vous indiquer, les succès accompagneront tous vos pas, partout vous serez vainqueur, vous ménagerez la vie de vos soldats, vous affermirez votre pays dans ses anciennes possessions, vous lui en procurerez de nouvelles, vous augmenterez la splendeur et la gloire de l'Etat, et le prince ainsi que les sujets vous seront redevables de la douce tranquillité dans laquelle ils couleront désormais leurs jours. L'essentiel est dans la victoire et non dans les opérations prolongées. Le général qui s'entend dans l'art de la guerre est le ministre du destin du peuple et l'arbitre de la destinée de la victoire. Quels objets peuvent être plus dignes de votre attention et de tous vos efforts !

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 Sun Tzu dit :

Voici quelques maximes dont vous devez être pénétré avant que de vouloir forcer des villes ou gagner des batailles. Conserver les possessions et tous les droits du prince que vous servez, voilà quel doit être le premier de vos soins ; les agrandir en empiétant sur les ennemis, c'est ce que vous ne devez faire que lorsque vous y serez forcé. Veiller au repos des villes de votre propre pays, voilà ce qui doit vous occuper ; troubler celui des villes ennemies, ce ne doit être que votre pis-aller. Mettre à couvert de toute insulte les villages amis, voilà ce à quoi vous devez penser ; faire des irruptions dans les villages ennemis, c'est ce à quoi la nécessité seule doit vous engager. Empêcher que les hameaux et les chaumières des paysans ne souffrent le plus petit dommage, c'est ce qui mérite également votre attention ; porter le ravage et dévaster les installations agricoles de vos ennemis, c'est ce qu'une disette de tout doit seule vous faire entreprendre.

Conserver les possessions des ennemis est ce que vous devez faire en premier lieu, comme ce qu'il y a de plus parfait ; les détruire doit être l'effet de la nécessité. Si un général agit ainsi, sa conduite ne différera pas de celle des plus vertueux personnages ; elle s'accommodera avec le Ciel et la Terre, dont les opérations tendent à la production et à la conservation des choses plutôt qu'à leur destruction.

Ces maximes une fois bien gravées dans votre cœur, je suis garant du succès. Je dis plus : la meilleure politique guerrière est de prendre un Etat intact ; une politique inférieure à celle-ci consisterait à le ruiner. Il vaut mieux que l'armée de l'ennemi soit faite prisonnière plutôt que détruite ; il importe davantage de prendre un bataillon intact que de l'anéantir. Eussiez-vous cent combats à livrer, cent victoires en seraient le fruit.

Cependant ne cherchez pas à dompter vos ennemis au prix des combats et des victoires ; car, s'il y a des cas où ce qui est au-dessus du bon n'est pas bon lui-même, cela en est ici un où plus on s'élève au-dessus du bon, plus on s'approche du pernicieux et du mauvais. Il faut plutôt subjuguer l'ennemi sans donner bataille : ce sera là le cas où plus vous vous élèverez au-dessus du bon, plus vous approcherez de l'incomparable et de l'excellent. Les grands généraux en viennent à bout en découvrant tous les artifices de l'ennemi, en faisant avorter tous ses projets, en semant la discorde parmi ses partisans, en les tenant toujours en haleine, en empêchant les secours étrangers qu'il pourrait recevoir, et en lui ôtant toutes les facilités qu'il pourrait avoir de se déterminer à quelque chose d'avantageux pour lui. 

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 Sun Tzu dit :

Il est d'une importance suprême dans la guerre d'attaquer la stratégie de l'ennemi. Celui qui excelle à résoudre les difficultés le fait avant qu'elles ne surviennent. Celui qui arrache le trophée avant que les craintes de son ennemi ne prennent forme excelle dans la conquête. Attaquez le plan de l'adversaire au moment où il naît. Puis rompez ses alliances. Puis attaquez son armée.

La pire des politiques consiste à attaquer les cités. N'y consentez que si aucune autre solution ne peut être mise à exécution. Il faut au moins trois mois pour préparer les chariots parés pour le combat, les armes nécessaires et l'équipement, et encore trois mois pour construire des talus le long des murs. Si vous êtes contraint de faire le siège d'une place et de la réduire, disposez de telle sorte vos chars, vos boucliers et toutes les machines nécessaires pour monter à l'assaut, que tout soit en bon état lorsqu'il sera temps de l'employer. Faites en sorte surtout que la reddition de la place ne soit pas prolongée au-delà de trois mois. Si, ce terme expiré, vous n'êtes pas encore venu à bout de vos fins, sûrement il y aura eu quelques fautes de votre part ; n'oubliez rien pour les réparer.

A la tête de vos troupes, redoublez vos efforts ; en allant à l'assaut, imitez la vigilance, l'activité, l'ardeur et l'opiniâtreté des fourmis. Je suppose que vous aurez fait auparavant les retranchements et les autres ouvrages nécessaires, que vous aurez élevé des redoutes pour découvrir ce qui se passe chez les assiégés, et que vous aurez paré à tous les inconvénients que votre prudence vous aura fait prévoir. Si, avec toutes ces précautions, il arrive que de trois parties de vos soldats vous ayez eu le malheur d'en perdre une, sans pouvoir être victorieux, soyez convaincu que vous n'avez pas bien attaqué. Un habile général ne se trouve jamais réduit à de telles extrémités ; sans donner des batailles, il sait l'art d'humilier ses ennemis ; sans répandre une goutte de sang, sans tirer même l'épée, il vient à bout de prendre des villes ; sans mettre les pieds dans les royaumes étrangers, il trouve le moyen de les conquérir sans opérations prolongées ; et sans perdre un temps considérable à la tête de ses troupes, il procure une gloire immortelle au prince qu'il sert, il assure le bonheur de ses compatriotes, et fait que l'Univers lui est redevable du repos et de la paix : tel est le but auquel tous ceux qui commandent les armées doivent tendre sans jamais se décourager.

Votre but demeure de vous saisir de l'empire alors qu'il est intact ; ainsi vos troupes ne seront pas épuisées et vos gains seront complets. Tel est l'art de la stratégie victorieuse. Il y a une infinité de situations différentes dans lesquelles vous pouvez vous trouver par rapport à l'ennemi. On ne saurait les prévoir toutes ; c'est pourquoi je n'entre pas dans un plus grand détail. Vos lumières et votre expérience vous suggéreront ce que vous aurez à faire, à mesure que les circonstances se présenteront.

Néanmoins, je vais vous donner quelques conseils généraux dont vous pourrez faire usage à l'occasion. Si vous êtes dix fois plus forts en nombre que ne l'est l'ennemi, environnez-le de toutes parts ; ne lui laissez aucun passage libre ; faites en sorte qu'il ne puisse ni s'évader pour aller camper ailleurs, ni recevoir le moindre secours. Si vous avez cinq fois plus de monde que lui, disposez tellement votre armée qu'elle puisse l'attaquer par quatre côtés à la fois, lorsqu'il en sera temps. Si l'ennemi est une fois moins fort que vous, contentez-vous de partager votre armée en deux. Mais si de part et d'autre il y a autant de monde, tout ce que vous pouvez faire c'est de hasarder le combat.

Si, au contraire, vous êtes moins fort que lui, soyez continuellement sur vos gardes, la plus petite faute serait de la dernière conséquence pour vous. Tâchez de vous mettre à l'abri, et évitez autant que vous le pourrez d'en venir aux mains avec lui ; la prudence et la fermeté d'un petit nombre de gens peuvent venir à bout de lasser et de dompter même une nombreuse armée.

Ainsi vous êtes à la fois capables de vous protéger et de remporter une victoire complète. Celui qui est à la tête des armées peut se regarder comme le soutien de l'Etat, et il l'est en effet. S'il est tel qu'il doit être, le royaume sera dans la prospérité ; si au contraire il n'a pas les qualités nécessaires pour remplir dignement le poste qu'il occupe, le royaume en souffrira infailliblement et se trouvera peut-être réduit à deux doigts de sa perte. Un général ne peut bien servir l'Etat que d'une façon, mais il peut lui porter un très grand préjudice de bien des manières différentes. Il faut beaucoup d'efforts et une conduite que la bravoure et la prudence accompagnent constamment pour pouvoir réussir : il ne faut qu'une faute pour tout perdre ; et, parmi les fautes qu'il peut faire, de combien de sortes n'y en a-t-il pas ?

S'il lève les troupes hors de saison, s'il les fait sortir lorsqu'il ne faut pas qu'elles sortent, s'il n'a pas une connaissance exacte des lieux où il doit les conduire, s'il leur fait faire des campements désavantageux, s'il les fatigue hors de propos, s'il les fait revenir sans nécessité, s'il ignore les besoins de ceux qui composent son armée, s'il ne sait pas le genre d'occupation auquel chacun d'eux s'exerçait auparavant, afin d'en tirer parti suivant leurs talents ; s'il ne connaît pas le fort et le faible de ses gens, s'il n'a pas lieu de compter sur leur fidélité, s'il ne fait pas observer la discipline dans toute la rigueur, s'il manque du talent de bien gouverner, s'il est irrésolu et s'il chancelle dans les occasions où il faut prendre tout à coup son parti, s'il ne fait pas dédommager à propos ses soldats lorsqu'ils auront eu à souffrir, s'il permet qu'ils soient vexés sans raison par leurs officiers, s'il ne sait pas empêcher les dissensions qui pourraient naître parmi les chefs ; un général qui tomberait dans ces fautes rendrait l'armée boiteuse et épuiserait d'hommes et de vivres le royaume, et deviendrait lui-même la honteuse victime de son incapacité.

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 Sun Tzu dit :

Dans le gouvernement des armées il y a sept maux :

  1.  Imposer des ordres pris en Cour selon le bon plaisir du prince.
  2.  Rendre les officiers perplexes en dépêchant des émissaires ignorant les affaires militaires.
  3.  Mêler les règlements propres à l'ordre civil et à l'ordre militaire.
  4.  Confondre la rigueur nécessaire au gouvernement de l'Etat, et la flexibilité que requiert le commandement des troupes.
  5. . Partager la responsabilité aux armées.
  6. . Faire naître la suspicion, qui engendre le trouble : une armée confuse conduit à la victoire de l'autre.
  7. . Attendre les ordres en toutes circonstances, c'est comme informer un supérieur que vous voulez éteindre le feu : avant que l'ordre ne vous parvienne, les cendres sont déjà froides ; pourtant il est dit dans le code que l'on doit en référer à l'inspecteur en ces matières ! Comme si, en bâtissant une maison sur le bord de la route, on prenait conseil de ceux qui passent ; le travail ne serait pas encore achevé !

Tel est mon enseignement : Nommer appartient au domaine réservé au souverain, décider de la bataille à celui du général. Un prince de caractère doit choisir l'homme qui convient, le revêtir de responsabilités et attendre les résultats.

 Pour être victorieux de ses ennemis, cinq circonstances sont nécessaires :

  1. Savoir quand il est à propos de combattre, et quand il convient de se retirer.
  2. Savoir employer le peu et le beaucoup suivant les circonstances.
  3.  Assortir habilement ses rangs. Mensius dit : "La saison appropriée n'est pas aussi importante que les avantages du sol ; et tout cela n'est pas aussi important que l'harmonie des relations humaines."
  4.  Celui qui, prudent, se prépare à affronter l'ennemi qui n'est pas encore ; celui-là même sera victorieux. Tirer prétexte de sa rusticité et ne pas prévoir est les plus grand des crimes ; être prêt en dehors de toute contingence est la plus grande des vertus.
  5. Etre à l'abri des ingérences du souverain dans tout ce qu'on peut tenter pour son service et la gloire de ses armes. C'est dans ces cinq matières que se trouve la voie de la victoire. Connais ton ennemi et connais-toi toi-même ; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux. Si tu ignores ton ennemi et que tu te connais toi-même, tes chances de perdre et de gagner seront égales. Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi-même, tu ne compteras tes combats que par tes défaites.

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 dans la disposition des moyens

 Sun Tzu dit :

Anciennement ceux qui étaient expérimentés dans l'art des combats se rendaient invincibles, attendaient que l'ennemi soit vulnérable et ne s'engageaient jamais dans des guerres qu'ils prévoyaient ne devoir pas finir avec avantage. Avant que de les entreprendre, ils étaient comme sûrs du succès. Si l'occasion d'aller contre l'ennemi n'était pas favorable, ils attendaient des temps plus heureux. Ils avaient pour principe que l'on ne pouvait être vaincu que par sa propre faute, et qu'on n'était jamais victorieux que par la faute des ennemis.

Se rendre invincible dépend de soi, rendre à coup sûr l'ennemi vulnérable dépend de lui-même. Etre instruit des moyens qui assurent la victoire n'est pas encore la remporter. Ainsi, les habiles généraux savaient d'abord ce qu'ils devaient craindre ou ce qu'ils avaient à espérer, et ils avançaient ou reculaient la campagne, ils donnaient bataille ou ils se retranchaient, suivant les lumières qu'ils avaient, tant sur l'état de leurs propres troupes que sur celui des troupes de l'ennemi. S'ils se croyaient plus forts, ils ne craignaient pas d'aller au combat et d'attaquer les premiers. S'ils voyaient au contraire qu'ils fussent plus faibles, ils se retranchaient et se tenaient sur la défensive. L'invincibilité se trouve dans la défense, la possibilité de victoire dans l'attaque. Celui qui se défend montre que sa force est inadéquate, celui qui attaque qu'elle est abondante. L'art de se tenir à propos sur la défensive ne le cède point à celui de combattre avec succès.

Les experts dans la défense doivent s'enfoncer jusqu'au centre de la Terre. Ceux, au contraire, qui veulent briller dans l'attaque doivent s'élever jusqu'au neuvième ciel. Pour se mettre en défense contre l'ennemi, il faut être caché dans le sein de la Terre, comme ces veines d'eau dont on ne sait pas la source, et dont on ne saurait trouver les sentiers. C'est ainsi que vous cacherez toutes vos démarches, et que vous serez impénétrable. Ceux qui combattent doivent s'élever jusqu'au neuvième ciel ; c'est-à-dire, il faut qu'ils combattent de telle sorte que l'Univers entier retentisse du bruit de leur gloire. Sa propre conservation est le but principal qu'on doit se proposer dans les deux cas. Savoir l'art de vaincre comme ceux qui ont fourni cette même carrière avec honneur, c'est précisément où vous devez tendre ; vouloir l'emporter sur tous, et chercher à raffiner dans les choses militaires, c'est risquer de ne pas égaler les grands maîtres, c'est s'exposer à rester même infiniment au-dessous d'eux, car c'est ici où ce qui est au-dessus du bon n'est pas bon lui-même. Remporter des victoires par le moyen des combats a été de tout temps par l'Univers entier regardé comme quelque chose de bon, mais j'ose vous le dire, c'est encore ici où ce qui est au-dessus du bon est souvent pire que le mauvais.

Prédire une victoire que l'homme ordinaire peut prévoir, et être appelé universellement expert, n'est pas le faîte de l'habileté guerrière. Car soulever le duvet des lapins en automne ne demande pas grande force ; il ne faut pas avoir les yeux bien pénétrants pour découvrir le soleil et la lune ; il ne faut pas avoir l'oreille bien délicate pour entendre le tonnerre lorsqu'il gronde avec fracas ; rien de plus naturel, rien de plus aisé, rien de plus simple que tout cela. Les habiles guerriers ne trouvent pas plus de difficultés dans les combats ; ils font en sorte de remporter la bataille après avoir créé les conditions appropriées. Ils ont tout prévu ; ils ont paré de leur part à toutes les éventualités. Ils savent la situation des ennemis, ils connaissent leurs forces, et n'ignorent point ce qu'ils peuvent faire et jusqu'où ils peuvent aller ; la victoire est une suite naturelle de leur savoir. Aussi, les victoires remportées par un maître dans l'art de la guerre ne lui rapportaient ni la réputation de sage, ni le mérite d'homme de valeur. Qu'une victoire soit obtenue avant que la situation ne se soit cristallisée, voilà ce que le commun ne comprend pas. C'est pourquoi l'auteur de la prise n'est pas revêtu de quelque réputation de sagacité.

Avant que la lame de son glaive ne soit recouverte de sang, l'Etat ennemi s'est déjà soumis. Si vous subjuguez votre ennemi sans livrer combat, ne vous estimez pas homme de valeur. Tels étaient nos Anciens : rien ne leur était plus aisé que de vaincre ; aussi ne croyaient-ils pas que les vains titres de vaillants, de héros, d'invincibles fussent un tribut d'éloges qu'ils eussent mérité. Ils n'attribuaient leur succès qu'au soin extrême qu'ils avaient eu d'éviter jusqu'à la plus petite faute. Eviter jusqu'à la plus petite faute veut dire que, quoi qu'il fasse, il s'assure la victoire ; il conquiert un ennemi qui a déjà subi la défaite ; dans les plans jamais un déplacement inutile, dans la stratégie jamais un pas de fait en vain.

Le commandant habile prend une position telle qu'il ne peut subir une défaite ; il ne manque aucune circonstance propre à lui garantir la maîtrise de son ennemi. Une armée victorieuse remporte l'avantage, avant d'avoir cherché la bataille ; une armée vouée à la défaite combat dans l'espoir de gagner.

Ceux qui sont zélés dans l'art de la guerre cultivent le Tao et préservent les régulations ; ils sont donc capables de formuler des politiques de victoire. Avant que d'en venir au combat, ils tâchaient d'humilier leurs ennemis, ils les mortifiaient, ils les fatiguaient de mille manières. Leurs propres camps étaient des lieux toujours à couvert de toute surprise, des lieux toujours impénétrables. Ces généraux croyaient que, pour vaincre, il fallait que les troupes demandassent le combat avec ardeur ; et ils étaient persuadés que, lorsque ces mêmes troupes demandaient la victoire avec empressement, il arrivait ordinairement qu'elles étaient vaincues. Ils ne veulent point dans les troupes une confiance trop aveugle, une confiance qui dégénère en présomption. Les troupes qui demandent la victoire sont des troupes ou amollies par la paresse, ou timides, ou présomptueuses. Des troupes au contraire qui, sans penser à la victoire, demandent le combat, sont des troupes endurcies au travail, des troupes vraiment aguerries, des troupes toujours sûres de vaincre. C'est ainsi que d'un ton assuré ils osaient prévoir les triomphes ou les défaites, avant même que d'avoir fait un pas pour s'assurer des uns ou pour se préserver des autres.

Maintenant, voici les cinq éléments de l'art de la guerre :

  1. La mesure de l'espace.
  2. L'estimation des quantités. I
  3. Les règles de calcul.
  4. Les comparaisons.
  5. Les chances de victoire.

Les mesures de l'espace sont dérivées du terrain ; les quantités dérivent de la mesure ; les chiffres émanent des quantités ; les comparaisons découlent des chiffres ; et la victoire est le fruit des comparaisons.

C'est par la disposition des forces qu'un général victorieux est capable de mener son peuple au combat, telles les eaux contenues qui, soudain relâchées, plongent dans un abîme sans fond. Vous donc, qui êtes à la tête des armées, n'oubliez rien pour vous rendre digne de l'emploi que vous exercez. Jetez les yeux sur les mesures qui contiennent les quantités, et sur celles qui déterminent les dimensions : rappelez-vous les règles de calcul ; considérez les effets de la balance ; la victoire n'est que le fruit d'une supputation exacte. Les considérations sur les différentes mesures vous conduiront à la connaissance de ce que la terre peut offrir d'utile pour vous ; vous saurez ce qu'elle produit, et vous profiterez toujours de ses dons ; vous n'ignorerez point les différentes routes qu'il faudra tenir pour arriver sûrement au terme que vous vous serez proposé.

Par le calcul, estimez si l'ennemi peut être attaqué, et c'est seulement après cela que la population doit être mobilisée et les troupes levées ; apprenez à distribuer toujours à propos les munitions de guerre et de bouche, à ne jamais donner dans les excès du trop ou du trop peu.

Enfin, si vous rappelez dans votre esprit les victoires qui ont été remportées en différents temps, et toutes les circonstances qui les ont accompagnées, vous n'ignorerez point les divers usages qu'on en aura faits, et vous saurez quels sont les avantages qu'elles ont procurés, ou quels sont les préjudices qu'elles auront portés aux vainqueurs eux-mêmes.

Un Y surpasse un Tchou. Dans les plateaux d'une balance, le Y l'emporte sur le Tchou. Soyez à vos ennemis ce que le Y est au Tchou. Après un premier avantage, n'allez pas vous endormir ou vouloir donner à vos troupes un repos hors de saison. Poussez votre pointe avec la même rapidité qu'un torrent qui se précipiterait de mille toises de haut. Que votre ennemi n'ait pas le temps de se reconnaître, et ne pensez à recueillir les fruits de votre victoire que lorsque sa défaite entière vous aura mis en état de le faire sûrement, avec loisir et tranquillité.

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Sun tzu dit :

Généralement, le commandement du grand nombre est le même que pour le petit nombre, ce n'est qu'une question d'organisation. Contrôler le grand et le petit nombre n'est qu'une seule et même chose, ce n'est qu'une question de formation et de transmission des signaux. Ayez les noms de tous les officiers tant généraux que subalternes ; inscrivez-les dans un catalogue à part, avec la note des talents et de la capacité de chacun d'eux, afin de pouvoir les employer avec avantage lorsque l'occasion en sera venue. Faites en sorte que tous ceux que vous devez commander soient persuadés que votre principale attention est de les préserver de tout dommage.

Les troupes que vous ferez avancer contre l'ennemi doivent être comme des pierres que vous lanceriez contre les oeufs. De vous à l'ennemi, il ne doit y avoir d'autre différence que celle du fort au faible, du vide au plein. La certitude de soutenir l'attaque de l'ennemi sans subir une défaite est fonction de la combinaison entre l'utilisation directe et indirecte des forces. (Directe : fixer et distraire. Indirecte : rompre là où le coup n'est pas anticipé)

Usez généralement des forces directes pour engager la bataille, et des forces indirectes pour emporter la décision.

Les ressources de ceux qui sont habiles dans l'utilisation des forces indirectes sont aussi infinies que celles des Cieux et de la Terre, et aussi inépuisables que le cours des grandes rivières. Attaquez à découvert, mais soyez vainqueur en secret. Voilà en peu de mots en quoi consiste l'habileté et toute la perfection même du gouvernement des troupes. Le grand jour et les ténèbres, l'apparent et le secret; voilà tout l'art. Ceux qui le possèdent sont comparables au Ciel et à la Terre, dont les mouvements ne sont jamais sans effet : ils ressemblent aux fleuves et aux mers dont les eaux ne sauraient tarir. Fussent-ils plongés dans les ténèbres de la mort, ils peuvent revenir à la vie; comme le soleil et la lune, ils ont le temps où il faut se montrer, et celui où il faut disparaître; comme les quatre saisons, ils ont les variétés qui leur conviennent; comme les cinq tons de la musique, comme les cinq couleurs, comme les cinq goûts, ils peuvent aller à l'infini.

Car qui n'a jamais entendu tous les airs qui peuvent résulter de la différente combinaison des tons ?

Qui n'a jamais vu tout ce que peuvent présenter les couleurs différemment nuancées ?

Qui n'a jamais savouré tout ce que les goûts différemment tempérés peuvent offrir d'agréable ou de piquant ?

On n'assigne cependant que cinq couleurs et cinq sortes de goûts.

Dans l'art militaire, et dans le bon gouvernement des troupes, il n'y a certes que deux sortes de forces; leurs combinaisons étant sans limites, personne ne peut toutes les comprendre. Ces forces sont mutuellement productives et agissent entre elles. Ce serait dans la pratique une chaîne d'opérations dont on ne saurait voir le but, tels ces anneaux multiples et entremêlés qu'il faut assembler pour former un annulaire, c'est comme une roue en mouvement qui n'a ni commencement ni fin.

Dans l'art militaire, chaque opération particulière a des parties qui demandent le grand jour, et des parties qui veulent les ténèbres du secret. Vouloir les assigner, cela ne se peut; les circonstances peuvent seules les faire connaître et les déterminer. On oppose les plus grands quartiers de rochers à des eaux rapides dont on veut resserrer le lit : on n'emploie que des filets faibles et déliés pour prendre les petits oiseaux. Cependant, le fleuve rompt quelquefois ses digues après les avoir minées peu à peu, et les oiseaux viennent à bout de briser les chaînes qui les retiennent, à force de se débattre. C'est par son élan que l'eau des torrents se heurte contre les rochers; c'est sur la mesure de la distance que se règle le faucon pour briser le corps de sa proie. Ceux-là possèdent véritablement l'art de bien gouverner les troupes, qui ont su et qui savent rendre leur puissance formidable, qui ont acquis une autorité sans borne, qui ne se laissent abattue par aucun événement, quelque fâcheux qu'il puisse être; qui ne font rien avec précipitation; qui se conduisent, lors même qu'ils sont surpris, avec le sang-froid qu'ils ont ordinairement dans les actions méditées et dans les cas prévus longtemps auparavant, et qui agissent toujours dans tout ce qu'ils font avec cette promptitude qui n'est guère que le fruit de l'habileté, jointe à une longue expérience. Ainsi l'élan de celui qui est habile dans l'art de la guerre est irrésistible, et son attaque est réglée avec précision. Le potentiel de ces sortes de guerriers est comme celui de ces grands arcs totalement bandés, tout plie sous leurs coups, tout est renversé. Tel qu'un globe qui présente une égalité parfaite entre tous les points de sa surface, ils sont également forts partout; partout leur résistance est la même. Dans le fort de la mêlée et d'un désordre apparent, ils savent garder un ordre que rien ne saurait interrompre, ils font naître la force du sein même de la faiblesse, ils font sortir le courage et la valeur du milieu de la poltronnerie et de la pusillanimité. Mais savoir garder un ordre merveilleux au milieu même du désordre, cela ne se peut sans avoir fait auparavant de profondes réflexions sur tous les événements qui peuvent arriver.

Faire naître la force du sein même de la faiblesse, cela n'appartient qu'à ceux qui ont une puissance absolue et une autorité sans bornes (par le mot de puissance il ne faut pas entendre ici domination, mais cette faculté qui fait qu'on peut réduire en acte tout ce qu'on se propose). Savoir faire sortir le courage et la valeur du milieu de la poltronnerie et de la pusillanimité, c'est être héros soi-même, c'est être plus que héros, c'est être au-dessus des plus intrépides. Un commandant habile recherche la victoire dans la situation et ne l'exige pas de ses subordonnés.

Quelque grand, quelque merveilleux que tout cela paraisse, j'exige cependant quelque chose de plus encore des ceux qui gouvernent les troupes : c'est l'art de faire mouvoir à son gré les ennemis. Ceux qui le possèdent, cet art admirable, disposent de la contenance de leurs gens et de l'armée qu'ils commandent, de telle sorte qu'ils font venir l'ennemi toutes les fois qu'ils le jugent à propos; ils savent faire des libéralités quand il convient, ils en font même à ceux qu'ils veulent vaincre : ils donnent à l'ennemi et l'ennemi reçoit, ils lui abandonnent et il vient prendre. Ils sont prêts à tout; ils profitent de toutes les circonstances; toujours méfiants ils font surveiller les subordonnés qu'ils emploient et, se méfiant d'eux-mêmes, ils ne négligent aucun moyen qui puisse leur être utile. Ils regardent les hommes, contre lesquels ils doivent combattre, comme des pierres ou des pièces de bois qu'ils se seraient chargés de faire rouler de haut en bas. La pierre et le bois n'ont aucun mouvement de leur nature; s'ils sont une fois en repos, ils n'en sortent pas d'eux-mêmes, mais ils suivent le mouvement qu'on leur imprime; s'ils sont carrés, ils s'arrêtent d'abord; s'ils sont ronds, ils roulent jusqu'à ce qu'ils trouvent une résistance plus forte que la force qui leur était imprimée.

Faire en sorte que l'ennemi soit entre vos mains comme une pierre de figure ronde, que vous auriez à faire rouler d'une montagne qui aurait mille toises de haut : la force qui lui est imprimée est minime, les résultats sont énormes. C'est en cela qu'on reconnaîtra que vous avez de la puissance et de l'autorité.


Description : http://gctm.free.fr/images/bushido/jptsuba2.gif        Quelques réflexions du maître Description : http://gctm.free.fr/images/bushido/jptsuba2.gif

Sun Tzu " Que l'ennemi ne sache jamais comment vous avez l'intention de le combattre, ni la manière dont vous vous disposez à l'attaquer ou à vous défendre. Dans son ignorance, il multiplie les préparatifs, tâchera de se rendre fort partout, divisera ses forces: ce qui occasionnera sa perte. "

" Et tout comme l'eau modèle ses flots en accord avec le sol, l'armée obtient la victoire en accord avec la situation de l'ennemi. Et tout comme l'eau n'a pas une forme immuable, il n'y a pas, à la guerre, de conditions immuables. "

" C'est d'après les formes que j'établis les plans qui mènent à la victoire, mais ceci échappe au commun des mortels. Bien que chacun ait des yeux pour saisir les apparences, nul ne comprend comment j'ai créé la victoire. C'est pourquoi, lorsque j'ai remporté une victoire, je n'utilise pas une seconde fois la même tactique mais, pour répondre aux circonstances, je varie ma manière à l’ infini. Or, une armée peut être comparée exactement à de l'eau car, de même que le flot qui coule évite les hauteurs et se presse vers les terrasses basses, de même que l'armée évite la force et frappe la faiblesse. Et, de même que l'eau n'a pas de forme stable, il n'existe pas dans la guerre, de conditions permanentes. En conséquence, celui qui sait remporter la victoire en modifiant sa tactique selon la situation de l'ennemi mérite de passer pour un divin. "

" Il suffit d'estimer correctement la situation de l'ennemi et de concentrer vos forces pour vous emparer de lui. Un point, c'est tout. Celui qui manque de prévoyance et sous-estime son ennemi sera certainement pris par lui. "

" Celui qui connaît son ennemi et se connaît lui-même mènera cent combats sans risque. "

" C'est pourquoi il est dit qu'il est possible de savoir comment vaincre, mais sans nécessairement vaincre pour autant. "

"Si vous connaissez vos ennemis et que vous vous connaissez vous-même, mille batailles ne pourront venir à bout de vous. Si vous ne connaissez pas vos ennemis mais que vous vous connaissez vous-même, vous en perdrez une sur deux. Si vous ne connaissez ni votre ennemi ni vous-même, chacune sera un grand danger."

Sun Tzu, L'art de la guerre

Shogun: Total War se déroule durant la période Sengoku (des "provinces en guerre") de l'histoire du Japon. Ceci, à moins que vous ne soyez un historien spécialiste du Japon, ne doit pas signifier grand chose pour vous ! Mais, lorsque vous aurez terminé la lecture de ce manuel et que vous utiliserez le jeu, vous comprendrez que cette période est l'une des plus dramatiques et des plus passionnantes qu'ait connu le Japon. En fait, c'est la période la plus dramatique et la plus passionnante de l'histoire du monde !

"N’agissez qu’après vous êtes posé toutes les questions. Celui qui connaît le prix des choses l’emporte. Telle est la loi des combats armés."

Sun Tzu, L'art de la guerre

 Pendant un peu plus de 100 ans, des armées de guerriers samouraï se sont affrontées pour prendre le contrôle du Japon. A la tête de chacune d'entre-elles se trouvait un daimyo, puissant seigneur de guerre. Certains daimyo étaient de véritables héros. D'autres, n'étaient que des monstres ! Tous étaient extrêmement ambitieux, et vous êtes sur le point de les rejoindre pour mener, à leurs côtés, ce combat épique pour le pouvoir. La récompense ultime est le titre de Shogun, chef militaire du Japon. Le prix de l'échec est la mort, pour vous et ceux de votre clan !

"Comprendre que la victoire est acquise quand c'est une évidence pour tous ne requiert aucun talent véritable... Inutile d'être fort pour soulever un cheveu, inutile d'avoir de bons yeux pour voir le soleil et la lune, inutile d'avoir l'ouïe fine pour entendre le tonnerre."

Sun Tzu, L'art de la guerre

 Histoire et guerre ne sont jamais un hasard. Vous comprendrez bien mieux le jeu si vous lisez ce manuel, au moins en partie. Inutile de se souvenir de tout (il n'y aura pas d'examen à la fin, c'est promis), mais si vous savez pourquoi le daimyo A déteste le daimyo B mais est disposé à conclure un accord avec le clan C, le jeu sera encore plus amusant. Au moins, vous y apprendrez qui sont tous ces gens, et qui sait, peut-être cela vous aidera-t-il à gagner Shogun: Total War !

"Ceux qui savent quand se battre et quand s’abstenir sont toujours victorieux."

— Sun Tzu, L'art de la guerre

Le jeu a été conçu et programmé pour penser comme un daimyo et suivre les préceptes de Sun Tzu. Si vous faites de même et suivez ses principes de guerre, vous triompherez et deviendrez le nouveau Shogun !

"Si vous êtes encerclé, complotez. Si vous êtes condamné, luttez."

Sun Tzu, L'art de la guerre

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ANNEXE 16

L'IMPROBABILITE NE SE LIMITE PAS AU 11 SEPTEMBRE 2001

L'Europe, à peu de chose près, c’est à l'euro. C'est rassurant d'un point de vue de nos relations (de paiement) qui s'en trouvent substantiellement améliorées.

Elle se construit, lentement, et les politiques se satisfont de construire une Europe en paix et une Europe de paix. Le spectre de la guerre, semble-t-il, recule entre les nations de l'Ancien Monde. Pourtant, c'est une vue de l'esprit, bien fragile, car rien semble-t-il, n'est véritablement sûr. Jouons un instant les Cassandres.

Imaginons, dans un futur proche, une Europe fédérale déjà bien formée. Nos amis Wallons et Flamands ont hérité chacun d'un parlement, certainement les deux plus beaux bâtiments européens, la Belgique étant devenue une plaque tournante de l'économie européenne.

Un petit point de discorde amuse pourtant les journaux européens, le village de Bergzoom-lès‑Frites qui est au cœur d'une guerre (pour le moment verbale) entre les deux parlements. Dans ce petit village où l'on parle Flamand à 60 %, les Wallons ont demandé leur rattachement au parlement de la province de Wallonie, ce qui n'est pas du goût de la majorité. On veut même emmener l'affaire devant la Cour européenne des Droits de l'Homme, légitimant l'action comme une défense de la liberté de vivre là où on l'entend au sein de la communauté.

Le tribunal a été saisi voilà deux ans et instruit toujours le dossier. L'enjeu est de taille. Le village est réputé pour sa bière qui fait boire toute l'ex-Belgique et fait vivre tout le village, surtout les Flamands disent les Wallons.

Et puis, un jour, une étincelle met le feu aux poudres, une maison wallonne est incendiée par le groupe autonomiste Rastapopoulos, tous les résidents périssent. La police flamande n'est pas intervenue (c'est ce que semble montrer les images de la télévision wallonne), pire les journaux wallons accusent le parlement flamand d'avoir dépêché une commission d'enquête qui ne révèle aucune faute de la part de la police. La population s'en émeut, d'autres maisons brûlent, le mal est fait et la haine s'est installée. L'ex-Belgique se balkanise. Ça se passe au pays de Tintin.

Cet exemple n'est qu'une anticipation très critiquable, mais le sens de mon propos est d'avancer deux remarques qui débouchent sur un constat et une proposition.

D'abord, en regardant l'histoire de nos pays, force est de constater que les traités et alliances ont été souvent remis en cause, servant même à l'occasion de casus belli.

Dans cette optique, rien ne s'oppose à ce qu'un pays claque la porte dans un processus de fédéralisation de l'Europe. Que seront les conséquences d'une véritable sécession ?

En se formant, l'Europe se donne de nouveaux prétextes à la guerre entre ses membres.

D'autre part, à bien y regarder, si la peur s'est installée aux portes de l'Europe (les Balkans), la mort frappe ou peut frapper partout en Europe (aujourd'hui Irlande, Espagne, Corse, mais demain ?).

- En fondant les pays, l'Europe se donne de nouvelles raisons de « terrorisme indigène ».

En découle le nationalisme qui n'est pas ringard et ne sommeille pas. Il est là, s'exprime sous différentes formes et peut mettre à l'index qui une politique, qui une catégorie d'homme, portant les déboires d'une société qui veut rester isolée (Autriche, ex-Allemagne de l'est). Attention au national-socialisme édulcoré !

- En supprimant ses frontières, les nationalismes puisent dans l'histoire pour en trouver d'autres afin d'asseoir leur légitimité. L'Europe géographique accroît les risques de surenchères d'autonomisme (c'est le cas de Bergzoom-lès-Frites).

Point commun à ces remarques : la Communauté Européenne possède, peut-être plus que jamais dans son histoire, les arguments de véritables conflits civils.

Le constat est le suivant :

Ce qui aujourd'hui paraît invraisemblable doit être considéré comme un élément à part entière de la réflexion. Il faut s'attacher, plus que jamais, à s'interroger sur l'improbable.

Et pour réduire l'improbable, il faut s'assurer l'avenir.

La solution incontournable, le pilier de la défense commune, c'est l'esprit de défense européen. Le chauvinisme a vécu. Construire l'Europe avec du scepticisme produira toujours moins qu'une volonté d'unir enfin les efforts.

Un territoire européen, une société européenne, une économie européenne ne peuvent se défendre qu'avec une armée européenne et non avec un agrégat militaire levé par les nécessités de la circonstance,

POUR UN ESPRIT DE DEFENSE EUROPEEN

L'Europe est arrivée à un point de non-retour. Toute oeuvre européenne doit s'assurer d'un esprit cohérent.

Trois problèmes majeurs s'opposent à la diffusion de l'esprit de défense

1 ‑ L'esprit de défense ne se manifeste qu'au moment critique. Tout danger n'est apprécié que superficiellement. Les centres d'intérêts ne vont pas naturellement vers une anticipation des menaces collectives mais tout au plus se dirigent vers l'individu et son « petit monde », c'est un phénomène naturel et compréhensible.

L'Europe est vaste. Embrassée du regard, elle n'est qu'une mosaïque de peuples. Pour comparaison, c'est demander à un paysan berrichon du XIIème siècle de défendre le royaume de France.

2 ‑ L'esprit de défense ne peut pas être entretenu dans le confort, le sûr, le probable.

Les évènements récents nous ont montré que rien n'est sûr. Pourtant, la plaie semble déjà se cicatriser. Les images américaines nous montrent des Afghans aux abois, une police américaine présente partout dans le monde, des méchants menacés (de la Maison Blanche). L'opinion publique s'est faite aux images, à savoir que le pire est arrivé, tout le reste (le probable) ne sera qu'un écho sismique au « tremblement de monde » du 11 septembre. Aujourd'hui, la défense du territoire n'est pas un thème de campagne présidentielle. Or, c'est l'occasion de mettre « les pieds dans le plat » ‑ la défense ne peut pas se satisfaire des seules mesures sociales d'apaisement de la gendarmerie.

3 ‑ La non-instruction de la population :

Il faut dès aujourd'hui instruire la population sur les enjeux européens, en commençant par les jeunes. Cette instruction devrait être commencée depuis longtemps, car on ne construit pas un si vaste édifice sans faire participer ceux qui le composent et le font vivre. Les institutions européennes qui sont au cœur des décisions des nations membres sont absolument inconnues des européens. L'apprentissage des langues ne suffit pas. L'instruction civique doit s'étendre (se créer et s'imposer) sur le thème de l'Europe, car une méconnaissance des institutions amène tôt ou tard à un rejet de la chose européenne, Cette méconnaissance est le substrat de l'idéologie à « deux sous », de la démagogie et du nationalisme. A contrario, cette instruction doit éviter de sombrer dans une systématisation du propos social comme l'est aujourd'hui l'enseignement de la chose civique.

Dans ce contexte, il est bien difficile de cultiver un esprit de défense, surtout européen. Mais n'en est perdu, là encore l'histoire est un repère.

Le siècle des Lumières a produit énormément de bouleversements, mais à bien y regarder, les idées de ce siècle sont balisées par une volonté commune : la certitude de travailler pour les générations suivantes. Rien de ce qui est construit, pensé, arpenté, ... n'est réalisé sans le soucis d'être utilisable par les successeurs, pour leur bien. C'est un siècle de collections et de synthèses, un but commun jusque dans les plus grands voyages. Au XVIIIème siècle, l'humanisme s'exprime et se projette dans l'avenir. Je ne peux pas concevoir que la guillotine ait plus de vertu que l'encyclopédie.

Aujourd'hui, l'homme n'exprime qu'une volonté personnelle, un individualisme facile et facilité par la consommation du tout et tout de suite. Le temps qui était une valeur ne l'est plus aujourd'hui.

L'esprit de défense, à mon avis, doit trouver ses racines dans ce dernier argument ‑ défendre son prochain et défendre ce qui doit traverser le temps, l'héritage que l'on transmet car on invente peu dans une vie. Ce sont là des choses qui n'ont pas de valeur marchande. L'instruction des hommes doit se faire dans un esprit de transmission, dans le respect du travail de nos prédécesseurs ; ce temps que l'on passe à donner et à transmettre, C'est le début du don de soi.

L'esprit de défense n'est alors plus très loin.

Charles de Gaulle écrivait : « Grandir sa force à la mesure de ses desseins, ne pas attendre du hasard, ni des formules, ce qu’on néglige de préparer, proportionner l'enjeu et les moyens : l'action des peuples, comme celle des individus, est soumise à ces froides règles. Mais, pourquoi faut-il qu'on ne les voie bien qu'à travers les larmes des vaincus ?».

Olivier Jarraud 36

24 février 2002

ANNEXE 17

Résumé de l'intervention de Louis des Monstiers devant ses amis auditeurs de l’IHEDN à Châteauroux le 12 février 2002. Exposé de l'ouvrage ci-dessous mentionné

Gérard-François Dumont (Sous la direction de):

Les racines de l'identité européenne, Paris, 1999, 395 p. Economica. Préface de J.M Gil-Robles y Gil-Delgado, Président du Parlement Européen

Les racines de l'identité européenne

La question de l'identité européenne est somme toute assez récente, elle ne se posait pas dans les mêmes termes qu'aujourd'hui, même au lendemain de la seconde guerre mondiale. Alors, tous étaient unanimes pour se réunir autour de valeurs opposées aux totalitarismes, nazisme bien sûr, mais aussi communisme.

En 1989, tombe le rideau de fer. Or, aucune « vraie peur collective de remplacement » ne se fait jour. L'Europe est même incapable de trouver une solution au conflit yougoslave. Le doute sur l'identité européenne apparaît, car désormais, sa question se pose bel et bien.

Une introduction sur la notion d'Europe et d'identité sera le préalable à un petit tour géographico-historique des principaux pays de l'Union, dotés chacun de leur identité propre. Une identité européenne peut-elle en être extraite ? Gérard-François Dumont propose des « points de repères » de l'identité européenne, qui pourraient servir à chacun pour bâtir, dans l'avenir, une union forte et solidement enracinée.

Identité européenne : quelle géographie ?

Le mot « Europe », dans la mythologie, viendrait du grec Eurus (large) et Ops (regard). C'est aussi le nom d'une jeune fille enlevée au Moyen-Orient par Zeus déguisé en taureau : fécondité, amour, alliance avec Dieu, voilà des ingrédients certainement fondateurs de vraies valeurs identitaires.

Beaucoup plus tard, le pape Pie XII évoquait une « Europe, résultat de valeurs spirituelles et civiles fondées sur la dignité humaine » et Rousseau, avant lui, avait foi dans une « religion sociale », légitimité d'un ordre constitutionnel ancré sur la démocratie, le renoncement à la violence, les droits de l'homme, la responsabilité. Et de nos jours, sur l'économie de marché.

D'innombrables auteurs pourraient être cités en plus ou à la place de ceux-ci.

Or, ces valeurs, dans quel espace, précis ou non, peut-on s'imaginer les voir, nous réunir ?

A l'Ouest, les frontières de l'Europe sont-elles si évidentes ?

La mer, frontière mouvante (physiquement et, souvent, juridiquement) est-elle un repère absolu ? De par son « appel à une dimension coloniale », ne projette-elle pas très loin les limites de l'identité européenne ?

Quant à l'Est, G-F Dumont montre bien que l'Oural n'est pas une frontière suffisante physiquement, ni naturelle, ni politique. « De l'Atlantique à l'Oural », ce raccourci, est trop commode. Des villes de Sibérie, rappelle H.Mendras, sont d'ailleurs plus européennes que Kiev ou Nijni-Novgorod ! Le Caucase lui-même est-il une frontière de l'identité européenne ?

Marche orientale du Saint-Empire, l'Autriche est un territoire multiculturel depuis to jours. Elle a vécu les pressions pangermanistes, bien plus, comme une contrainte que comme un avantage. En 1955, son indépendance retrouvée, autour d'une neutralité « librement décidée », est le gage de sa « vocation à l'universel ». Comme l'écrit M.Rilke, « l'Autrichien n'a pas de patrie, ce qui n'est pas une privation, mais une garantie contre les excès de nationalisme ».

Espagne et Portugal ont très tôt été tournés vers l'océan et l'Amérique. Dans les années 70, toutes deux font le choix délibéré de l'Europe pour se sortir de leur retard économique et institutionnel. Les choses se font « en douceur », aboutissant à un régime original et à plusieurs vitesses garantissant l'autonomie des provinces. Ces deux pays connaissent, depuis leur adhésion, une véritable « boulimie de l'Europe ».

Ah ! Le cher voisin qu'est l'Angleterre ! Comme l'a dit J. Monnet en 1956, « les Anglais nous rejoindront quand ils sauront que le système marche : pour les convaincre, réussissons ! » Voilà toute l'ambiguïté britannique résumée. Depuis 1558 et la perte de Calais, l'anglais semble tourner le dos au continent. Il n'y fait la guerre (militaire) que pour se garantir contre l'influence trop grande de voisins trop puissants. Mais sa conquête économique est vaillante ! Pragmatisme, tel semble être le mot juste. L'Angleterre est d'ailleurs à l'origine, dans la CEE, du principe de subsidiarité (l'un des fondements du Traité de Rome), garde-fou principal des Etats membres à l'encontre des excès de Bruxelles.

Italie, Belgique, Pays-Bas, Irlande, Finlande et d'autres sont bien sûr approchés dans le livre. Chaque chapitre se dévore. Un mot quand même, pour conclure ce paragraphe, d'un chapitre original sur les territoires transalpins. Sorte d'Europe en miniature avant la lettre, cette terre de Guillaume Tell, celui « des Alpes » comme il y eut « les Allemagnes » fut à la fois très isolée et attirée vers les villes périphériques. Guillaume Tell, héros romantique, incarne la démocratie, l'esprit d'indépendance, la liberté personnelle. Il cristallise la « réunion de pratiques » alpines, contre les influences extérieures par trop hégémoniques. Sur sa terre règne la subsidiarité, en même temps que l'adhésion à une « identité alpine ». Serait-ce le modèle de l'identité européenne tant recherchée ?

L'identité nationale, garante de l'identité européenne, et vice-versa

Permettons un syllogisme : « L'union Européenne respecte les identités nationales ; les Etats respectent les identités locales ; donc, l'Union Européenne respecte les identités locales ». L'identité européenne est donc plurielle, ou n'est pas.

Le plurilinguisme, une grande chance

L'enseignement et la pratique de chacune des langues de l'Union sont les garants de la connaissance des identités. Les langues doivent être possédées riches et « pures », non pas comme le « basic english » de la vie professionnelle, sorte de raccourci et de magma toujours plus pauvre et démembré. Mais l’anglais est la langue courante de l’Europe.

Un apprentissage nécessaire

L'identité européenne n'est pas innée : il faut donc se l'approprier.

Nécessité d'un système institutionnel

Garde-fou contre les régimes autoritaires ou trop unitaires, il doit être une synergie entre jacobinisme européen et jacobinisme régional. Efficacité et proximité dans les projets doivent être l'un de ses principes essentiels.

Une identité qui ne doit pas seulement se dire, mais se vivre

Défendons ce qui nous unit. Toutes les identités ayant des substrats communs, aux nombreuses et précieuses racines, l'identité européenne peut désormais se vivre effectivement.

En guise de conclusion

« L'Europe n'est pas une notion fixe, un objet borné, mais une notion variable » a dit R.Brague.

Certes, de réelles inquiétudes demeurent, comme le coût de l'élargissement, le vieillissement démographique, l'immigration mal digérée. Mais comme l'a dit P. Pfimlin en 1991, « L'Europe a besoin d'un supplément d'âme pour dépasser ses égoïsmes. Son unité future sera essentiellement de l'ordre de l'esprit ».

Et G-F Dumont de terminer ainsi: « Dans sa Métaphysique, Aristote proposait deux acceptations à l'identité : l'unité d'un seul être, et l'unité d'une multiplicité d'êtres. S'inspirant de cette distinction, on peut penser que l'identité européenne fusionne ses valeurs idéales et homogènes et ses divers apports culturels ‑ liberté, égalité, créativité, séparation des pouvoirs. Elle couronne le génie des différents peuples européens, dont l'identité s'abreuve à des sources communes, fraîches d'avenir ».


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