2001 : Génétique et Défense

Génétique et Défense
2000 – 2001

 

AA IHEDN
Région Centre

Rapporteur :Edmond-Louis SIMONEAU 77, rue Nationale 41700 CHEMERY  02 54 71 80 36


 

Sommaire :

Introduction

1. La génétique : intérêts et risques

2. Intérêts ou craintes de la Génétique

3. Vigilance et défense

4. Conclusion


GENETIQUE & DEFENSE
"Sapience n’entre point en âme malivole, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme."
Rabelais - Pantagruel, chapitre VIII.cf Annexe 01

 

Introduction


A l’aube de ce XXI° siècle, la génétique est sortie de l’ombre des laboratoires de recherche universitaire pour entrer avec fracas dans les industries de biotechnologies, bouleversant toute notre approche de l’être humain, de son alimentation et de bien d’autres domaines technologiques. Ces biotechnologies marquent un saut technique et philosophique très important par rapport aux mutations génétiques apparues dans les espèces vivantes au cours de son évolution et par rapport aux techniques traditionnelles d’amélioration des races par croisements. Les biotechnologies accélèrent non seulement ce processus naturel, mais le gène devenant une simple matière première, il est possible de le recombiner entre espèces totalement différentes ouvrant un champ d’application impressionnant.

Cette révolution technologique et ce nouveau pouvoir de refaçonner la nature remettent en cause notre propre identité et deviennent une menace.

Les enjeux éthiques et économiques qui découlent de cette utilisation du génie génique constituent maintenant un facteur de puissance pour les états.
Pour maîtriser cette explosion technologique aux conséquences infinies, le temps nous est compté, de même que les moyens qui tendent à l'universalité.
De nouvelles conceptions de gestion et de contrôle sont à inventer. Le monde semble dépassé par cette révolution biologique avec toutes ses implications économiques, financières et politiques. La Génétique c'est un vaste domaine qui doit être pris en compte dans la défense pour éviter menaces et agressions.

1 LA GENETIQUE : Intérêts et risques

1.1 Bases théoriques de la Génétique (voir également annexe 2 & 3)
Nous ne rentrerons pas dans les détails techniques de la génétique. Sachons qu’au sein du noyau cellulaire existe une structure qui contient toute l’information nécessaire au développement et à la vie d’un organisme vivant. Il s’agit de l’ADN, cette fameuse double hélice découverte dans les années cinquante par Watson et Crick. Sur cette structure s’enchaînent 4 bases, les nucléotides, dont les différentes séquences forment des gènes, regroupés en différents chromosomes. Chaque gène est en fait le code d’une protéine donnée, d’un caractère spécifique de l’individu. Et il y en a des millions.  

L’ADN est comme un programme informatique, un logiciel d’ordinateur. Pour la fabrication des protéines les chaînes d’ADN s’écartent un peu, permettant la transcription du code sur une structure intermédiaire, l’ARN, à partir duquel vont se former les protéines.
Les cellules peuvent naturellement se cloner, se multiplier, les deux branches de l’ADN s’ouvrant, ce qui permet de synthétiser en miroir deux autres branches d’ADN et ainsi de créer une nouvelle cellule. C’est le principe de reproduction par scissiparité des organismes unicellulaires asexués.

En revanche, pour la reproduction des êtres vivants sexués, chaque parent apporte la moitié du patrimoine génétique du futur être vivant. En fait les cellules germinales (ovules et spermatozoïdes chez les mammifères) ne contiennent que la moitié des chromosomes de l’individu, c’est à dire la moitié de l’ADN, et donc la moitié des gènes. En se fusionnant lors de la fécondation, ils forment la première cellule complète du futur embryon. Cette cellule est totipotente, puisque au fur et à mesure de ses divisions, en suivant le code génétique, elle va pouvoir créer les différents tissus, les tissus nerveux, la peau, les différents organes...

Au cours de ces divisions cellulaires, il peut y avoir des accidents et certains enchaînements de nucléotides peuvent être perturbés, ce qui peut se produire spontanément ou sous l’influence d’agents extérieurs. Ce sont des mutations génétiques. Certaines sont très négatives, comme celles qui conduisent au cancer, ou, aux maladies génétiques comme les myopathies, d’autres sont positives, quand, par le jeu de la sélection naturelle au cours de l’évolution, les êtres vivants développent des gènes leur permettant d’être mieux adaptés à leur environnement.. ( voir Annexe 4 )
Les manipulations génétiques se proposent de créer et de contrôler des mutations génétiques. Elles couvrent plusieurs champs. On peut retirer un gène défectueux, ajouter un gène, cloner des cellules, des tissus, et même des organismes entiers. Pour le clonage d’un organisme complexe comme un mammifère, il faut partir soit d’une cellule embryonnaire, pour obtenir ces fameuses cellules ES qui sont totipotentes, c’est à dire capables de reproduire tous les tissus d’un organisme, soit utiliser une cellule adulte, la transformer pour lui permettre de retrouver ces capacités totipotentes. Puis il faut placer le noyau de cette cellule dans un ovule débarrassé de son propre noyau, puis mettre cette cellule dans un incubateur apportant les éléments nutritifs nécessaires dans des conditions de température et d’hygrométrie rigoureuses, et enfin implanter l’embryon ainsi obtenu dans l’utérus d’une mère porteuse. C’est ce qui a été fait avec la brebis Dolly.

En matière végétale, le clonage est moins compliqué, et il est pratiqué depuis très longtemps en agriculture. Ce qui est intéressant pour les végétaux c’est d’ajouter, de modifier ou de retrancher certains gènes. En fait, le croisement sélectif pratiqué depuis l’aube de l’humanité est maintenant accéléré par la transgénèse qui va d’ailleurs au-delà puisque la barrière entre espèces est franchie. Des gènes d’une espèce peuvent être greffés sur une autre espèce.

Il faut souligner que la transgénèse se trouvait déjà dans la nature, par exemple les bactéries du sol échangent depuis toujours des gènes de résistance aux antibiotiques, le blé moderne contient des fragments du génome du seigle, les mitochondries sont les vestiges de bactéries ingérées par les cellules. L’interchangeabilité des gènes est donc la conséquence logique de l’évolution, puisqu’ils dérivent tous d’une cellule originelle apparue sur Terre il y a 3,8 milliards d’années. Cela suffit-il à imaginer que ce qui s’est produit sans dommage sur des millénaires, pourrait être anodin si on réalise une modification rapide et massive du patrimoine génétique de milliers d’espèces.

1.2 Les nouveaux enjeux scientifiques

1.2.1 Transformation de l’éthique ( voir annexe 5 )
L’utilisation de la génétique pose d’abord un problème d’éthique dont les bases sont ébranlées.
On peut tout d’abord établir un parallèle avec le début de la civilisation du feu il y a des milliers d’années. Jeremy Rifkin écrivait dans Le siècle biotech : « Dès l’instant où nos ancêtres du néolithique ont commencé à travailler par le feu le matériau terrestre et à lui donner des formes nouvelles, l’humanité s’est engagée de manière irréversible dans un long voyage qui l’a conduite à l’ère industrielle. L’homme a maintenant jeté son dévolu sur le vivant et décidé de le remodeler selon des combinaisons nouvelles. Les conséquences à long terme de ce nouveau voyage sont aussi imprévisibles aux bio techniciens d’aujourd’hui que la perspective de la société industrielle l’était pour les premiers techniciens du feu. »

Il faut donc repenser la notion d’espèces comme le pense Thomas Eisner : «  Dans la bibliothèque de la nature, une espèce n’est pas seulement un volume relié, elle est aussi un classeur à feuilles mobiles dont chaque page ou gène, est disponible pour se prêter à des transferts sélectifs entraînant la modification d’autres espèces. »

Le premier problème auquel est confrontée l’éthique c’est le risque d’une civilisation eugénique qui devient possible avec la modification de notre propre espèce.  Ce risque n’est pas un mythe, il existe des chercheurs et des idéologues près à mettre en oeuvre ces théories. D’ailleurs, l’eugénisme n’est pas une idée nouvelle, dès le début du XX° siècle aux Etats-Unis, un fort courant eugéniste se manifestait. Théodore Roosevelt, Président des USA (lettre à Charles Davenport, 3 janvier 1913) : « Nous devons nous rendre compte que le devoir du bon citoyen, du citoyen de bonne souche, consiste à transmettre son sang à sa descendance; nous devons également comprendre que rien ne nous autorise à permettre à des citoyens de mauvaise souche à se reproduire. Le grand problème de la civilisation, c’est d’assurer une augmentation relative des éléments sains de la population par rapport aux éléments moins sains, voire nocifs [...]. Ce problème ne peut être résolu sans donner toute son importance à l’influence immense de l’hérédité [...]. Mon souhait le plus vif serait que les individus malsains puissent être totalement empêchés de se reproduire; et si la nature mauvaise de ces gens est suffisamment flagrante, il ne faut pas hésiter à le faire. Il faut stériliser les criminels, et empêcher les faibles d’esprit de laisser une descendance derrière eux [...] donner la priorité à la reproduction des personnes convenables. » Citation d’un homme éclairé en pays démocratique!

Les classes dirigeantes, les WASP (White Anglo Saxon Protestant), voyaient dans l’eugénisme une justification philosophique pour défendre la légitimation de leur pouvoir.

Le professeur Jennings (cité par Newman, Horato H dans Evolution , Genetics and Eugenics, University of Chicago Press, Chicago 1921) : « Pour prendre le mal à sa racine, il faut produire une race d’hommes supérieurs, débarrassée des types inférieurs d’humanité. Dès lors que cette race raffinée sera aux commandes des affaires du monde, les lis, les mœurs, l’éducation et les conditions matérielles s’amélioreront d’elles-mêmes. »

Margaret Sander, figure du mouvement féministe américain écrit en 1925 dans « Need for Birth Control in America », publié dans  un ouvrage dirigé par Adolf Meyer (Birth Control, Facts, Responsabilities, William and William Co, Baltimore 1925), « Le fait est - curieux mais ignoré - que les types mêmes d’individus qui en toute justice devraient être éradiqués de l’espèce humaine, ont pu se reproduire et se perpétuer grâce à la compassion mal avisée des cœurs tendres non contrôlés par des têtes froides. [...] Il n’y a qu’une seule façon de promouvoir un taux de reproduction des individus les plus intelligents : exiger du gouvernement qu’il nous débarrasse du fardeau des aliénés et des faibles d’esprit [...] La solution de ce problème c’est la stérilisation. »
On voit donc une tragique synthèse entre racisme, théorie de l’inégalité des races, et déterminisme génétique qui  considère  que les gènes gouvernent les qualités humaines  en particulier les qualités morales et les capacités mentales de l’Homme. Les Nazis ont poussé la logique eugénique jusqu’à l’élimination des races inférieures.

Hitler dans Mein Kampf, publié avant son arrivée au pouvoir en 1933 : « Le mélange des races inférieures et supérieures va manifestement contre les intentions de la nature et entraîne une extinction de la plus éminente d’entre elles, la race aryenne. [...] Partout où le sang aryen s’est mêlé à celui des peuples inférieurs, cela a abouti à la fin des détenteurs de la culture. »
Ce vieil eugénisme était imprégné de peur et de haine, le nouvel eugénisme est maintenant stimulé par un esprit mercantile.
C’est donc bien plus la question des valeurs qui importe dans l’utilisation du génie génétique en biologie humaine, animale ou végétale d’ailleurs, que celle de la sécurité médicale ou alimentaire. A propos des gènes qualifiés de criminogènes, on met bien en évidence ce conflit de valeurs. Jeremy Rifkin le souligne ainsi : «  En faisant de la délinquance, un problème de santé, on induit l’opinion à négliger des facteurs sociaux comme l’inégalité scolaire, le chômage et la pauvreté en faveur d’erreurs génétiques que l’on peut contrôler et éradiquer. »
La transformation des enjeux de l’éthique conduit à la nécessité de dégager une morale universelle, conséquence de la loi naturelle qui fonderait une démarche éthique définie par tout ce qui concourt à la dignité de l’Homme. Mais il existe des oppositions. Les anciens pays dominés y voient une forme de nouvelle colonisation, une nouvelle mondialisation sous la botte des puissances occidentales. L’idéologie des Droits de l’Homme est alors regardée comme le dernier avatar des puissances  impérialistes  à assumer leur mission, jadis évangéliste, aujourd’hui éthique.

1.2.2 Enjeux en bioéthique ( voir annexe 6 )
« Le problème des biotechnologies, c’est que l’on voit bien où elles commencent, mais pas très bien où elles finissent; cellule par cellule, tissu par tissu, organe par organe, nous allons peut-être céder chaque fragment de notre personne à l’empire du marché. » (Jeremy Rifkin)

1.2.2.1 Bioéthique chez l'homme
En fait, la notion d’homme purement génétique, n’a pas de sens, pour devenir un homme il faut un contact humanisant.
Quant aux gènes susceptibles d’induire des qualités spécifiques ou des comportements, on s’est aperçu qu’aucune expérience d’inactivation génétique ne conduit à la conclusion qu’un comportement est codé par un seul gène. De même, le fait que l’altération d’un gène s’accompagne d’un retard mental ne signifie pas que ce gène ait comme fonction normale de déterminer l’intelligence.
C’est pourquoi Axel Kahn conclut : « Le développement des capacités mentales et du psychisme humain est l’aboutissement de la rencontre entre un cerveau génétiquement impressionnable et la multitude des impressions dont  sa plasticité lui permettra de garder les empreintes. »
Un des nouveaux enjeux de la bioéthique actuelle est celui des embryons congelés qui n’ont toujours pas un statut bien défini. S'il existe encore un consensus pour prohiber le clonage à des fins de reproduction, le clonage à visée thérapeutique, déjà accepté par le gouvernement britannique, sera probablement voté en France en l’an 2001. Il faut en effet bien admettre que ces embryons qui ne font plus l’objet d’un projet parental, seront fatalement voués à la destruction. Alors, en quoi serait-il  plus respectueux de les décongeler brutalement plutôt que de les soumettre à une recherche de qualité.
Avec le clonage et le franchissement de la barrière naturelle entre espèce, on touche au fondement de l’être humain, et pour certains, avec ces biotechnologies l’Homme se prendrait pour Dieu.
1.2.2.2 Le clonage
Il n’y a plus fécondation dans ce cas : un noyau cellulaire est implanté directement dans un ovocyte énucléé.
Cette technique pourrait servir à multiplier des animaux génétiquement modifiés en vue d’obtenir des produits de traitement pour les actes thérapeutiques. On pourrait ainsi obtenir des cellules d’organes humains à partir d’animaux « humains », ou, des animaux propres à tester les médicaments.
Mais des pays comme la Nouvelle Zélande veulent se lancer dans le clonage humain ce qui pose problème, bien évidemment, sur le plan éthique.

Plusieurs types de clonages sont à considérer :
- clonage cellulaire simple (peau, foie)
Clonage thérapeutique ou non : il est dit thérapeutique s’il est destiné à obtenir des cellules souches.
- Par opposition au clonage reproductif destiné à faire un bébé clone, par réimplantation conduisant à la duplication sur commande des humains.

Au total, le comité consultatif national d’éthique a permis d’élaborer une loi révisable tous les 5 ans (la prochaine révision devrait intervenir en 2001), loi selon laquelle la création d’embryons est interdite en France sauf pour leur propre développement.

Les positions favorables ou défavorables à une modification de la loi sont les suivantes :
*défavorables : (qu’il s’agisse de clones ou d’embryons surnuméraires):
-la transgression de la loi naturelle est facilitée et conduit, par exemple, au clonage reproductif
-il risque de se créer un véritable marché
-il sera impossible de revenir à l’interdiction si on constate des dérives
*favorables :
-la recherche sur les cellules embryonnaires est bloquée
-du fait de la compatibilité entre l’embryon et le donneur, les actes thérapeutiques sont plus faciles : on est devant un devoir de solidarité avec les malades.

Il existe trois grands courants de pensée :
- le courant fataliste : tout est déjà écrit, malheur à celui qui modifie l’ordre des choses. La nature est le fruit d’un équilibre, il faut y faire attention.
- le courant égoïste, hédoniste : ce qui est bon, c’est ce qui est bon pour moi, maintenant. La seule limite, c’est qu’il n’y ait personne qui veuille le contraire. Je suis ma propre référence (favorable à l’euthanasie,...)
- le courant darwinien : le plus fort gagne, les plus faibles disparaissent; ce courant développe le principe de l’utile : est moral ce qui est utile.

Ces trois courants s’opposent et obligent à faire des choix, mais quels qu’ils soient on doit garder des principes importants en mémoire:
-Ce qui est légal n’est pas forcément moral.
-Toute recherche de haut niveau n’est pas forcément éthique.
-Le professeur Jean Bernard nous rappelle qu’aucun être humain n’est parfait ; nous sommes tous porteurs de plusieurs dizaines de gènes défectueux.

La mondialisation fait que la position française ne paraît guère tenable. L’intérêt économique commande à la France de ne pas rester en marge de la recherche, mais l’éthique ou la morale peuvent être heurtées par certaines pratiques ou certains objectifs : les pratiques qui amènent à réutiliser l’embryon humain comme un matériau cellulaire, les objectifs qui peuvent aller du mercantilisme à l’eugénisme, alors que ces recherches doivent être menées dans le but de faire progresser la médecine.
Mais la France pourrait rester fermement attachée à l’interdiction du clonage reproductif et à la protection des droits des femmes. ( voir annexe 7 & 8 )

1.2.3 Positions de scientifiques
Les débats scientifiques et éthiques sont nombreux. Quelques réponses proposées par d’éminentes personnalités peuvent éclairer ce problème :
Axel Khan à propos de la loi anglaise autorisant le clonage des embryons humains à des fins thérapeutiques : « Je suis contre cette méthode thérapeutique, mais je suis réaliste. Si jamais dans 7 ou 8 ans le clonage thérapeutique est la méthode qui a permis de faire émerger des perspectives de médecine régénérative et que plusieurs pays l’ont adopté, la France ne pourra que suivre. »
Pr Jean-François Mattéi (Quotidien du médecin, 30-08-2000): « La décision britannique illustre une philosophie utilitariste de la vie pour laquelle la fin justifie les moyens. Elle implique le sacrifice de certaines vies pour en sauver d’autres avec de graves conséquences éthiques et morales pour l’évolution de notre société.  Il est regrettable que cette décision soit prise en dehors de tout consensus international sur le sujet, alors que d’autres voies semblent s’ouvrir à partir de cellules indifférenciées prélevées chez l’adulte, dont l’utilisation ne pose pas tous les mêmes problèmes. »
Le Dr Jacques Montagut (ibid) : « Sur le plan purement scientifique, je ne vois pas la nécessité de cloner des embryons humains en vue de recherches pour obtenir des cellules ES (Cellules souches embryonnaires totipotentes). Il existe d’autres sources possibles, c’est le cas des cellules fœtales -peut-être moins pluripotentes, mais sur lesquelles il faut poursuivre les recherches. Le clonage thérapeutique ouvre la voie à deux types de dérives : considérer l’embryon comme un matériau biologique, ce qui doit faire craindre l’instauration d’un commerce.»
Jean François Mattéi (Figaro-Magazine du 18 novembre 2000): « Il faut faire une distinction entre clonage thérapeutique et clonage reproductif... Sous certaines conditions le clonage thérapeutique ne me semble pas une mauvaise chose dans la mesure où elle permettrait par exemple de guérir avec Dr Philippe Meyer (Ibid) : « On aura beau appliquer tous les principes de précaution qu’on veut pour tenter vainement de se rassurer, rien n’y fera. Nous sommes lancés dans une course folle et géniale qui n’en finira, à coup sûr qu’avec l’extinction de l’espèce. »
Noëlle Lenoir, présidente du comité international de bioéthique de l’UNESCO a rappelé que la Déclaration sur le génome et les droits de l’homme interdit le clonage reproductif humain et souligne que ce texte dit être mis en oeuvre par les Etats « qui doivent en traduire les principes et prescriptions dans leur législation ». Cela est en fait bien peu coercitif.

2 Intérêts ou craintes de la Génétique

2.1 Les raisons de s’inquiéter

2.1.1 Ségrégation génétique
Le premier danger est celui de ségrégation entre les personnes génétiquement correctes et celles atteintes d’un mauvais gène, avec en particulier l’exclusion des assurances et même du travail, induisant le risque d’apparition d’un prolétariat d’exclus génétiques Le recours aux tests de dépistage génétique pour sélectionner les personnes à embaucher ou pour leur offrir des contrats d’assurances est contraire à la déclaration universelle des droits de l’Homme. Dans ce texte, les Hommes naissent égaux et seraient ici plongés dans un monde impitoyablement inégalitaire, refusant les droits élémentaires à ceux qui n’ont pas eu de chance à la loterie de l’hérédité.

La discrimination génétique est donc équivalente au racisme génétique, la méritocratie est remplacée par la génocratie. C’est pourquoi, le pouvoir inouï de maîtriser le code de l’hérédité du monde vivant présente forcément des risques.

On assiste encore aujourd’hui à l’apparition de procès d’enfants contre leurs parents pour « vie inacceptable ».! Il s’agit de procès contre les médecins qui ont laissé se développer des fœtus porteurs de tares génétiques alors que les mères auraient pu avorter si elles avaient été prévenues.

Mais jusqu’où aller ?
Qu’est ce qui est normal et anormal ?
On enlève certes les gènes du diabète, du cancer, de la drépanocytose, mais pourquoi pas celui de la myopie, des gauchers, voire de la peau noire. Souvenons-nous que la mise en oeuvre des politiques eugénistes a conduit  à la stérilisation de dizaines de milliers de personnes aux USA, en Suisse, au Canada anglophone.

2.1.2 Appauvrissement génétique
On peut tout d’abord craindre l’extinction de la faune et flore sauvage remplacée par la faune et flore bio-industrielle. En effet les recherches à travers le monde de gènes rares, végétaux ou humains, conduisent à la captation, au pillage du patrimoine biologique du tiers monde. Cela crée un nouveau conflit Nord ( qui possède l’argent) - Sud (qui détient la biodiversité), c’est une autre forme de colonialisme, c’est du bio colonialisme.
Les biotechnologies entraînent l’appauvrissement des réserves génétiques par la sélection de souches spécifiques, éliminant les autres souches de même famille. Or la biodiversité permet une résistance aux épidémies, mais en revanche les épidémies peuvent devenir catastrophiques quand toutes les semences sont issues d’une même souche.
2.1.3 Monopoles économiques
Les brevets sur les séquences géniques offrent de véritables monopoles aux grosses entreprises, par exemple Monsanto qui a obtenu  un brevet couvrant toutes les graines et tous les plants de cotons contenant un gène recombiné ou encore la société Philip Leder pour un brevet couvrant les animaux dont la lignée germinale est modifiée par un gène cancérigène. Ces monopoles entraînent une concurrence acharnée entre ces entreprises, utilisant tous les moyens, même les moyens illégaux comme les vols ou la  piraterie, avec bien sûr tout l’arsenal juridique qui s’exprime dans d’innombrables procès qui traînent en longueur. Ces brevets correspondent à une véritable privatisation du patrimoine génétique mondial qui est transformé en marchandise.

2.1.4 Risques écologiques: ( voir annexe 9 )
Parce qu’ils sont vivants il est difficile de prévoir les interactions des OGM avec les autres êtres vivants. C’est comme un jeu de roulette russe. En effet, les OGM une fois lâchés dans la nature ne peuvent plus être récupérés, le processus est irréversible entraînant un risque de pollution génétique.

Pire encore : La production de semences résistantes aux herbicides et la production d’herbicides sont réalisée par les mêmes entreprises comme par exemple Monsanto. Ces plantes étant résistantes aux herbicides, les agriculteurs peuvent donc les utiliser largement, ce qui conduit à une augmentation des ventes d’herbicides, en particulier du Roundup. Le fabricant fait un double bénéfice, tant sur le plan des semences génétiquement modifiées, que sur le plan des produits chimiques herbicides.

Autre exemple : Le maïs Bt résistant aux insectes, a connu des conséquences paradoxales.  Des insectes sont en effet devenus résistants, ce qui a provoqué des désastres et ruiné certains agriculteurs. On peut aussi observer une contamination génétique des plantes sauvages de même famille qui deviennent alors résistantes et se développent de manière anarchique.

Il existe donc un problème d’équilibre écologique. La disparition de virus « gentils » peut en effet laisser le champ libre à des virus plus « méchants », que l’on ne pourra pas enrayer.

Enfin ce problème écologique retentit sur le plan médical : par exemple un soja transgénique porteur d’un gène issu de la noix du Brésil déclenchait des réactions chez les personnes allergiques à ce fruit. Et puis la technique de transgénèse n’est pas absolue. Cela ne marche pas à tous les coups. L’insertion de gènes modifiés dans les chromosomes d’un mammifère supérieur est en fait aléatoire, et pour le moment crée des risques qui sont encore difficilement mesurables..

2.1.5 Risques éthiques
Le transfert de gènes dans une lignée germinale avec pour but d’améliorer les performances d’un individu diffère radicalement des manipulations génétiques ayant pour but d’atténuer les inégalités génétiques ou de prévenir les maladies. Les scientifiques et surtout la société sont-ils prêts à accepter un virage à 180° de leurs valeurs et de leur finalité. Il y a en effet une différence radicale entre thérapie génique autosomique où l’on tente de corriger chez un être vivant déjà développé les gènes défectueux et la thérapie génique germinale où l’on modifie toute la lignée germinale de l’homme, ce qui peut bien sûr conduire à l’eugénisme. De plus la modification des lignées germinales conduit à un dangereux appauvrissement des réserves génétiques dont les générations futures auront besoin pour s’adapter à la modification de l’environnement. De plus il nous semble difficile d’accepter un enfant au génome parfaitement prédéterminé et en fait privé de liberté. Notre force c’est que nous sommes des êtres uniques et que personne ne nous a voulu tels que nous sommes.

2.2  Les raisons d’espérer : ( voir annexe 10 )
Il ne faut pas non plus diaboliser la génétique. En effet, depuis des millions d’années, tous les jours nous ingérons des milliers de gènes animaux ou végétaux, ainsi que quantité de micro-organismes, et hormis notre violence fondamentale, cela a plutôt bien réussi à l’espèce humaine. De même il ne faut pas non plus dramatiser les OGM, comme l’explique Cécile Waligora dans le mensuel Cultivar, n° 492 du 4 septembre 2000 : « Les premiers résultats d’impact des cultures OGM sur leur environnement révèlent un niveau très bas du taux d’hybridation entre culture OGM et non-OGM. »  De plus, la génétique est une science qui se développe aujourd’hui beaucoup plus vite que toutes les autres sciences. Notre savoir en biologie double ainsi tous les 5 ans, et en génétique la masse d’information double tous les 2 ans. Cela devrait nous permettre d’acquérir des outils de contrôle et de prospective, gage de sécurité.

Nous prenons conscience que les rythmes naturels sont certainement trop lents pour garantir le niveau de vie de la population de la planète en pleine croissance, d’où l’idée de modifier génétiquement le vivant pour obtenir des croissances rapides, des augmentations du rendement.

Intérêt alimentaire donc, mais aussi intérêt médical. En effet, si toutes les maladies ne sont pas forcément génétiques, elles sont certainement influencées par des gènes, et le plus souvent par plusieurs gènes en même temps, d’où l’intérêt des thérapies géniques, non seulement dans les maladies génétiques comme la mucoviscidose, mais aussi le cancer, le SIDA, la Sclérose en plaques, la maladie d’Alzheimer, et bien d’autres encore.

De même pour les vaccinations, comme celle envisagée contre le paludisme. Dès aujourd’hui nous disposons d’une insuline humaine, obtenue par manipulation génétique, insuline enfin débarrassée de ses allergènes, ce qui posait jusqu’à présent un problème de santé publique. Egalement, il est tout à fait envisageable de fabriquer des organes humains, par ensemencement de cellules sur moules plastiques biodégradables. Cette technique de clonage est loin du mythique clonage humain, il s’agit simplement de créer un organe à greffer sans risque de rejet, ce qui évitera la pénurie de donneurs d’organes, pénurie qui est d’ailleurs souhaitable, puisque cela traduirait une diminution du nombre de mort brutale de jeunes gens.

L’intérêt médical se conjugue avec un intérêt commercial en matière de santé publique dans le dépistage des gènes de susceptibilité au cancer du sein (BRCA1 et BRCA2). En effet une femme sur huit ou neuf est atteinte de ce cancer, avec dans 4 à 6% des cas des formes familiales de cancer du sein. On comprend les progrès que peut apporter la génétique appliquée.

En agriculture, on peut citer plusieurs exemples qui montrent l’intérêt des organismes génétiquement modifiés. Ainsi, pour protéger le maïs contre la Pyrale, un papillon dont la chenille cause de sérieux dommages aux récoltes, le gène de la bactérie bacillus thuringinsis,  capable de détruire la larve de la pyrale a été introduit dans le patrimoine génétique de ce maïs, appelé maïs Bt. Les rendements sont meilleurs et théoriquement on utilise moins de pesticides.

Les biotechnologies permettent la culture hors sol, qui présente des avantages certains, en terme de rendement, de sécurité, de mécanisation du travail...

En matière d’élevage, l’utilisation d’un gène « antigel » pour améliorer certains poissons leur permettra de survivre en eau plus froide, ouvrant ainsi des possibilités d’approvisionnement supplémentaires pour les pays nordiques. Il faut d’ailleurs noter qu’à partir de 2020, la pisciculture dépassera la pêche.

En matière industrielle aussi, les biotechnologies génétiques apporteront des solutions utiles à l’homme. Par exemple, dans les mines, des micro-organismes pourraient remplacer les mineurs pour l’extraction du minerai. De même, des micro-organismes pourraient être utilisés pour la biodégradation des déchets toxiques ou encore pour absorber le méthane dans les mines et ainsi éviter les coups de grisou.

3  VIGILANCE ET DEFENSE

3.1  PRINCIPES DE PRECAUTIONS OU VIGILANCE

3.1.1 Les Crises.
La défense implique des menaces  et des agressions qu'elles soient matérielles, morales, éthiques, concurrentielles, immédiates, éventuelles, etc.. Ces agressions peuvent être volontaires, atteintes accidentelles. Nos intuitions ou convictions jouent un grand rôle en ce domaine.
Dans le domaine de la génétique, les champs de compétences sont mal déterminés, et nous entrons souvent dans le champ de préoccupation de la défense globale.

Les crises sont initiées par des mouvements de pensées d'une communauté éthico-juridique entre individus ou entre états. Les divergences d’appréciation, voire les contradictions d’opinion, sont nombreuses.

L'accélération foudroyante du progrès suscite toujours une grande peur, comparable à celle de l'an 1000. les individus n'ont plus confiance dans le progrès, dans la recherche et dans son utilisation.

D'un fait divers, d'une information qui privilégie le sensationnel, la crise est lancée. Interviennent alors les experts et faux experts, et multiples agences qui chacun de leur coté interprètent. Le monde économique subit la crise, comme jadis on subissait la rumeur.
Ce phénomène est caractérisé par l’état général d’ignorance technique, par la sensibilité éthique exacerbée, par l’intuition de l’importance des intérêts en jeu.
Il soumet le débat au jeu des passions publiques, où il se polarise du fait de facteurs complémentaires (sécurité sanitaire, alimentaire, équilibre écologique, etc.).
Le phénomène d'accélération est excessif. Les sources d'information sont éclatées, difficiles d’accès, et d’une fiabilité inégale.
Il est difficile de gérer une crise, le plus simple est d'avoir une attitude attentiste. Une autre crise prendra le relais de la première…

A qui profite la crise ? C'est une question que l'on se pose à chaque problème et invariablement la crise profite au monde de l'économie et de la finances, aux états hégémonistes. La phrase de Lavoisier est toujours d'actualité. "Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme."
Le gagnant est celui qui transforme à son avantage le défaut de l'autre.

Nous sommes confrontés à un choix entre deux modèles, le modèle européen qui prône la solidarité, et le modèle ultra-libéraliste américain sur le modèle d’Adam Smith. Malheureusement l’Europe, malgré ses atouts, a fait une reddition en rase campagne devant le modèle américain qui se cache derrière le joli nom de mondialisation.

3.1.2 Les Principes
Pour éviter que les crises ne deviennent majeures, les politiques appliquent deux principes :
Le principe de précaution et maintenant le principe de vigilance. Le principe de précaution ne s'applique que difficilement à la génétique car il bloque tout progrès scientifique et de recherche. Le principe de vigilance permet d'avancer avec surveillance et possibilité de contrôler  la recherche.
Le principe de précaution empêche toute avancée et contraint à l'attentisme et la régression.
La  responsabilité des décideurs est mise sous tutelle. L'expérience américaine de sur-pénalisation met un frein à l'expansion. Les excès de précaution amènent à la frilosité et au repli sur soi même.

Le principe de vigilance, en revanche, permet le progrès encadré. La vigilance nécessite des moyens de sanctions et de coercitions à posteriori pour contenir les dérives éventuelles. Il se pose la question d'évaluer notre capacité à fonder des mécanismes institutionnels de défense
Cette volonté suppose une unité dans la conception de la menace et des intérêts/valeurs à protéger comme l'unité nationale voire européenne, sans laquelle on ne peut fonder une politique cohérente
Elle suppose une aptitude des moyens institutionnels à faire face à la menace, aptitude sans laquelle on ne peut utilement mettre en œuvre une quelconque politique
Les applications tantôt connues, tantôt supposées de la génétique, lancent des défis d’ordre matériel et moral qui, par leur nature ou leur ampleur, sont sans doute susceptibles de mettre en cause la cohésion nationale (unité dans la connaissance et dans les conceptions), avant de mettre en cause la défense nationale.

3.2  INELUCTABILITE
La génétique répond à une notion de besoin humanitaire.
La génétique concerne la santé et l'alimentation de tous les organismes vivants. Elle concerne  donc l'ensemble de l'humanité et l'ensemble du monde vivant. On ne peut plus se passer de la génétique.

3.2.1 Sur le plan agroalimentaire, la génétique n'est pas fondamentale pour tout le monde. Les pays pauvres n'ont pas un problème de production, mais d'accès à la production. Bon nombre de pays pauvres exportent des produits dont ils auraient besoin. Les pays riches, qui surproduisent veulent vendre aux pays pauvres leurs excédents. Où est la place de la génétique qui améliore les rendements ?
Or tout le monde doit trouver à se nourrir pour éviter tensions et guerres.
L'homme repousse toujours les limites du possible. ( voir annexe 11 )

3.2.2 Au plan économique, la génétique est un moyen de s'imposer et d'avoir des monopoles hégémoniques. ( voir annexe 12 )
 «L'économie» de la génétique est paradoxale : la recherche est très coûteuse, car elle a pour terrain l'infiniment petit et l'infiniment complexe.
Les techniques d'exploitation sont plutôt simples et assez peu coûteuses;
La génétique est entre les mains à la fois d'entreprises privées et d'organismes d'État, mais de façon déséquilibrée :
-  aux organismes d'État, une bonne part de la recherche fondamentale, peu commercialisation;
- aux entreprises privées, les recherches fondamentales et appliquées tournées vers l'industrialisation, génératrice de profits.
L'enjeu principal est d'abord d'ordre économique, à l'échelle mondiale. Les grandes multinationales veulent imposer aux gouvernements leurs pratiques commerciales et leurs tarifs. Malgré toutes les bonnes volontés l'économie prendra le pas sur le raisonnable. La maîtrise des techniques crée la puissance.
Si nous délaissons la recherche génétique, certaines puissances en auront le monopole puis la rentabilité et nous serons alors soumis aux pressions commerciales sans possibilités de contrôle.

3.2.3  Au plan politique l’érosion des cadres de raisonnement étatique est inquiétante.
Les biotechnologies ne relèvent pas d’un monopole étatique, mais bien souvent les Etats sont débordés par la puissance privée dans ce domaine.
C'est un enjeu de suprématie avec tout son aspect politique
Le pays dont les entreprises du secteur «génétiques» sont puissantes essaie d'en tirer parti pour assurer sa domination sur les autres

Les États ont à lutter contre des entreprises privées multinationales disposant de moyens financiers souvent supérieurs à ceux de certains pays «moyens».
- il sera difficile de s'allier avec le pays qui héberge le siège d'une de ces multinationales;
- l'alliance ne sera pas facile avec les pays qui aspirent à acquérir un pouvoir économique dans ce secteur ou qui sont inféodés à un pays disposant déjà de ce pouvoir. Le cas de l'Europe illustre bien ces problèmes.

3.3    CONCEPTS DE DEFENSE

3.3.1 Localisations
Nous ne sommes attaqués que de façon indirecte. Nous avons toujours la possibilité, pour nous-mêmes de ne pas avoir recours à la génétique ou aux OGM, mais la dissémination des plantes OGM peut nous «forcer» à consommer des OGM malgré nous;
- Si quelques multinationales dominent les marchés mondiaux de l'agroalimentaire, le pouvoir politique sera subordonné au pouvoir économique.
- Le brevetage du vivant (qui existe déjà) peut être une menace pour la survie et la liberté de l'espèce humaine.
- Ce qui est proposé actuellement ne correspond pas à l'attente des populations soi-disant concernées.

3.3.1.1.Sur le plan des faits : les applications de la génétique peuvent déborder sur des territoires qu’elles ne visent pas spécifiquement, qu’elles peuvent affecter incidemment, voire accidentellement.

3.3.1.2.Sur le plan du droit : les applications légales ici, seront illégales là. Le développement d’ordre juridique de complaisance ou simplement la divergence d’intérêts ou de valeurs, conduisent à un grand relativisme.

3.3.2.Menaces
- L'OGM ne se différenciant pas extérieurement du produit de base et les études d'impact sur la santé étant très mal diffusées, les populations sont une proie facile pour tous ceux qui veulent (avec ou sans arrière pensée) diffuser leurs fantasmes.
- Le «brevetage» des cellules humaines est un enjeu politique mondial majeur:

La menace est le fait d'entreprises privées, certaines fortement soutenues par le gouvernement de leur pays, dont le but est de dominer économiquement leur secteur d'activité, que ce soit dans le domaine sanitaire (humain, animal ou végétal) et de l'alimentation (humaine ou animale).
- Nous consommons depuis des années des OGM sans que nous le sachions (Pour l'instant, a priori sans dommage, mais avec quelles conséquences à long terme???)

Comme pour tout progrès scientifique, la Recherche est indispensable et est «neutre» par essence.
Elle apporte des bienfaits indéniables et indispensables. Il faut la privilégier.
Néanmoins, la soif de découverte et le désir d'aller vite ne doivent pas faire négliger de prendre toutes les précautions voulues pour étudier en parallèle : la connaissance fondamentale et ses conséquences sur la sécurité de l'environnement et la santé humaine.
Cette sécurité se pose pour les produits transgéniques, avec le problème des «gènes sauteurs»
A côté de la malveillance, les aléas de la recherche expérimentale peuvent constituer un danger. Jouer à l'apprenti sorcier en ne prenant pas suffisamment de précautions peut être lourd de conséquence et aboutir à un résultat diamétralement opposé à celui recherché.
-le pollen du colza permet de fertiliser un grand nombre d'autres végétaux, et en particulier certaines «mauvaises» herbes.
- plus grave, en Australie, lors d'une expérimentation en vue d'atténuer un virus, celui-ci a vu sa dangerosité décuplée pour devenir un virus tueur très virulent. Pour l'instant, les chercheurs «maladroits» n'expliquent pas pourquoi. Mais cela laisse penser que l'implantation d'un gène dont la fonction bénéfique a été isolée sur une espèce, peut voir son activité complètement transformée lorsqu'il est mis en cohabitation avec d'autres gènes (non identifiés comme tels). On retrouve un phénomène semblable à celui de la fabrication de la poudre noire, dont les composants ne sont dangereux que si on les mélange dans certaines proportions.

A côté des risques involontaires sur la santé ou l'environnement inhérents à la recherche elle-même, il ne faut pas oublier que l'emploi des découvertes scientifiques n'est jamais «neutre», Nous vivons dans un monde politisé et fortement soumis aux lois de l'économie libérale.

La tentation d'utiliser l'avance technologique à des fins purement économiques (main-mise sur le marché international, maximisation des profits sans considération pour l'environnement) est très forte dans un domaine où les investissements privés sont importants.
Certaines entreprises ne savent pas très bien y résister. La tentative de mise sur le marché de semences stériles, interdisant à l'agriculteur de produire lui-même sa semence en est un exemple «primaire». Un peu plus subtile est la production de semence ne résistant qu'à un type très précis de désherbant, produit par la même firme.

Les tentatives multiples et incessantes sur le brevetage du vivant et en particulier du génome humain, sont également l'illustration que notre société doit se défendre contre le risque économique lié à la génétique et aux bio-technologies.

Mais ce souci de «faire de l'argent» avec la génétique a aussi des suites dans le domaine politique. Le pays qui maîtrise ces techniques est en mesure d'imposer sa loi, par le biais du pouvoir économique, aux autres pays. Un des motifs «nobles» avancé pour justifier la mise sur le marché de plantes transgéniques est de permettre au Tiers-Monde d'arriver à se nourrir par lui-même. Cela s'avère, à l'expérience, n'être qu'un prétexte, les firmes s'empressant de vendre graines et engrais au prix fort aux paysans du Tiers-Monde, en bouleversant en outre leurs méthodes ancestrales de culture.
Il est à craindre que cette attitude s'étende, quand les gouvernants de certains pays - qui maîtrisent la génétique et les bio-technologies - affichent un mépris souverain envers la pollution de la planète occasionnée par leur activité industrielle, dès lors que les bénéfices des entreprises pourrait en être affecté.

En règle générale, les ambitions économiques ou politiques sont masquées par des campagnes «d'information» (ou plutôt de désinformation), d'autant plus faciles à lancer que le sujet est nouveau, en perpétuelle évolution et que les personnes capables «d'objectivité» sont peu nombreuses. Dans ces conditions, la passion prend le pas sur la raison en ayant souvent des conséquences néfastes pour la génétique elle-même, mais aussi pour la tranquillité et la cohésion du pays face à une menace qui est bien réelle, sur l'économie d'abord, mais aussi sur l'indépendance politique.
( voir annexe 13 )

3.3.3. Concepts de défense

3.3.3.1.Le concept de défense globale
est à prendre en compte sérieusement. La rencontre de la génétique et de la défense révèle un changement d’échelle (l’enjeu est la défense du monde, le sort des Etats n’apparaissant pas ou plus,). Ce changement de dimensions impose une révolution intellectuelle face à l'impact de la  génétique. La mission proprement militaire est excessivement réduite. Elle met en avant une évolution des mécanismes institutionnels, des pôles décisionnels, opérationnels et intellectuels qu'il s'agisse des rapports entre politiques, experts ou opinion publique.

3.3.3.2.L’objet de la défense
ainsi sollicitée dans sa globalité, est encore mal identifié. Si on le compare aux autres aspects de la défense, la spécificité ne cesse en effet de s’accentuer à cause de la sensibilité morale et de l'éthique. Nous avons donc intérêt à élargir l'objet de défense à la transnationalité.

3.3.3.3.Comparatifs
Dans le domaine de la génétique se posent des problèmes de définition des enjeux et de définition des moyens. Le problème de  gestion de la génétique semble s'apparenter étroitement à celui de la gestion de la cybernétique et de le cybercriminalité.
Là aussi il faudrait une charte à structures inter étatiques voire mondiale et mise en place de moyens de coercition face aux grandes entreprises et à la finance. Il ne s'agit plus de constater le sujet mais de concevoir le processus d'agression. Le rôle de l'institution est dépassé.

La comparaison entre la question « nucléaire » et la question « génétique », semble a priori déplacée. Mais elle est sans doute en fait très productive, pour relever le changement de paradigme dans notre conception intellectuelle et institutionnelle de la défense.
NUCLEAIRE                        GENETIQUE
Monopole (dissémination en cours)            Pas de monopole (tentative de concentration)
Titularité revendiquée (sauf terroristes)            Titularité dissimulée (sauf brevets)
La fin première était militaire                La fin première est civile
La détention est militaire                La détention est essentiellement privée
Les effets sont connus et craints            Les effets sont inconnus et craints
Peu d’applications civiles, très contrôlées        Beaucoup d’applications civiles, incontrôlables
Contre pouvoir au nucléaire : le nucléaire        Contre-pouvoir à la génétique : la norme (?)

On pourrait poursuivre ce tableau, pour analyser notamment les réactions de l’opinion publique, qui susciteraient des convergences passionnelles.

3.3.4.l’extension des concepts de sécurité, d’intégrité du territoire, et de vie des populations

3.3.4.1.Domaines de Défense
On dit toujours que la meilleure défense, c'est l'attaque. Pour savoir où attaquer, il faut savoir ce que l'on veut défendre.
ce qui peut ou doit être défendu,
a)    défense de l’intégrité de nos institutions et de notre territoire : le cadre de vie
b)    défense d’un patrimoine spirituel et moral : l'essence même de nos institutions
c)    défense de notre capacité technologique : l'aptitude à maîtriser notre destin
d)    défense de la biodiversité et de l’environnement : l'équilibre écologique
e)    …

3.3.4.2. défense de l’intégrité des institutions et du territoire
3.3.4.2.1.Les concepts de sécurité et d’intégrité du territoire sont implicites et nécessaires.
Ces concepts mettent en cause l’autorité même de certains de nos principes, face aux risques, notamment de détermination génétique ( les êtres humains naissent libres et égaux en droit, accèdent aux emplois selon leurs mérites, etc.…) ; de surveillance génétique (. face à l’égalité face aux assurances sociales, au travail, au crédit, à la procréation, le respect des libertés fondamentales, etc.).  

Pour contrer les manœuvres «commerciales» des laboratoires privés en quête de rentabilisation forcenée, certains pays réagissent. L'exemple de l'Inde (voir article du Monde en annexe) est intéressant à suivre. Après avoir constaté que la «révolution verte» proposée par les firmes américaines ne présentait pas de bénéfices pour les paysans indiens. L'Inde commence la mise en place d'un programme d'amélioration génétique des plantes locales et traditionnelles pour améliorer leur condition de culture dans un climat moins favorable que leur milieu habituel, plantes nécessitant moins d'eau ou moins de soleil ou adapter à des sols différents... Ses chercheurs sont de très grande qualité, en majorité formés aux Etats-Unis, et sont d'habiles techniciens. C'est une garantie d'assurer localement la nourriture de la population tout en respectant les techniques traditionnelles des paysans indiens et sans dépendre d'importations coûteuses. ( voir annexe 14 & 15 )

La nature des questions conduit à constater l’universalité de leur portée.
Si les valeurs précédentes, territoire, institutions politiques, étaient relatives dans le temps et l’espace, celles affectées par les applications de la génétique comme la liberté ou la dignité des êtres, débordent largement l’intérêt national.

Si la question est assez simple ; la réponse est pour le moins complexe.
Que signifie notre démocratie ? Que défendons-nous ?
Nos textes et déclarations à valeur constitutionnelle ne suffisent plus tels qu'ils sont. Il faut les interpréter à la lumière apportée par les nouvelles technologies, pour déterminer les valeurs fondamentales devant être défendues. Le problème est d’abord d’ordre politique, choix de société, avant d’être mécanique, choix d’action.

3.3.4.3.défense d’un patrimoine spirituel et moral
Il s'agit de la conception du statut de l’être humain, de son rapport au vivant, du sens de l’existence...
La défense du patrimoine spirituel et moral jette un grand défi.
Jusqu’à présent, les questions de défense étaient basées sur la nature de la menace comme la convoitise territoriale ou la convoitise économique, etc. Il est alors relativement aisé de définir ce qui doit maintenant être défendu, en recueillant un consensus plus ou moins grand.

3.3.4.3.1. Dans le domaine spirituel et moral, les interférences éthiques et idéologiques
sont particulièrement marquées. La diversité probable des opinons individuelles semble rendre difficile l’unanimité, au sein même de la communauté nationale, et encore plus au plan européen.
Ainsi, l’absence de capacité à obtenir des consensus sur certaines questions majeures de la bioéthique, est symptomatique de la difficulté à déterminer en commun ce qui doit faire l’objet d’une protection au travers des mécanismes de défense.
Or les mécanismes ne peuvent être utilement mis en œuvre, aussi bien dans une fonction d’observation, de prévention ou de réaction, qu’à la condition d'avoir des objectifs suffisamment définis, et bénéficiant d’une adhésion de la communauté politique.

3.3.4.3.2 .Le défi lancé d’ordre quasi constitutionnel, et non seulement stratégique : Quelles sont les valeurs méritant la mise en oeuvre d’une réflexion et d’une réaction de défense concertée, au plan national, et avec nos partenaires ?
Il ne s’agit plus, ici, d’examiner les menaces et les mécanismes de défense, mais bien ce qui doit être défendu. C’est un retour aux sources - autant qu’une extension de celles-ci - dans la conception d’un intérêt national voire universel. Avec pour particularité ici l’interdépendance des destins nationaux, et des fractures possibles hautement polémogènes entre systèmes de valeurs ou conceptions personnelles. C'est une menace à intégrer sérieusement.

3.3.5.Défense de notre capacité technologique
C'est tout simplement notre aptitude nationale à rechercher, appréhender, promouvoir, dénoncer, prévenir.
Il s’agit là d’un point essentiel, mais lié à une problématique classique. Les puissances ne peuvent se dispenser de s’investir dans une recherche, si celle-ci possède des applications susceptibles d’intéresser leur souveraineté nationale. La souveraineté nationale est ici entendue au double sens de la protection de l’intégrité de leurs territoires et institutions, mais aussi de la maîtrise matérielle de leur propre destin.

3.3.5.1. Enjeu pour la puissance
Plus originalement, face à la question de la génétique, se posent des questions :
- Par quoi connaissons-nous la génétique ?
- Problème du rapport experts / Opinion Publique  / politiques... ?

L’enjeu, pour une puissance, est de disposer des outils de compréhension et donc d’explication des phénomènes à son opinion publique inquiète, sous peine d’une soumission aux passions et au chaos comme les nouveaux messies, la peur de l’an 1000, etc.…

Cet enjeu suscite les éléments suivants :
- Encadrer très strictement tout ce qui a trait à la commercialisation et la dissémination des OMG, en particulier sur les "gènes sauteurs"
- Encadrer la recherche fondamentale pour l'astreindre à respecter des procédures sécuritaires strictes; édicter des protocoles d'expérimentation d'industrialisation «in natura» tenant compte du milieu environnant l'espace d'expérimentation
- Encadrer très strictement tout ce qui a trait au brevetage du vivant et au besoin prendre des mesures contre les entreprises trop «envahissantes»;
- Définir et mettre en oeuvre une politique de communication et de transparence pour tout ce qui a trait aux OGM, et forcer les entreprises à s'y conformer

3.3.5.2. En outre, il s’agit de savoir promouvoir, par un débat éclairé et rigoureux, celles des applications que la volonté nationale et européenne considère utile ou nécessaire de voir développées dans l’intérêt général comme les applications thérapeutiques, alimentaires, sanitaires, etc., sachant que l’enjeu peut rapidement devenir stratégique sous l’effet des facteurs démographique, écologiques, économiques, etc.

La même aptitude à la recherche technologique permet seule, dans le débat européen et international et non plus seulement interne, de déterminer les normes devant encadrer, sinon la recherche, du moins l’expérimentation et les applications.
La méconnaissance des termes de la question rend incapable de dénoncer des pratiques non seulement nuisibles à une communauté déterminée, mais portant aussi atteinte à des valeurs étrangères à cette seule communauté comme le respect des écosystèmes, la question de la dignité humaine, etc.
Incidemment, les applications " pathologiques " considérées peuvent-elles être circonscrites ? Ainsi, les risques de dissémination par voies naturelles, par voies industrielles, etc., incluant la maladresse et la malveillance sont à envisager.
Les applications " pathologiques " pouvant être circonscrites doivent-elles nous être indifférentes ?

3.3.6.défense de la biodiversité et de l’environnement  

C'est la préservation des équilibres écologiques contre l’emprise totalitaire ou les apprentis sorciers.
La défense dont il s’agit ici dépasse très largement les frontières des Etats, frontières désormais dépourvues de signification, mais aussi les moyens des Etats, que leur solitude internationale rend impuissants.

3.3.6.1 La Défense de la Biodiversité   
Puisque, face à la question, l’alliance des Etats est nécessaire, deux problèmes majeurs sont posés :

3.3.6.1.1. le premier problème réside dans la reconnaissance de l’existence d’une menace, ce qui ne va pas de soi du fait des divergences potentielles d’appréciation de la situation d’une part sur le plan éthique, d’autre part sur le plan stratégique avec une approche relativiste des intérêts.

3.3.6.1.2. le second problème réside dans la définition de réactions face à la menace, ce qui est d’une part déterminé par l'existence de la menace, et d’autre part déterminé par la volonté et l’aptitude effective qu'elle soit politique, financière, technique, etc.,  des Etats à réagir.

Au fur et à mesure que se développent les biotechnologiques, se mettront en place les moyens de contrôle. Les pessimistes penseront que le contrôle sera toujours en retard sur l’innovation et nous entraînera vers des dérives inacceptables. D’autres sont plus mesurés. Ainsi Edward Wilson (Nouvel Observateur du 11/05/2000): Je ne pense pas qu’on se dirige vers un totalitarisme génétique, qu’on aboutisse à contrôler la société en agissant sur les gènes. Nous allons connaître mieux les causes de nos comportements. Cela augmentera notre liberté, parce que nous saurons pourquoi nous faisons ce que nous faisons. Cependant je ne crois pas que l’on pourra expliquer tout comportement humain autrement qu’en termes généraux. Nous conserverons un degré de liberté, nous ne sommes pas complètement dépendant de notre biologie. »
Axel Khan (ibid): « Le vrai et le bien ne sont pas identiques et le bien ne résulte pas forcément du vrai. Notre cerveau, avec son extraordinaire plasticité, nous a donné l’avantage de gagner des degrés de liberté, de desserrer l’étau des déterminismes. »
Sans doute, la société pourrait accepter certaines formes de génie génétique et en refuser d’autres. Ce n’est pas parce que tout est possible que tout doit être forcément réalisé.


3.3.6.1.3. Or, sur des questions assez proches en termes de partage des approches scientifiques et stratégiques, différents sommets internationaux (Rio, Kyoto, La Haye) ont récemment mis en évidence des disparités très fortes dans la réflexion écologique. Dans ce domaine, jouent non seulement la conscience des peuples, mais aussi l’état de développement des sociétés.

Selon qu’elles entendent maintenir une position prédominante, maîtrise d’une technologie et de ses applications ou accéder au statut de puissances avec l'acquisition d’une maîtrise technologique ou d’un niveau de production, elles adoptent des positions opposées à d’autres nations qui apparaissent en contraste prudentes en encadrant strictement les applications d’une technologie maîtrisée, ou, résignées en abandonnant l’acquisition coûteuse d’une maîtrise technologique, et en acceptant une dépendance convenue.

N'oublions pas cependant que dans le cadre de la biodiversité, la nature sait défendre son écosystème et qu'elle réagit elle-même aux agressions. L'homme n'intervient que par intérêt personnel, mais la nature saura reprendre ses droits.

3.3.6.2. La défense sur le plan écologique est le domaine de marchandages par mécanismes de compensation (ex : marché des permis de polluer et Kyoto), lesquels ne semblent toutefois pas toujours applicables en matière de génétique. La contamination ne semble pas pouvoir être contenue pour les semences ; le report des parasites sur d’autres espèces non-protégées ne semble pouvoir être empêché ; l’exploitation du matériel génétique humain peut être à sens unique.

3.3.6.2.1. Les Etats n’ont pas la même perception des enjeux face à cette question, alors qu’il y avait une forme d’identité des perceptions, des expositions, face à la question nucléaire, face aux convoitises territoriales, etc.
On entre dans l’ère d’un relativisme qui peut rendre difficile sinon les alliances, du moins leur efficience, comme en témoigne la difficulté à obtenir des conventions internationales consistantes et respectées, dans l’encadrement des bio-technologies et de leurs applications.

3.3.6.2.2. Enfin, puisqu’il n’existe pas de monopole ou de possibilité de monopole étatique des bio-technologies, avec une titularité déclarée et contrôlable, les effets d’éventuels accords internationaux entre Etats apparaissent d’emblée assez limités.
A moins de lier les Etats disposant des capacités d’actions et des moyens d’autorité significatifs. Les grandes puissances du Conseil de Sécurité sont-elles aujourd’hui capables de s’opposer à certains phénomènes ? Rien n'est plus sûr. De tels accords sont a priori impropres à endiguer des initiatives d’entité transnationales qui échapperaient à leurs procédés de coercition ou à leur capacité de surveillance.


3.4  OUTILS ET MOYENS DE DEFENSE

Reprenons l’article 1er de l’Ordonnance du 7 janv. 1959 « la défense a pour objet d’assurer en tous temps, en toutes circonstances et contre toutes les formes d’agression, la sécurité et l’intégrité du territoire, ainsi que la vie de la population. Elle pourvoit de même au respect des alliances, traités et accords internationaux (…) ».

En quoi les applications de la génétique peuvent-elles constituer des formes d’agression  ?

Quelle extension peut-on raisonnablement donner à des concepts comme la sécurité, l’intégrité du territoire, la vie de la population ?
Ces concepts qui ne sont pas dépassés, sont-ils aujourd’hui suffisants pour justifier un processus de défense ?

La recherche sur les OGM étant en très grande partie privée et mondiale, il est vain de penser pouvoir la maîtriser complètement et a fortiori d'en maîtriser son utilisation industrielle ou autre. En revanche, une action nationale peut réglementer l'utilisation des OGM sur le territoire national. Cela ne reviendrait-il pas à un combat d'arrière garde avant la reddition. ?


3.4.1  Sur le plan national ou supranational
3.4.1.1 Prise de conscience
En France la CGB existe depuis 1992, ( voir annexe 16 )
-son rôle
- ses missions, elle dépend des plusieurs ministères
- domaines d'applications
- son pouvoir, peut-elle interdire certaines recherches

Les milieux politiques sont plutôt à la remorque, en position de conflit.
Il y a démission des politiques, la vie de la cité est abandonnée à la pression de la rue et de mouvements intégristes. Si la politique ne reprend pas le problème en compte, le problème de la génétique ne sera jamais résolu. L'ordre social est de définir les limites d'intervention. La préservation du futur est apolitique et non partisane même si cela relève de la politique. Nous avons besoin de moralité
La génétique vue sous son aspect éthique ramène à donner une place à l'homme.

3.4.1.2  Notion de défense collective au plan social.
Le budget de l'INRA, le budget du Généthon financé par la générosité publique, ce sont des exemples qui montrent que des moyens modestes au niveau d'un pays, permettent d'obtenir des résultats tangibles et exploitables pour peu que l'affaire soit bien gérée. Ils sont incomparables aux budgets OGM de Monsanto ou Bayer. ( voir annexe 17 & 18 )
Proposer des mesures, c'est aussi accepter d'en financer les conditions de mise en application et de contrôle de leur respect;
- Il faut des procédures, mais des procédures efficaces. On peut douter de la véritable efficacité des mesures européennes (voir annexes l'organigramme d'AMM 19 ) quand on sait que ce sont des fonctionnaires sans responsabilité devant les citoyens qui les appliquent
- La Commission du Génie Biomoléculaire n'a pas les moyens suffisants pour que les experts ou contrôleurs puissent faire correctement leur travail (voir annexes contributions personnelles de Gilles-Eric Seralini au rapport d'activité de 1999 de la CGB). Ces experts assurent cette mission en supplément de leur activité habituelle, souvent bénévolement.
En revanche, un des résultats attendus de cette défense est d'atteindre les entreprises multinationales là où elles sont sensibles : leur part de marché et leurs bénéfices !
C'est pourquoi tout ce qui a trait à l'OMC est primordial pour ce secteur

3.4.1.3 - Prise de conscience nationale pour développer la recherche
Le domaine du brevetable n'est pas encadrer strictement. Chaque institution a ses règles. Chaque puissance essaie de transgresser l'éthique au service de la finance.
La politique de transparence et de communication sensée reste du domaine de l'utopie alors qu'avec une communication de vérité bien des problèmes pourraient être résolus.

La recherche est un domaine ouvert. Le phénomène problématique de la recherche demande temps, moyens, génies et chance.. Il faut bien prendre conscience que la recherche n'a pas un but immédiat. La recherche fondamentale laisse trop souvent la place à la recherche appliquée à but économique et nutritionnel.

3.4.2  Sur le plan international
Aucun moyen de coercition n'existe à l'heure actuelle sur le plan mondial et il serait indispensable d'en concevoir pour gérer le bon encadrement de la génétique
3.4.2.1  Contrôle mondial
Le terme mondial semble bien s'appliquer à la génétique car il comprend la globalité de la planète alors que le terme international ne comprend que les nations reconnues avec des agences au service de puissances hégémoniques.. ( voir annexe 20 )
Comment arriver à harmoniser les réglementations au plan mondial puisque les limites de les gérer sur le plan simplement national ont été atteintes ?
3.4.2.2  Union sacrée
La peur de l'irrationnel, de la fuite en avant incontrôlable, de l'insensé ont amené les hommes à prendre en main certains phénomènes comme la prolifération des armes nucléaires. Une union sacrée est née, bien que le terme sacré soit galvaudé car il s'agissait la-aussi de contrôle hégémonique. Cependant le risque nucléaire a été circonscrit. L'appliquer à la génétique serait-il possible ? Nous n'en sommes pas certains car pour le nucléaire, il y avait le compteur Geiger qui poursuivait les contrevenants. En génétique il n'y a pas de signes avant coureurs de détection. Lorsque le mal est fait et qu'il est irréversible, nous n'aurons que nos yeux pour pleurer.
Faut-il envisager un traité de non-prolifération génétique ou du moins d'éthique génétique ?
A quel niveau se trouvera l'autorité de coercition pour faire appliquer les recommandations ?
3.4.3  Le principe de Défense
3.4.3.1. l’insignifiance du raisonnement en termes de frontières :
Sur le plan des faits : les applications de la génétique peuvent déborder sur des territoires qu’elles ne visent pas spécifiquement, qu’elles peuvent affecter incidemment, voire accidentellement. C'est cela le bon pouvoir de la puissance dominante.
Sur le plan du droit : les applications légales ici, seront illégales là. Le développement d’ordre juridique de complaisance, ou, simplement la divergence d’intérêts ou de valeurs, conduisent à un grand relativisme.
3.4.3.2. le rôle déterminant des consciences individuelles.
Les menaces classiques objectivaient les questions de menaces de destruction, d’invasions, alors que les nouvelles menaces deviennent toujours plus subjectives comme la guerre économique, le NTIC, la génétique, etc.
Les fantasmes éthiques et environnementaux concernant la génétique possèdent sinon un rôle, du moins un impact croissant, sur des opinions publiques par ailleurs convaincues de leur propre rationalité idéologique.
Comment gérer et mobiliser la conscience des populations alors que le rôle de l'information est une caisse de résonance dont le phénomène n'inquiète même pas les scientifiques ?
Ce rôle de l'opinion publique permet de justifier toutes les actions et les exactions au gré de l'information ou de l'intoxication par la désinformation. ( voir annexe 21 )

Conclusion


La principale attitude est d'éviter de bloquer les avancées de la recherche comme la fuite des cerveaux ou la perte de compétitivité en arguant du fait que l’homme n’est pas réductible à ses gènes. En explorant aussi les recherches sur les cellules souches adultes nous pouvons proposer une thérapie génique. Nous éviterons de donner ainsi corps aux fantasmes que les possibilités du clonage ont fait naître, mais qui sont réelles et déjà mises en œuvre par quelque "savant fou".

Le problème qui se pose est analogue à celui des technologies duales. Le nucléaire est utilisé à des fins civiles, les désherbants sont utiles, les recherches sur certains produits chimiques sont nécessaires. Nous nous devons de ne pas accepter tous les objectifs. Tout travail tendant à modifier le génome humain est interdit par consensus international.
On cherche des valeurs mais qu’en est-il du droit de l’enfant à naître en cas de clonage ?
De plus, le clonage appauvrit le patrimoine génétique.
Certes le devoir des gouvernements est de légiférer car il y a des risques pour l’individu et pour la société. L’exemple végétal peut faire douter de notre capacité à maîtriser toutes les conséquences de la technique. Mais une loi est toujours contournée, à plus forte raison dans un contexte mondial.
Reste la surveillance des chercheurs entre eux et à la limite, un droit d’ingérence éthique…

La défense de nos institutions, donc de nos libertés et de notre territoire implique une surveillance génétique  afin de conserver notre indépendance alimentaire et sanitaire. Pour cela il est indispensable de développer notre capacité technologique, c’est à dire notre aptitude à promouvoir, appréhender ou dénoncer toutes informations génétiques.
Mais le développement des biotechnologies doit se faire dans le respect d’un patrimoine spirituel et moral ainsi que de la biodiversité et de l’environnement, ce qui implique le décloisonnement des disciplines scientifiques.

Nous ne pouvons tenir un discours passéiste fondé sur la peur de l’inconnu, sur le mythe apocalyptique comme ce fut le cas pour le nucléaire, en particulier le nucléaire militaire dont le risque semble aujourd’hui s’être éloigné. Mais nous ne pouvons pas non plus laisser le champ libre aux marchés et à l’imagination débridée des chercheurs, au risque de dérapages périlleux. D’où le nécessaire contrôle national, et surtout international, dans un cadre démocratique, en sachant que ce contrôle nécessitera une vigilance permanente. A ce prix exigeant, les manipulations génétiques seront un bienfait pour l’humanité.

L’objet de la défense sollicitée dans sa globalité, est mal identifié. La subjectivité ne cesse en effet de s’accentuer et l’intérêt de s’élargir à la transnationalité, voire l'universalité est inéluctable.
 

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